Ces vampires qui boivent votre énergie…

Connaissez-vous des gens qui vous sapent toute votre énergie? Des gens dont la compagnie est distrayante, qui mobilisent toute votre attention et qui, dans le bonheur et les épreuves, ont besoin de votre soutien constant? Au départ vous vous flattiez peut-être d’être ainsi requis… Car si vous manquez d’assurance, vous avez peut-être été la proie de ce vampirisme. Les psychologues parlent de manipulateurs, dans la culture populaire consignée dans le Urban Dictionnary on dit « attention whore », mais  les intuitifs préfèrent parler de vampires psychiques, selon les termes de l’occultiste Anton LaVey et maintenant de bon nombre de pop-psychologues.

Être une victime pour obtenir plus d’attention. Il y a longtemps, j’ai côtoyé une personne qui avait plusieurs des traits de ce suceur d’énergie. Un ami constamment insatisfait de son sort, envieux des succès d’autrui et qui semblait toujours se foutre les pieds dans la merde pour mieux pouvoir s’en plaindre et ainsi canaliser toute l’attention vers lui en toute circonstance. Peines d’amour causées par des relations imaginaires, accidents ou actes violents redevables à un comportement impulsif, perte d’argent dans des histoires inénarrables, tout y passait. Et dans toutes les circonstances, peu importe qui avait souffert de ses excès, IL était la victime.  De fait, à force de se plaindre de situations qu’on a créées, on s’attire souvent des coups.

Se raconter abondamment pour faire parler de soi. Une fois les pieds dans la merde, le monsieur n’avait de cesse de raconter ses aventures rocambolesques. Les récits narrés avec truculence amusaient les foules, mais devenaient vite un enfer de récits compulsifs pour ses proches. Nous avions même remarqués qu’en son absence, les gens parlaient souvent de lui, de ce qu’il vivait, de qu’il devrait faire pour s’en sortir ou de ce qu’il avait fait subir aux autres dans son « désarroi ».  Sa vie devenait un sujet de conversation, comme l’est le téléroman à la mode, mais en plus il y avait toujours un copain pour témoigner des faits.

Donner…pour recevoir au centuple! Convaincant et séducteur, il forçait toujours un peu la main de son entourage pour obtenir ce qu’il voulait. Par exemple, invité à diner, il ajoutait des convives, se pointait avec des ajouts onéreux au menu et faisait partager les frais de son « enthousiasme » à ses hôtes. Toute fête devenait son projet. sans égard au budget ou aux goûts d’autrui. Il était généreux de lui-même et de son sens de la fête… mais il attendait toujours un retour d’ascenseur et pas n’importe lequel, celui qu’il choisissait. Le fait de sentir souvent floués portait les copains à ressasser sans cesse les situations ambigües où ils s’étaient retrouvés en sa présence.

Mes besoins sont vos obligations. Après septembre 2001, notre relation s’est finalement éteinte dans le fracas. Le choc post-traumatique m’avait rendue très vulnérable psychologiquement et je me débattais avec toute une pléiade de symptômes physiques de stress qui restreignaient énormément mes activités. Mon ami vivait depuis des mois une déception amoureuse (vous savez quand l’autre veut juste être « amie ») qui virait à l’obsession et dont il voulait constamment parler. Comme j’étais en arrêt de travail, il m’appelait chaque jour pour « prendre des nouvelles », ce qui signifiait discuter des heures de ses torts à elle.  J’aurais souhaité être laissée en paix, mais je n’avais pas force de protester. Quelques mois plus tard, alors que j’allais toujours de mal en pis, il m’a accusé de ne pas me prendre en mains et d’utiliser le choc post-traumatique comme prétexte pour manquer à mes « obligations » envers mes amis. Par obligation, il voulait dire que je ne cuisinais plus des soupers et des déjeuners « communautaires » et je ne comblais plus ses « besoins » sociaux.

Il ne peut y avoir qu’une grande victime… Certains ont ressenti un grand malaise, lorsqu’il a commencé à faire campagne (il n’avait souvent aucune pudeur et racontait la vie de ses proches à tous) pour que notre entourage comprenne que ce diagnostic de syndrome de choc post-traumatique était de la bouillie pour les chats. « Mais qui connait ça? », demandait-il à des amis qui, tout en sachant que j’étais malade, ne pouvaient expliquer clairement ma maladie. Il pouvait ensuite jouer de syllogisme et conclure que si personne ne pouvait l’expliquer, c’était naïf d’y croire… À ce moment, en plus de mes malaises, mon père était aux prises avec un cancer. Lors d’une conversation téléphonique, dont le but était de coordonner un week-end avec des amis communs, il m’a dit d’arrêter de faire pitié, car « je n’avais toujours bien pas le cancer ». J’ai éclaté. Je lui ai dit que j’en avais raz le bol de ce « monopole de la souffrance », qu’il devait trouver un psy, car que je n’avais pas à écouter ses problèmes tous les jours. Il s’est mis a crier, ce qu’il faisait souvent pour gagner et j’ai fini par hurler, « faut-ti être en chaise roulante, ploguer de partout pour avoir droit à la paix avec toi? ». La relation s’est terminée là. Cela dit, il a demandé des excuses pour tous mes manquements, car il avait été LA victime de mes problèmes inventés… Il attend encore.

Ma vie, ce drame incessant. J’ai compris des années plus tard, que tout avait craqué à ce moment, car la sollicitude des gens à mon égard diminuait l’intérêt de ses drames. Les rares amis que nous avons encore en commun veulent parfois me parler de lui, car il a connu de vrais malheurs au cours des dernières années. Je compatis, mais je sais que les quelques mots qu’ils me glisseront ensuite sur ce qu’il dit de moi me feront réagir… Les manipulateurs et les vampires psychiques ont cet effet : ils savent comment vous vider de votre confiance. Nos chemins se sont séparés et quoique certains de ses bons côtés me manquent parfois, la cruauté dont il était capable par insécurité et la cabale qu’il a mené contre moi alors que j’étais à mon plus faible, me convainquent que c’est mieux ainsi.

Il semble qu’il lise ce blogue pour mieux le critiquer. Bien voilà, la diva en lui est servie : il a eu tout un billet à lui seul.

  32 comments for “Ces vampires qui boivent votre énergie…

  1. 30/07/2010 at 11:51

    Ça me rappelle une fille qui a demandé à une amie qui venait de faire deux fausses couches, de l’accompagner à son échographie puisque le père était en voyage d’affaires “j’ai besoin que quelqu’un me tienne la main au cas où ça ne se passe pas bien, tu ne peux pas me laisser seule là dedans”.

    La pauvre fille s’est sentie obligée d’aller “tenir la main” de son amie, pour se rendre compte une fois dans la salle d’attente, que son amie avait aussi demandé à quelqu’un d’autre de venir. Elles étaient donc deux à lui tenir la main. Le bébé allait très bien, la mère aussi.

    L’amitié par contre, n’a pas survécu…

  2. 30/07/2010 at 12:02

    Ton exemple est plus que probant et me touche particulièrement… C’est tellement typique de la mise en scène de soi que font les “vampires”. J’ai utilisé l’exemple d’un copain diva, mais de fait, beaucoup d’amitiés se terminent lorsqu’une des deux parties comprend que la relation en question est un spectacle où le premier rôle est toujours tenu par la même personne.

    Le pire c’est que la fille de ton exemple a dû se sentir coupable pareil, même si ce qui lui était demandé était surhumain.

  3. Panthère Rousse
    30/07/2010 at 14:18

    Excellent billet, que je m’empresse de partager sur Facebook.

  4. 30/07/2010 at 14:20

    Merci chère Panthère… Ça touche une corde sensible pour plusieurs d’entre-nous on dirait.

  5. Y
    30/07/2010 at 15:44

    Très bon post Nadia. En effet, ça touche une corde sensible et ça rappelle des souvenirs! Bravo d’avoir réussi à te débarrasser de ce vampire, plusieurs personnes n’y arrivent pas et en “meurent” psychologiquement. Lorsque l’on se sent vidé et épuisé après avoir passer du temps avec une personne, c’est un signe que cette personne “suce” l’énergie des autres pour se sentir bien. C’est aussi un signal (d’alarme) qu’il vaudrait mieux se passer de cette compagnie nocive. Comme disait ma grand-mère: “Vaut mieux être seule que mal accompagnée”

  6. 30/07/2010 at 17:48

    Je crois que nous avons tous rencontrés ce genre de personne, certains les détectent tout de suite, d’autres sont plus vulnérables…

  7. Pingback: Octavio Real
  8. L'Homme Scalp
    04/08/2010 at 10:18

    Pas trop de misère à identifier la personne visée par le billet. C’est parfois un jeu dangereux que ce genre d’exhibition, mais je comprends que tu voulais partager la réflexion (qui est largement développée et intéressante). Les problèmes (et parfois les échecs) relationnels nous permettent d’en apprendre beaucoup plus sur nous-mêmes (it takes two to tango!) que sur l’autre. Et c’est là qu’on peut parler d’évolution personnelle.

  9. 04/08/2010 at 13:57

    J’ai beaucoup pleuré pour une amie-vampire que j’ai eue pendant plusieurs années. Je garde de bons souvenirs de certains moments de notre amitié, mais le mal qu’elle me faisait au bout du compte a fait que j’ai coupé tout contact avec elle depuis septembre. Il s’agit d’une des meilleures décisions que j’ai prises dans ma vie.

    Merci pour ton article. Certains prendront peut-être conscience que certaines relations puisent trop notre énergie.

  10. 05/08/2010 at 13:08

    Homme Scalp, ce que tu appelles un “jeu dangereux d’exhibition” (pourtant sans noms et relatant des événements vieux de dix ans) a été pour moi une libération qui semble avoir été appréciée par les autres commentateurs qui ont vécu des relations difficiles. Il faut être deux pour vivre un abus et accepter seul de rompre unilatéralement la relation. Comme je le disais dans le dernier paragraphe, j’espère que les rares, très rares même, amis que nous avons encore en commun respecteront ce choix et cesseront de me rapporter les faits et gestes de la personne en question. Et de toute évidence, j’espère qu’ils ne discutent pas avec cette personne de ma vie.

    Pèlerine, je peux comprendre et ce qui nous vide de notre énergie est non-négociable… Parfois les gens ne sont pas conscients de l’effet qu’ils ont sur nous ou leur entourage en général, mais cela, nous n’en sommes pas responsables, il faut se protéger. C’est dommage, mais c’est ainsi.

  11. 05/08/2010 at 13:17

    J’ai eu ce problème récemment avec une personne qui est entrée dans ma vie aussi vite qu’elle est ressortie… Avec le temps, je sais mieux les identifier. Heureusement.

    Et quelle chute à ton texte!

  12. 05/08/2010 at 13:21

    Merci Noisette! Tout à fait, accepter que certaines personnes sont nocives pour nous est difficile, mais on apprend à mieux s’entourer et à consacrer notre temps aux relations positives.

  13. L'Homme Scalp
    05/08/2010 at 18:18

    C’était vraiment sans offense, Nadia. Je te jure.

  14. 05/08/2010 at 19:28

    hs : Merci de le préciser, car dès que l’on parle de soi sur un blogue, beaucoup sont rapides à parler d’exhibitionnisme ou de bullying, ce qui est loin d’être le cas, lorsqu’on partage une expérience passée et façon “générique”.

  15. Julie-Les-Oiseaux
    07/08/2010 at 13:22

    Très bien écrit, chère amie. Et j’espère que le processus a été libérateur! xxxx

  16. 07/08/2010 at 13:57

    Merci Julie! Oui et je pense que cela met au clair ma pensée là-dessus…

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  20. 27/09/2010 at 23:58

    Bonjour,

    Les vampires m’évite et c’est bien ainsi.

    Bien amicalement
    Jean Nogales

  21. Mélanie Duclos
    18/10/2010 at 22:54

    Ha ces vampires… J’ai aussi connu ce genre de relation que j’appelais “parasitaire”. Ça m’en a pris du temps, mais une fois réveillée, avec l’aide de copains, j’ai mis fin à cette relation. Très bon billet.

    Pour les curieux qui veulent en savoir plus sur le trauma – ou stress post-traumatique, voici un lien qui saura vous intéresser. http://bit.ly/TraumaCET

  22. Pingback: Annie Jubinville
  23. 19/10/2010 at 11:04

    Merci Mélanie! Comme tu le dis, il nous faut souvent l’appui d’amis ou de proches qui confirment que la relation n’est pas saine, car le propre de genre de relation est d’être culpabilisante. Le lien est intéressant aussi, car au moment des événements que je relate ici, soit en 2001-2002, l’information sur le spt existait surtout en anglais, on en parlait un peu, dans le milieu militaire, mais la population n’était pas très sensible au phénomène.

  24. Pingback: Natalie Gauthier
  25. Pingback: Brigitte Leclerc
  26. delbos
    21/12/2010 at 08:53

    Bonjour à tous et à toutes,

    Je suis journaliste pour France 2 et je prépare une émission sur ces relations ” vampires”.

    Le thème générale est “Ma meilleure amie m’aimait trop” au sens où la relation devenait étouffante…

    vous pouvez me contacter au 0153843068

    A bientôt,

    Anaïs

  27. Pingback: Nadia Seraiocco
  28. 30/01/2011 at 09:44

    Hey there! I’ve been following your blog for a long time now and finally got the courage to go ahead and give you a shout out from Huffman Texas! Just wanted to say keep up the excellent job!

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