Entrées classé sous 'Éducation'

12 July, 2007

Bill Gates était-il un premier de classe?

Martine propose aujourd’hui à ses lecteurs un texte du New York Magazine sur l’effet des louanges que les parents chantent, parfois peut-être un peu trop, à leurs enfants. L’étude menée sur le sujet est inquiétante : les enfants doués, auxquels on répète qu’ils sont brillants, sont beaucoup plus susceptibles d’abandonner toute tâche qui demande un effort et pour laquelle ils n’ont pas de facilité. Ainsi, ils se contentent d’impressionner la galerie avec ce qu’ils font bien et se soucient plus de leur image au détriment de leur réelle capacité d’apprendre.

Il y a quelques jours je discutais du cas d’une petite surdouée que ses parents avaient inscrits à Mensa à moins de trois ans. Je déteste ces catégories qu’on appose aux enfants, parce que je crois réellement que nous apprenons tous à des rythmes différents et qu’un enfant qui obtient des résultats moyens au primaire deviendra peut-être un élève talentueux au secondaire et vice-versa. Apprendre à apprendre est la clé et les petits génies de quatre ans sont souvent devancés, une fois rendus à l’université ou dans la vie, par les bûcheurs.

Les histoires d’enfants, ça nous ramène à l’enfant que nous avons été. J’étais pour ma part une petite fille fatiguante qui parlait tout le temps et qui utilisait des mots de vocabulaire compliqués. «Toé pis tes mots à 5$», qu’on me criait à l’école primaire. Aujourd’hui, les mots sont rendus à 10 $, mais vous voyez le principe. Tite fatiguante, achalante de prof, à dix ans je lisais, La grosse femme d’à côté est enceinte, Jane Eyre et Les hauts de Hurlevent, de nuit bien évidemment, car déjà à cet âge je me couchais tard… J’obtenais des notes presque parfaites dans toutes les matières, à la grande surprise de mes parents qui croyaient que l’école du quartier n’était vraiment pas sévère. Cette facilité dans les premiers apprentissages m’a nui, car arrivée au secondaire, je ne savais pas comment travailler et si ça ne me venait pas tout seul, je laissais tomber. En plus, je lisais des romans ou je dessinais au lieu de faire mes devoirs, ce qui n’aidait pas. Après des années de mauvaises notes, voire d’échecs, j’ai réappris à travailler et mes insuccès m’ont poussé à me dépasser.

Jusque là, ça ressemble à une belle histoire, mais les échecs n’ont pas eu que de bons effets : j’ai développé une grande insécurité et un sentiment d’imposture. Quand on me félicitait, je me disais toujours que c’était pour m’encourager. Voilà, vous le savez et vous n’avez même pas eu besoin de me demander quatre ou vingt-quatre secrets sur moi par chaîne de courriels…

Quand j’envisage la possibilité d’avoir des enfants, faits maison ou adoptés, je me jure chaque fois que nous ferons des tonnes de niaiseries ensemble, que nous irons à La Ronde - oui, je fantasme sur La Ronde -, que nous jouerons à des jeux de société et que nous mangerons des trucs pas bios, en fait carrément junk… La vie étant ce qu’elle est, mes flots seront peut-être des petits nerds qui, comme Bill Gates, ne penseront qu’à leur ordinateur et me trouveront vraiment trop légère!

24 June, 2007

Ces enfants surdoués

Je n’ai pas d’enfants, mais j’ai étudié en pédagogie, j’ai enseigné et je côtoie avec grand plaisir les enfants de mes amis. Cela dit, quand je lis qu’une petite fille de deux ans et 10 mois a un quotient intellectuel de 152, ça ne me réjouit pas. En plus, ça ne m’inquiète pas le moins du monde pour les petits qui ne sont pas encore membres de Mensa.

Les parents qui me lisent et qui, comme tous les parents, trouvent leur progéniture plutôt brillante, comprennent déjà où je veux en venir : cette petite fille se fout pas mal de son quotient intellectuel, mais de toute évidence ses parents ont besoin de cette fleur à leur boutonnière et ont travaillé avec la petite des mois durant pour la préparer aux tests de QI. Ben oui, pendant que vous, mauvais parents, mangiez une crème glacée avec vos rejetons, pendant que vous dépensiez à la Ronde pour faire tourner petiot ou petiote sur un manège insignifiant, y’a des parents qui veillaient au grain et qui s’assuraient que leur enfant de deux ans ferait les manchettes avec son gros quotient. Bref, la petite Georgia Brown joindra cet été le prestigieux club Mensa pour les surdoués. Or, ses souvenirs d’enfance compteront des images de surdoués mal socialisés et elle pourra faire encadrer les premiers articles qui la mentionnaient à l’âge de deux ans et 10 mois…

Tiens ça me rappelle l’histoire de cette petite de sept ans à qui son père faisait piloter un avion pour battre un record. Le père, la fille et l’instructeur sont morts dans un accident au cours de l’exécution de ce record. La météo ou le bon sens aurait recommandé qu’ils restent sur terre, mais pour battre un record on doit prendre des risques. Triste en effet.

9 June, 2007

De l’art du sensationnalisme en politique

Je disais plus tôt, au sujet de la question de la correction des fautes dans les textes des étudiants soumis à l’épreuve de français, que le dossier était certainement plus touffu qu’il paraissait. Il m’aurait fallu me méfier un peu plus des déclarations fortes d’une ministre qui vient tout juste de prendre les rênes d’un ministère - et je l’ajoute des titres exclamatifs des médias. Aujourd’hui, dans Le Devoir, Clairandrée Cauchy précise la teneur des observations consignées par Richard Berger dans le document remis au MELS. Dans une lettre, Berger, le principal intéressé - ou attaqué c’est selon -, défend son document de travail et remarque que personne du ministère n’a cru bon préciser la teneur du document ou expliquer le contexte.

Cela dit, j’aimerais bien que cette peur du fond religieux québécois qui nous force à voir toute punition ou toute forme de correction comme un substrat judéo-chrétien soit remise en question. Il serait peut-être temps que nous regardions chez le voisin et que nous nous demandions si les systèmes scolaires des pays beaucoup plus sévères et punitifs que le nôtre ont eu besoin d’un fond judéo-chrétien pour disputer les étudiants qui font des fautes de calcul ou de grammaire. Pensons au Japon ou à la Chine, réputés pour avoir des systèmes scolaires assez inflexibles…

7 June, 2007

Bravo à la ministre Courchesne!

L’histoire est probablement plus touffue qu’il n’y paraît, mais à première vue, et nourrie par mon expérience de l’enseignement, je ne peux que me réjouir que la ministre de l’Éducation ait choisi la voie du bon sens. Il y a de la restructuration à faire dans le secteur de l’enseignement, mais ce n’est certainement pas en éliminant le calcul des fautes des français que l’on aidera les étudiants à progresser. En fait, j’aime bien la méthode que la Cité collégiale applique, soit de calculer le nombre de fautes par cent mots. Ainsi, tout au cours de la session, on peut suivre le progrès des étudiants et produire un bilan qui, dans presque tous les cas, fait preuve du progrès accompli au cours de la session.

13 November, 2006

Pertinence et suffisance des idées…

Comme je suis en congé, j’écoute les actualités tout en faisant quelques lectures pour mon mémoire. À TVA, ça discute fort à propos du bulletin scolaire par compétence. L’enseignement du français me tenant à coeur, je me suis arrêtée un moment pour écouter une spécialiste nous expliquer ce que les parents devraient comprendre de ce charabia. Ainsi, lorsque le parent voit « Écrire des textes variés », il devrait savoir qu’il est question de la capacité de l’étudiant à faire dictés et des compositions. Si l’étudiant a des problèmes à aligner deux idées, il aura une mauvaise note à la compétence « Pertinence et suffisance des idées ». Lorsque j’ai entendu cela, je me suis demandé si on avait bel et bien osé utiliser « suffisance » un nom commun qui caractérise généralement la présomption ou la prétention pour décrire la richesse des idées d’un texte. Il faut savoir que certains dictionnaires vous indiqueront que ce substantif lorsqu’il décrit le caractère de ce qui est suffisant est un régionalisme. De toute évidence, quand la langue de bois domine, l’abondance des idées fait défaut.

20 May, 2006

Ces profs sans pédagogie…

On fait beaucoup de tapage autour de ces profs sans brevet d’enseignement. Il faudrait peut-être se demander si ce permis est vraiment un gage de compétence. A-t-on besoin de milliers d’heures d’enseignement sur la psychologie des groupes, l’éthique ou la sociologie pour devenir un bon enseignant ? Ma brève expérience de l’enseignement me permet d’en douter.

L’université a beau être un lieu de haut savoir, il y a des limites à ce qu’on peut apprendre en trois ou quatre ans. Les professeurs donnent un cadre, des bases théoriques et si tout se passe bien l’étudiant aura le goût d’en savoir plus. Trois années d’études du français, des mathématiques ou de la géographie devraient être un minimum pour enseigner une matière. Une année en pédagogie, soit près de 500 heures de formation théorique et deux stages sont suffisants pour aborder une classe. On apprend à faire des plans de cours, on observe un enseignant expérimenté, on expérimente, on réfléchit un peu, puis on se lance. Le bac en enseignement offre environ 20 cours de concentration(j’exclus des cours comme didactique ou “correction”) soit le minimum requis pour enseigner une matière comme le français ou les mathématiques.

Il me semble que le brevet devrait être attribué selon des critères justes. Si c’était le cas, un enseignant qui possède le nombre de crédits suffisant dans une matière n’auraient qu’à faire un certain nombre d’heure de formation pédagogique pour obtenir son permis. Il est injustifié de demander à un enseignant qui a déjà une maîtrise et de l’expérience de refaire un bac. Il serait donc temps de remettre en force le certificat d’enseignement. Ainsi, d’excellents candidats, parfois munis d’études supérieures ou d’une riche expérience professionnelle, pourraient à temps partiel compléter une formation de pédagogie tout en amorçant une carrière.

Tant qu’à y être, les universités devraient créer des séminaires pour enseignants afin d’encourager le ressourcement professionnel.

17 January, 2005

Cégeps, cégeps…

Quand le Québec a orchestré la grande réforme de l’enseignement dans les années soixante, le but visé était qu’un nombre plus grand d’étudiants obtiennent un diplôme universitaire ou pré-universitaire. Quelque vingt ans plus tard, on a « réformé » le cégep une première fois, pour pallier au manque de formation des étudiants qui sortaient du secondaire. Encore une fois, on « réforme » le cégep, pour permettre à plus d’étudiants d’obtenir un diplôme. On assouplira donc les règles d’admission pour ouvrir les portes à ceux qui n’ont pas obtenu le diplôme d’études secondaires. Toujours pour hausser le taux de diplômés, ceux qui ne terminent pas leurs études auront droit à une autre forme d’attestation collégiale. Il manque de techniciens au Québec, nous avons un taux de décrochage plutôt élevé et voilà que nous nous en remettons encore au plus petit dénominateur commun. À mon avis, personne ne profitera de cela