La fin de l’innovation chez Facebook? – Chronique radio

Cette chronique à-propos de Facebook a été livrée sur Ici Radio-Canada, Edmonton, Winnipeg, Rouyn, Trois-Rivières, Toronto, Ottawa, Sept-Îles, Rimouski et Moncton.

Le lien vers la chronique avec Yves Larouche de l’émission 360 à Ici Trois-Rivières.

Depuis quelques années déjà, Facebook, qui veut devenir tout pour nous, commence à copier les entreprises qu’elle n’a pas pu acheter, pour les intégrer à son offre. Cette semaine on apprend qu’elle copie SnapChat et les sites de vente comme Craig’s List et Kijiji… Est-ce la fin de la créativité chez le géant des réseaux sociaux?

L’historique de Facebook et Snapchat

En octobre 2013, Facebook s’était mise en tête d’acheter le réseau-messagerie Snapchat, alors tout récent. Les négociations ont montées jusqu’à quelque 4 millards, une offre qui dépassait largement celle que Facebook avait fait à Instagram en 2012, soit 1,2 milliard et qui avait mené à une transaction. Depuis, Facebook a acquis la messagerie What’sApp, continuant d’axer une grande part de ses développements sur les fonctions de messagerie.

Pourquoi faire ces acquisitions? La raison en est simple : les application de messageries et de photos comme Instagram touchent un public plus jeune, généralement entre 15 et 30 ans. Un public qui n’est plus en grand nombre sur Facebook.

Est-ce que Facebook copie vraiment Snapchat?

Capture d'écran du Messenger Day, publiée chez TechCrunch.
Capture d’écran du Messenger Day, publiée chez TechCrunch.

En fait, il est ressorti clairement au cours des dernières semaines, que la stratégie de Facebook, face à la popularité croissante de Snapchat, est de se positionner rapidement dans les pays où la jeune compagnie n’est pas encore connue, on pense ici aux pays d’Europe de l’Est et à la Russie. Et dans ces régions, de proposer des fonctions que le réseau a «volé» à la compagnie Snap, comme les « Stories » (histoires en vidéo ou photos) qui sont déjà exploitées sur Instagram.

L’exemple le plus probant de cette stratégie : la semaine dernière, Facebook a lancé en Pologne la Journée de Messenger (MessengerDay) une journée pendant laquelle les utilisateurs polonais de sa messagerie pouvaient partager des photos et vidéos qui disparaissent après 24 h, rehaussées par des filtres, soit le produit distinctif de SnapChat!

Un collaborateur de TechCrunch a envoyé au magazine en ligne des captures d’écran de ce que Facebook proposait pour le MessengerDay, quand les journalistes de TechCrunch ont voulu une discuter de cette stratégie de « copie », le grand réseau a répondu « qu’il faisait quelques tests en Pologne et ne souhaitait pas faire d’annonce particulière sur ce sujet ».

Cela dit, la compagnie a ses priorités de communication et souhaite parler de son nouveau « Marketplace »…

Marketplace : la relance d’un service de 2007

Afin de s’assurer de la diffusion de sa nouvelle initiative, soit Marketplace, la compagnie a fait une page «nouvelle» dans sa section « salle de presse » et s’est assurée qu’elle soit reprise partout. Ce qui est intéressant, c’est que c’est la deuxième fois que Facebook ouvre Marketplace (la confirmation de cette information est ici), la première était en 2007 et ça n’avait pas eu beaucoup de popularité.

Facebook dit s’inspirer des groupes et des pages sur son site où les utilisateurs partagent des objets à vendre ou à échanger. Ce qu’il ne dit pas, c’est que souvent ces annonces sont accompagnées d’un lien qui mène vers un site de petites annonces comme Kijiji ou CraigsList.

Sachant comment le réseau investit pour savoir ce que nous partageons et comment, il a certainement flairé là une opportunité de faire en sorte que nous ne sortions plus de son site, c’est-à-dire que de l’annonce à l’achat, tout se passera éventuellement sur Facebook.

Là encore, Facebook copie la compétition en intégrant les fonctions de ses concurrents. Une fonction de E-Bay, vous pouvez enregistrer un item qui vous plait et y revenir plus tard et une autre d’Amazon, vous pouvez comparer le prix de ce que vous désirez acheter chez différents vendeurs.

Facebook a déployé son service seulement aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande et en Australie, des pays qui ont en commun la langue anglaise et qui sont fort probablement des marchés plus facile à gagner (il faudrait voir l’analyse de Facebook à ce propos, mais on peut le présumer).

Doit-on en conclure que Facebook n’est plus une entreprise créative?

Il faut probablement voir qu’elle n’est plus axée sur l’innovation et que comme les autres géants du Web (Google ne vient-il pas de lancer un téléphone et un assistant vocal inspiré d’Apple?) elle ne semble plus connaitre que deux modes de fonctionnement : soit absorber la compétition ou la copier en espérant lui ravir des parts de marchés. Ainsi, plutôt que de collaborer avec Amazon et E-Bay comme certains gens d’affaires et politiciens auraient aimé voir de la part de Facebook, ou encore avoir tracé un partenariat avec Snapchat en 2013, la compagnie préfère toujours lancer son propre service et copier la concurrence