MAJ : M. Sormany a avisé Radio-Canada qu’il prenait sa retraite (le communiqué officiel). J’ai beau reprendre son cas ici, je trouve néanmoins désolant qu’un professionnel de grande valeur se retrouve brûlé ainsi en raison des médias sociaux. Comme il est aussi un professeur apprécié, espérons qu’il continuera de transmettre tout ce qu’il a appris au fil des ans.  Le printemps dernier, à la lumière de quelques cas assez accablants en matière d’utilisation des médias sociaux comme défouloir, j’écrivais un billet sur la réputation en ligne (ce fut même une chronique à l’émission Dumont). La réputation, la nôtre et celle des autres, devrais-ajouter aujourd’hui pour être bien comprise. Parce que, quelque six mois plus tard, il faut encore aborder le sujet, car à ma grande surprise, les cas continuent de se multiplier. Même des professionnels de l’information se font encore prendre à trop parler sur les médias sociaux. Disons-le, un profil Facebook ce n’est pas étanche et vos 200 amis ne sont pas tous de vrais amis, Twitter est public (et même bloqué, si vous êtes suivis par plus de 100 personnes, c’est public) et au cas vous essayerez de rattraper vos mots, une capture d’écran permet de continuer à relayer un message effacé.

Facebook, l’illusion de l’intimité…

Cette semaine, Pierre Sormany, professeur en journalisme et directeur des émissions d’affaires publiques à Radio-Canada, a été suspendu pour des propos tenus sur Facebook. Remettons les choses en contexte : après la première de Tout le monde en parle, où Duchesneau livrait les résultats de son rapport, M. Sormany, a répondu à une question de la journaliste de PC, Lise Millette. Il a donc identifié Jean Lapierre comme un journaliste jouant sur les deux tableaux, disant même qu’il est un ami de Antonio Accurso. Si ce genre de propos n’aurait eu que peu d’impact en privé, sur Facebook, la nouvelle à été repiquée et s’est propagée via Twitter (MAJ : merci à Cécile Gladel de cette précision). Quelques jours plus tard, Jean Lapierre déposait une poursuite en diffamation contre Pierre Sormany au montant de 250 000 $.

Plus grande la réputation, plus grand le risque avec les médias sociaux

Puis-je me permettre de spéculer que M. Lapierre a eu vent des propos de M. Sormany très tôt après leur publication? Pierre Sormany a 367 amis, peut-être que le titre évocateur de la chronique de Nathalie Petrowski devrait (puisqu’il faut encore vous le répéter) nous servir de leçon : Les amis des amis de Pierre Sormany. N’oublions surtout pas que si une tout autre personne, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a pas de crédibilité journalistique, avait émis la même information, il est possible que rien ne serait arrivé par la suite. On peut même imaginer que M. Toulemonde qui dit la même chose se verra remis en question par ses pairs, peut-être appuyé ou raillé, mais un professionnel de l’information est plus surveillé et ses déclarations ont plus d’impact.

Je vous le redis donc, (surtout si vous êtes moindrement connus) Facebook n’est pas votre salon, de plus si vous ne maniez pas très bien les paramètres de confidentialité, il est fort probable que des gens qui ne sont pas dans vos listes d’amis puissent voir vos commentaires en faisant une simple recherche dans l’outil à cet effet, en choisissant «publications». Alors si vous avez des pistes pour en enquête ou des spéculations qui pourrait impliquer des gens connus, utilisez le courriel ou le téléphone!

Twitter : la vitesse fait encore des victimes!

Les premiers cas de diffamation sur Twitter remontent à 2009, Courtney Love, la chanteuse à scandale en est maintenant abonnée, ayant été poursuivie d’abord par une ex-collaboratrice designer de mode à qui elle a dû verser quelque 430 000 $ et s’étant encore trouvée dans le même pétrin avec une firme d’avocat. Catherine Morissette, avocate et blogueuse, commentait d’ailleurs cette affaire en janvier dernier. En France, Twitter a vu sa popularité grandir, dit-on, avec l’affaire DSK et là aussi, les poursuites pour des opinions considérées comme de la diffamation font parler, car les utilisateurs français de Twitter prennent conscience que les lois en vigueur quant à la diffamation s’appliquent aussi sur les réseaux.

Articles et ressources :

Billet de l’avocate Véronique Robert : La parole criminelle

Nathalie Petrowski, 5 octobre, La Presse : Une chronique justement titrée, Les amis des amis de Pierre Sormany.

Le blog des Inrocks : Diffamation sur Facebook et Twitter : passer par la case prison…

Sur ChezNadia : Réputation en ligne : y pensez-vous?

Projetj.ca : Lapierre contre Sormany : aveuglement 2.o

Article dans Le Devoir d’après PC : Propos sur Internet : La SRC suspend Pierre Sormany

Une question éthique chez Cécile Gladel : Peut-on utiliser Facebook comme source?