Entrées de March 2004

31 March, 2004

L’existentialisme et moi

Après avoir présenté mon sujet de travail sur l’expression de l’angoisse existentielle dans les performances de quelques artistes - surprenant peut-être, mais tout à fait pertinent, je vous le jure - j’ai eu le sentiment d’avoir connu une forme de rédemption. L’échange avec le prof R. - un homme d’une érudition réjouissante et qui pense plus vite que son ombre - m’a rappelé que je suis loin d’être bête et que mon cerveau a gardé une certaine agilité. Point besoin de vous dire, que s’il me faut m’en rappeler, c’est que mon occupation quotidienne a le plus souvent les vertus contraires. Chaque jour, je suis de plus en plus convaincue que je compléterai cette maîtrise et l’autre entreprise aux HEC, dans le seul but de me prouver que je suis autre chose qu’un pion dont le talent ou l’absence de talent n’ont aucun poids dans la balance. J’ai moi-même des angoisses existentielles assez grandes et je ne peux concevoir que ma vie ne me servira pas.

Après le 11-09-01, je voulais que ma vie change. Je devrais penser plus souvent aux gens que j’ai croisé ce matin de septembre et qui n’auront jamais la chance de changer de boulot ou de cap…

18 March, 2004

Trois villes, trois taxis

Martine, de Ni vu ni connu suggérais un thème de mars, ou singeries de mars. La demande était pour hier - tiens comme au travail - mais j’y réponds aujourd’hui… Hé ! On est inspiré quand on le peut !

Bruxelles, octobre 1996

Je n’ai jamais vu un système de métro aussi compliqué que celui de Bruxelles : la même ligne, portant le même nom peut aller dans différentes directions, selon quelques détails que j’ai fini par comprendre après trois semaines, mais dont je ne me souviens plus aujourd’hui. C’est ainsi, qu’un soir de semaine, j’ai dû descendre du dernier métro dans un quartier dit « dangereux », à l’opposé de ma destination. Que fait-on alors ? On prend un taxi. J’avais tout juste une dizaine de coins de rues à parcourir et je m’en suis excusé au chauffeur. « Y’a que des petites courses de toutes façon ! », me dit le chauffeur avec un accent d’Afrique du nord. En entendant, mon accent à moi, il s’exclame « Vous êtes Québécoise ! Mon cousin habite là-bas ». Le temps de parcourir mes dix coins de rues et je savais qu’il avait aussi un cousin qui habitait au Mexique, un endroit appelé Mariposa, « Comme un papillon, vous savez… », ajouta-t-il. Et lui aussi avait envie de partir, à Montréal là où on vivait bien. « C’est pas raciste comme ici… », m’a-t-il dit avant que je ne sorte. J’ai bafouillé que je ne savais pas trop, qu’enfin peut-être et je l’ai salué. Mais j’ai soudainement vue la ville d’un autre œil, des petits incidents ont soudainement captés mon attention. Après tout, à cette époque Bruxelles vivait la tourmente de l’affaire Dutroux et lors de la Marche blanche, les communautés culturelles s’étaient soulevées, parce qu’on oubliait toujours de parler de Loubna, la petite Algérienne, elle aussi victime de Dutroux. Mais cela, c’est une autre histoire.

Québec, printemps 2000

La course allait d’un musée à une station de radio, ce devait donc être le printemps. À cette époque, j’étais toujours entre deux rendez-vous. Une minute je tenais la barre d’une émission à la radio et l’autre je courrais chez l’hebdo culturel du canton, ramasser un chèque, deux ou trois communiqués et puis, je me poussais vers une autre destination. La voiture était immense, une grosse américaine rutilante, bleu royal et blanche. L’homme qui la conduisait n’était plus jeune et ses cheveux blanc plus que blanc semblaient être ainsi pour aller avec la voiture. Il avait envie de parler et j’étais réceptive. Il m’a raconté comment il avait fait instruire ses trois fils grâce à ce gagne-pain et il a dit avec fierté, que son plus jeune était maintenant ingénieur. Avant que je sorte, il m’a donné un petit œuf de Pâques en chocolat, vous savez ceux qui sont emballés dans du papier alu coloré. Je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai mis dans mon sac, puis à la maison je l’ai posé à côté de mon ordinateur. En 2003, quand j’ai aménagé dans ma première et nouvelle maison, je l’ai retrouvé dans le petit panier à crayons qui traîne toujours sur mon bureau. Je ne l’ai jamais mangé et je ne l’ai jamais jeté non plus.

New York, été 2001

Il faisait chaud, comme d’habitude en plein juillet sur l’île de Manhattan. On m’avait bien prévenu quelques mois auparavant d’éviter les taxis qui roulaient fenêtres baissées, puisque cela signifiait que leur climatisation ne fonctionnait plus. Vite dit… Dans une ville étrangère, quand il est temps de héler un taxi, aussi bon comédien que l’on soit, on fait toujours un peu amateur. Perdue dans SoHo avec mon petit tailleur gris, je devais avoir l’air d’une fille du Connecticut venue à New York pour un rendez-vous d’affaires. Or, après de multiples essais, un taxi, toutes fenêtres ouvertes, s’est finalement arrèté. Le chauffeur était jeune, très jeune même et avait un fort accent que je ne connaissais pas. Au départ, à cause des cheveux noirs, des yeux en amandes, et du teint doré, je l’ai cru indien. Peut-être parce que j’étais moi aussi une étrangère, perdue dans la masse américaine, il m’a dit spontanément qu’il était Afghan. Je n’ai pas tout de suite compris or il a précisé : « I am from Afghanistan ». Je lui ai demandé s’il avait de la famille à New York, il m’a dit que oui, des cousins, mais qu’il espérait aider sa famille proche à immigrer. « New York is such a jungle why would you settle here ? », lui ai-je dit. « Everything is possible here », m’a-t-il répondu. Trois mois plus tard, quand les premières bombes ont explosées en Afghanistan, j’ai pensé à lui.

12 March, 2004

Procès de qui, procès de quoi ?

Je suis tous le jours, comme beaucoup d’autres, le procès de Gillet ou devrais-je dire le procès de la prostitution juvénile. Car, au-delà de l’individu très médiatisé - il a été longtemps animateur à Radio-Canada de Québec, ça on en parle peu, puis à CJMF le “FM 93″ - il y a la question de ces prostitués toujours plus jeunes, dans une société qui se dit contre la pédophilie ou même l’éphébophilie, comme on a défini l’attirance pour les 12 à 17 ans dans un média montréalais. Que Gillet s’en tire ou non, je m’en balance. Ce qui me préoccupe, c’est que tout ce qui semble compter dans cette histoire, c’est que le monsieur puisse se défendre et accuser en retour ses accusatrices. Le sort des jeunes victimes déjà éprouvées par la vie, le traumatisme du procès, cela sort de moins en moins dans les médias. Y’a-t-il quelqu’un qui s’en soucie ? Y’a-t-il un psychologue qui va enfin commenter ce qu’on fait subir à ces jeunes femmes ?

9 March, 2004

8 mars, encore et encore

Hier, c’était la Journée internationale des femmes. Peu de bruit autour de cette journée, sinon quelques bilans un peu plats. Si l’on se fie aux médias, les femmes sont encore sous-représentées en politique, constituent encore un infime pourcentage des cadres de direction et l’équité salariale n’est pas encore atteinte.

Cela dit, hier recommençait le procès relatif au fameux dossier de prostitution juvénile de Québec et je me disais que la notion de victime, quand il est question de crime sexuel, donne des frissons dans le dos. Des jeunes femmes, presque des enfants sont dites “présumées victimes” et sont questionnées encore et encore sur des expériences difficiles, pour lesquelles elles doivent ressentir un mélange de culpabilité et de honte, jusqu’à ce qu’elles se contredisent, puis on les traite de menteuses. Comme femmes devrions-nous avoir honte de ce recul ? Et comme hommes demandez-vous : si c’était ma soeur ou ma fille qui avait vécu cela ?

1 March, 2004

Oh, baby !

Nos amis et proches semblent pris d’une “baby fever” ou tout simplement d’un sprint familial de la trentaine, puisqu’au cours de dernières semaines, plusieurs de mes amis et proches ont eu la visite de la cigogne.

1 March, 2004

Mon oncle Oscar

Il faut le souligner, lors de la soirée des Academy Awards ou Oscars, Les invasions barbares de Denys Arcand a remporté le prix du meilleur film étranger. On parle souvent de diffusion, quand on parle d’art, souvent comme d’une contrainte imposée par les subventionneurs. Cela dit, le v.-p. d’Alliance Atlantis Vivafilm soulignait l’importance de la distribution dans le succès d’un film à l’étranger. Miramax, le distributeur des films de Kevin Smith est le distributeur américain du film d’Arcand. Le film est excellent, mais pour que plusieurs en profitent, un bon réseau aide énormément…

Dois-je le préciser mais mon titre fait référence à cette légende, selon laquelle un des académiciens aurait dit de la maquette de la statuette “il ressemble à mon oncle Oscar”… Oui, oui on pourrait aussi penser à un autre titre de film québécois.