Entrées de July 2006

26 July, 2006

Journaliste de TQS agressé : nuancer les faits

Loin de moi l’idée de justifier l’usage des poings ou de la force contre les journalistes, mais dans ce cas-ci, rien n’est noir ou blanc. Tout d’abord, dans la lettre de veille envoyée par la FPJQ, voici la version que l’on trouve des faits entourants cette agression sur le journaliste de TQS et son caméraman :

Le journaliste Étienne Phénix et le caméraman Sylvain Gauthier ont été dépêchés à St-Jean-de-Matha pour couvrir la disparition de deux hommes, qui se sont vraisemblablement noyés en fin de semaine dernière. Le but de leur reportage était de faire état du danger que représente la Cuve de la mort, le plan d’eau où sont disparus les deux hommes.

Sur place, ils ont croisé par hasard la famille d’une des deux victimes. Furieux d’être filmé, le père s’est rué sur le caméraman et le journaliste, leur assénant de nombreux coups de poing. Jamais l’homme n’a demandé à ne pas être filmé. Il n’a même pas adressé la parole à ses deux victimes avant l’agression.

Selon cette version, le père de la victime n’a ni parlé, ni donné signe de désapprobation avant de frapper. Pourtant, la version de Phénix, telle que rapportée hier par Hugo de Grandpré de La Presse, laisse entendre une conversation entre le père et le journaliste :


« Nous avions pourtant respecté son intention de se recueillir seul devant l’eau et ne l’avons filmé que lorsqu’il est retourné vers le stationnement », a précisé M. Phénix.

À moins que le monsieur ne leur ait communiqué par écrit son intention, ces mots de la part du journaliste supposent une conversation avec l’agresseur au cours de laquelle il demande à être laissé seul. On peut présumer que le journaliste lui a laissé quelques minutes, puis est revenu à la charge.

Aujourd’hui on pouvait lire, sous la plume neutre de la Presse Canadienne un texte qui reprenait les arguments de la FPJQ et laissait donc de côté la citation précédente de la Presse :


Tout en disant comprendre la souffrance des proches du disparu, la FPJQ estime que celle-ci ne saurait justifier l’agression dont ont été victimes les deux journalistes qui ne faisaient que leur travail. L’organisme explique qu’il aurait suffi à l’homme de demander aux journalistes de ne pas être filmé ou que les images prises ne soient pas diffusées pour éviter cet incident regrettable.

Or, les quelques éléments que j’ai mis ici en relation montrent que l’on parle de ce que le père aurait pu faire, sans noter qu’il a manifesté qu’il souhaitait se recueillir seul, mais que cette demande a été interprétée autrement. Or, trop souvent, devant les membres de la presse, les citoyens ordinaires ne connaissent pas leurs droits et se sentent agressés.

Cela dit, nous devrions nous demander, si le mandat d’informer la population exigeait vraiment que le père d’un garçon décédé le week-end dernier parle des dangers aquatiques de la Cuve de la mort ou si c’est le sensationnalisme qui justifiait ce choix. Poser une question, c’est y répondre un peu…

26 July, 2006

Le « bon Russe » du Frère Untel

Je m’attendais à ce que les membres de la famille Golaneck me reviennent avec quelques détails. C’est donc tout d’abord mon père qui a fait quelques corrections, puis ma mère qui a remis les pendules à l’heure. Or, m’a-t-on rappelé, Michel Golaneck était le frère de mon grand-père. Et, il existe bien une correspondance entre Michel Golaneck, alias le commissaire, et Jean-Paul Desbiens.

Petite fille, je demandais souvent à ma mère de me raconter les histoires de sa jeunesse. Dans ses histoires, il y avait les récits des aventures de ses oncles qui voyageaient, allaient la guerre, s’inventaient des partis communistes en sol québécois et passaient des soirées à changer le monde en buvant de la vodka. À ce cirque s’ajoutaient les histoires des immigrants russes et des pays de l’Est que mon grand-père cueillait au port de Québec et emmenait à la maison pour les aider à se faire une place ici. Dans ces légendes familiales, mon grand-père parlait quelque huit langues ou dialectes, dont le russe et une forme de yiddish d’Europe orientale.

25 July, 2006

Philosophie de vacances

Ce que saint Augustin dit du temps vaut tout aussi bien pour l’amour. Moins nous y réfléchissons, plus il nous paraît se comprendre tout seul ; mais si nous commençons à nous creuser la tête à son propos, nous n’en sortons plus. Ce curieux paradoxe est confirmé par le fait que, depuis le début de l’histoire de la civilisation, l’homme en tant que créateur et, depuis l’époque d’Orphée, l’homme en tant que poète se sont occupés de peu de choses avec autant d’obstination que de l’amour. Car on sait bien que les poètes n’écrivent pas sur ce dont ils possèdent la connaissance, mais sur ce dont ils n‘ont pas le fin mot ; et ce pour des raisons qu’ils ne connaissent pas davantage, mais qu’ils veulent à tout prix connaître très précisément. Cette imparfaite connaissance, ce sentiment de foncière étrangeté, voilà l’impulsion première qui les fait saisir leur burin, leur plume ou leur lyre. (Colère, deuil, exaltation, argent, etc. sont tout à fait secondaires.) S’il en allait autrement, il n’y aurait pas de poèmes, de romans, de pièces de théâtre, etc., mais uniquement des communiqués.

Cette petite réflexion sur l’amour, l’art et les communiqués est de Patrick Suskind. On peut lire la suite dans Sur l’amour et la mort publié chez Fayard en 2006. Le texte original a été publié en allemand en 2005. Vous vous rappellerez peut-être de Suskind en raison du best-seller Le Parfum ou de textes populaires comme La Contrebasse ou Le Pigeon.

24 July, 2006

Décès du Frère Untel

La télé de Radio-Canada vient de présenter un collage d’entrevues accordées au fil des ans par Jean-Paul Desbiens, alias le Frère Untel. Je me suis donc tournée vers les rayons de ma bibliothèque et j’en ai sorti pour M. la vieille copie abimée du livre Les insolences du frère Untel que m’a donné ma mère. Ce livre était dédicacé à Michel Golaneck et à André Laurendeau. S’il est facile de savoir qui est André Laurendeau, il faut lire la Justification des dédicaces pour savoir qui était ce Michel Golaneck, avec qui Desbiens dit avoir passé « des dizaines d’heures à parler de la “chose sociale”». Jean-Paul Desbiens y décrit son ami comme un « bon Russe », passionné de justice, intelligent mais qui sait à peine lire et écrire.

Si je vous raconte tout cela, c’est qu’on ne s’appelle pas toujours impunément Nadia : mon grand-père était Russe et Michel Golaneck était son frère jumeau. Même si les Insolences sont parues bien avant ma naissance, je me rappelle avoir entendu ma mère raconter que son oncle Michel avait d’abord été un peu gêné d’être cité dans un livre, surtout parce qu’on pouvait y lire noir sur blanc qu’il avait peu d’éducation… Ah ! L’âme russe ! Cela dit, je crois avoir entendu ma grand-mère me parler d’une correspondance au long cours entre Desbiens et mon grand-oncle dont les lettres seraient encore quelque part dans la famille.

21 July, 2006

Fraude par téléphone et courriel

J’ai entendu à la radio que le service de police d’Ottawa souhaitait aviser la poplulation qu’il ne fait pas de lever de fonds par téléphone et que ces dernières sont des tentatives de fraudes. Ces fraudeurs nous ont appelés à quelques reprises et étaient très insistants. Nous avons signalé la chose, comme plusieurs et quelques semaines plus tard la nouvelle sort dans les médias - un peu tard à mon goût. De même, des fraudeurs se faisant passer pour Desjardins services financiers envoyaient des courriels alarmants nous demandant d’entrer notre numéro d’identification personnel sur un certain site ou notre compte serait fermé. Comme plusieurs j’ai signalé la chose à ma caisse et ce n’est que quelques semaines plus tard que la nouvelle a frappé les médias. Dans le cas de Desjardins, des clients ont été soulagés de quelques milliers de dollars. J’imagine qu’il en va de même pour le premier cas. Il me semble que dès qu’un signalement est fait, une mise en garde devrait être publiée au moins sur le site des entreprises.

20 July, 2006

Le Liban

Il est si difficile pour moi de ne pas faire le lien entre mon expérience à New York le 11 septembre 2001 et les nouvelles des pauvres civils libanais pris entre deux feux. On aura beau m’expliquer la tension entre Israël et Hezbollah, je ne vois que des familles terrorisées. En prenant un taxi pour revenir du boulot, à cause des nouvelles à la radio, j’ai dit au chauffeur comment cette situation me désolait. Il m’a répondu qu’il était lui-même libanais et que sa femme et ses enfants avaient eu la chance de monter à bord d’un des derniers avions à décoller avant l’intensification des hostilités. En sortant, je lui ai dit que j’étais vraiment heureuse que sa famille soi saine et sauve. Il m’a remercié. Nous avons alors tous deux eu un cafouillage, comme une envie de dire quelque chose de plus, peut-être une bénédiction, mais nous nous sommes arrêtés là.

14 July, 2006

Sur la glace ou les cimaises

Dans un commentaire précédent, une lectrice présumait de l’identité de T. le guide de ma sortie muséale. Aussi artiste, il a donné un des meilleurs exemples que j’ai entendu au sujet de la prétendue incapacité qu’a le commun des mortel de comprendre une œuvre contemporaine. Parce qu’il faut dire que devant une œuvre abstraite ou une installation, les gens sont impatients dès qu’il faut quelques clés de lecture pour dépasser la surface.

Or, T. comparait la lecture d’une œuvre contemporaine à un but au hockey. Combien d’analyses, de retours sur image et de commentaires entourent le but de votre équipe préférée ? Comme si tout cela n’était pas assez, afin de comprendre les sentiments du coach et des joueurs face à l’ensemble de leur œuvre de la soirée, des animateurs dédient une heure complète à l’analyse des moments fatidiques du match. Le lendemain, les cahiers sportifs reprennent les commentaires… Pourtant nous avons grandis au son de l’orgue, avons assisté à des matchs, avons joué et nous ne nous étonnons pas qu’il faille une armada de commentateurs pour décrypter la game et aller au-delà de l’émotion initiale et du symbole qu’est le palais porté au but par un bâton.

Mais quand il est question d’art, c’est deux minutes devant l’œuvre, pas un mot sur la game ou penalty pour tous les joueurs !

12 July, 2006

Entre schizos

Aujourd’hui nous avions la mission de nous tenir loin de nos ordinateurs, le temps de nous livrer à d’autres activités. Joyeuse initiative, me direz-vous avec raison. Une de ces activités était de découvrir quelques œuvres d’art du Musée en compagnie de T., guide, étudiant et tutti quanti. Avant de commencer la visite, il nous a prévenu que nous allions regarder de plus près des oeuvres qu’il étudie en vue de déposer un mémoire de maîtrise. Alors, a-t-il admis en riant, il était possible que son discours prenne des tangentes quasi-schizophrènes. Vous vous en doutez peut-être, mais c’était là une grave exagération. Et, après tout, l’affection de l’art contemporain est une maladie qui se soigne bien.

Or T. nous a fait plonger un plus en avant dans l’univers de Goeffrey Farmer et Michel de Broin. Je connaissais le second pour l’œuvre publique Révolutions qui fait partie de la collection de la Ville de Montréal, mais je ne faisais pas le lien avec son travail plus performatif.

Quant à la schizophrénie de T. je ne m’inquiète pas pour lui, il souffre lui aussi de ce que j’appelle mon obsession, j’ai nommé le satanné mémoire de maîtrise.

12 July, 2006

La fin d’une époque

En 2000, quand je faisais la chronique culturelle dans une radio commerciale de Québec, j’avais acheté une voiture, que dis-je, un petit 4X4. Moi qui ai peur des objets coûteux et qui payerait aisément mille dollars pour une oeuvre d’art, mais qui rechignerait à en mettre la moitié moins sur un bolide usagé, j’avais choisi la voie du milieu, une voiture un peu trop utilisée. Toute chose considérée, je me suis attachée à cette voiture, comme on s’attache à un bon sofa. Depuis des mois qu’elle ne fonctionnait qu’à moitié, se traînant cahin-caha, grinçant jusqu’à m’effrayer de partir avec elle trop loin. Mais je croyais toujours que ce n’était rien. Or, voilà qu’elle a expirée. Quand je l’ai vue partir sur la remorque, j’avais le coeur gros, les yeux plein de larmes. C’était la fin d’une époque. Je me suis donnée quelques semaines pour vivre mon deuil et puis au suivant ! En anglais, il existe une expression charmante pour désigner les objets usagées : “pre-loved”.

5 July, 2006

Principes politiques du jardinage


Roses
Originally uploaded by mikel.

Mon jardin est en fleurs et malgré la difficulté que j’ai à organiser mes plantes comme il se doit, il semble que le jardin à l’anglaise fleurisse bien à Ottawa… Tout pousse anarchiquement - il est intéressant de noter que le jardin français est ordonné alors que l’anglais veut reproduire la nature - et je laisse même des plantes imprévues s’imposer dans les plates-bandes. Après tout, que je me dis, les vivaces poussaient librement avant qu’un cultivateur ne nous les vende en pot. Je laisse donc la nature faire son oeuvre et j’ajoute ça et là des touches de couleur quand il en manque un peu… L’avantage de cette méthode est qu’après le jardinage il reste toujours du temps pour autres choses. La dolce vita quoi. On voit bien que là comme ailleurs, mon côté italien fait surface.