Scandal au Devoir : ĂŞtre indĂ©pendant veut dire payer sa part…

26/07/2007

Hier, très certainement pour respecter mon droit Ă  lÂ’information, Le Devoir mettait en première page un texte de Jean-François Nadeau intitulĂ©, Pourquoi Le Devoir n’ira pas voir The Police. Ne vous inquiĂ©tez pas, M. Nadeau nÂ’a pas dĂ©couvert que Sting jette ses bouteilles vides aux poubelles ou que les membres du groupe encouragent Wal-Mart et le travail des enfants. Non! CÂ’est bien pire que cela, je me dois de savoir que Le Devoir nÂ’a pas eu de billet gratuit pour aller voir le spectacle et comme je lis Le Devoir pour lire des comptes-rendus mièvres de « come-back show » des stars des annĂ©es « 80 », je suis très déçue. Pouvez-vous lire le sarcasme dans mes propos?

Non seulement le postulat de Nadeau est contradictoire, mais je n’avais pas besoin de plus de preuves pour me convaincre que mon quotidien – jusqu’ici prĂ©fĂ©rĂ© – est en dĂ©calage avec le monde actuel. Disons que Le Devoir est toujours une coche en retard en ce qui a trait aux sujets dÂ’actualitĂ© et ajoutons que mĂŞme les scoops liĂ©s au domaine culturel et social – censĂ©ment des champs dÂ’intĂ©rĂŞt pour la publication – sont très, très rarement mis au jour par le quotidien indĂ©pendant. Or, lÂ’article de M. Nadeau est choquant, dÂ’abord parce que de le mettre Ă  la une dĂ©note un manque de sens journalistique assez accusĂ©, puis Ă  titre de lectrice – et dÂ’ex-conseillère en marketing et communication – je me demande si ce manque de jugement n’est pas rĂ©pandu dans la publication. Après des annĂ©es Ă  titre dÂ’abonnĂ©e, Ă  espĂ©rer quelques nouvelles plumes branchĂ©es et Ă  souhaiter voir un tournant significatif dans ce quotidien, je commence Ă  lire de plus en plus souvent La PresseÂ…

En passant M. Nadeau, quand on veut être indépendant et qu’on ne veut pas se soumettre à quelque compromis commercial que ce soit, on paye son billet!

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8 Responses to Scandal au Devoir : ĂŞtre indĂ©pendant veut dire payer sa part…

  1. AJ Kandy on 26/07/2007 at 18:19

    Well it’s not like the Devoir’s target market is anyone under 50, ya know? In that respect it comes to resemble the increasingly aging-Boomer-centric Gazette. But it seems to be true of mainstream journalism everywhere: once journalists are put into the Machine and become part of it, they become rapidly out of touch with the facts of daily living. The Philadelphia Inquisitor did a great exposĂ© on David Brooks, for instance. And supposed ‘PhD of the People, the Mustache of Understanding’ Tom Friedman is actually a billionaire. Anything “new and trendy” is already dead by the time it gets to Time Magazine…about the only people that ever get it are the ZeFranks, Jon Stewarts, Colberts, Onions, and (once upon a time) Daniel Richlers of the world. (and the better bloggers, mostly.)

  2. Nadia on 26/07/2007 at 22:37

    Even if they do try to target a younger market, as a French independant newspapers it has its regular employees who have been there for as long as I have known that paper (over 15 years), and younger underpaid freelance journalists who find other jobs eventually. No big money there and a spin that is about ideas and high culture… So I guess for different reasons they fall out of touch with daily living.

  3. Cécile on 27/07/2007 at 02:33

    Tant pis pour eux ( car le show Ă©tait bon et que moi je l’ai payĂ©) et puis oui lis donc La Presse, abonne toi mĂŞme mais attend septembre car y’a pas grand chose en ce moment :-)

  4. Nadia on 27/07/2007 at 11:10

    Ă€ leur place je serais gĂŞnĂ©e, ils ne couvrent pas habituellement les “shows” populaires et mettent tout au plus une photo le lendemain (les agences de presse en fournissent toujours), ce qui “fittent” avec leur mandat. Un pareil article Ă  la une est gĂŞnant. Surtout, que comme tu le disais, les billets gratuits Ă©taient rares et rĂ©servĂ©s Ă  un petit nombre. Pour La Presse, mon chum pousse aussi dans ce cens, car il trouve qu’il y a un plus grande diversitĂ© d’info.

  5. Cecile G on 28/07/2007 at 14:39

    T’se Nadia en lisant l’article du Devoir finalement, je trouve l’attitude du Groupe Gillett dangereuse. Ok je ne lis pas beaucoup le Devoir sauf LGF et JB, je ne sais pas ce qu’ils couvrent gĂ©nĂ©ralement au niveau culturel. Mais mais…je trouve que la raison donnĂ©e par la relationniste est du chantage. Vous ne parlez pas de nous donc on ne vous donne pas de billets. Sauf que ce sera quoi la prochaine fois ? Vous ĂŞtes trop critique donc pas de billets…Je trouve que cette attitude ouvre une porte dangereuse. Encore une fois les journalistes doivent ĂŞtre Ă  l’abri de l’influence de la publicitĂ©, ce n’est pas leur rĂ´le. En tout cas, je suis perplexe de l’attitude du groupe Gillett, mais je t’encourage vraiment Ă  t’abonner Ă  la Presse…Et dĂ©solĂ©e de mon absence d,hier soir mais je suis littĂ©ralement tombĂ©e de sommeil……..Les Ă©motions de voir The Police m’ont achevĂ©es;-)
    On se reprend en aout .

  6. Nadia on 29/07/2007 at 11:04

    CĂ©cile, tu parles sur ton blogue “d’accomoder” Le Devoir, cela est envisageable dans un contexte ou le journaliste a une relation avec les gens de rp d’une entreprise. Cela ne semble pas le cas ici, sinon nous n’entendrions pas parler. Ă€ titre d’ex-relationniste (ce que nous sommes toutes les deux) il m’est souvent arriver d’offrir des billets Ă  quelqu’un qui ne couvre pas et pour un show qui fonctionnait dĂ©jĂ  bien. On le fait gĂ©nĂ©ralement parce que le journaliste en question, mĂŞme s’il nous couvre très rarement, est toujours avenant et dĂ©cline nos autres offres avec un clin d’oeil. Est-ce que tous les journalistes qui le demandent devraient avoir des billets pour tout ce qu’ils veulent voir? Je me le suis souvent demandĂ© tant Ă  titre de journaliste culturelle que de relationniste. Ma rĂ©ponse demeure non et certains journalistes ne devraient pas abuser leur privilège en demandant d’avoir accès gratuitement partout, jusque parce que… Dans Le Devoir, le spectacle de The Police devrait faire l’objet d’une photo (d’agence de presse) et d’une lĂ©gende. Le produit n’est pas nouveau, le groupe ne lance pas d’album, on parle donc d’un Ă©vĂ©nement pas d’un nouveau produit culturel Ă  critiquer. Est-ce que Le Devoir avait besoin d’un billet pour respecter son mandat ou est-ce que le journaliste voulait un billet pour voir le show de son groupe prĂ©fĂ©rĂ©? La relationniste aurait-elle pu l’accomoder? On peut rĂ©pondre oui Ă  ces deux questions. Mais si l’on attribue ce refus Ă  l’esprit trop critique du quotidien, comment se fait-il que J.-C. Laurence de La Presse, qui dit clairement Ă  la tĂ©lĂ© que le show de The Police n’est pas une nouvelle culturelle, au sens oĂą aucun nouvel album ou nouvelle donnĂ©e n’est ajoutĂ©e Ă  ce show pour nostalgiques, ne cause aucun problème Ă  son quotidien. La relationniste de Gillett aurait pu rĂ©pondre plus poliement Ă  Nadeau – on a que la version de Nadeau et des paroles hors contexte -, mais elle ne lui a pas refusĂ© “l’accès” comme il le dit, elle ne lui a pas donnĂ© de billet gratuit pour un show dont la couverture a fait l’objet d’un dĂ©ferlement mĂ©diatique toute la journĂ©e du spectacle. Payer sa place quand on doit vraiment couvrir n’entrave pas la libertĂ© d’expression. Faire payer son employeur pour un billet de show dont la couverture ne tombe pas vraiment dans le mandat de son papier est peut-ĂŞtre embĂŞtant. Les accommodements raisonnables entre relationnistes et journalistes ne sont pas toujours des rapports de compromission, oĂą le plus fort l’emporte, ce sont le plus souvent des rapports humains.

  7. Cecile G on 31/07/2007 at 13:19

    N’ayant jamais Ă©tĂ© PR en culturel, je ne connais pas le fonctionnement, mais ma chère c’est une discussion Ă  continuer car trĂ©s intĂ©ressante, pas ici, autour d’un bon verre, sur une terasse…:-)

  8. Nadia on 31/07/2007 at 14:31

    Ah oui! J’ai fait les deux : de nombreuses annĂ©es en culturel et petite incursion dans le politique. Grosse diffĂ©rence en effet… On s’en reparle, car ces questions se discutent beaucoup dans le milieu culturel et mĂ©ritent rĂ©flexion. Ă€ bientĂ´t!

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Nadia Seraiocco

Conseillère communication et médias sociaux | auteure | conférencière | Coauteure avec Michelle Blanc du livre Les médias sociaux 101

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