Nicolas Langelier a lancé un petit pavé dans la marre - pour une fois qu’on débat de quelque chose qui m’intéresse je ne m’en plaindrai pas - avec son article De l’utilisation du mot pute par la jeune femme moderne. Je le dis sans ambages, j’aime bien Nicolas Langelier, je lui trouve même un petit côté Alain de Botton. Dans cet article, Langelier expose différents points de vue sur la question. Or, en ce moment, c’est une de ses interviewées, Catherine, qui mange la mornifle parce que, révèle-t-elle, elle appelle sa soeur et ses amies « Pute » et fait référence aux critiques de Sophie Durocher sur Omnikrom. Sophie, pas plus folle qu’une autre n’a pas aimé être ainsi prise à partie.
Tout cela me fait un peu rire. Quand j’avais 16 ou 17 ans, vous savez comme on est pas sérieux à cet âge, mes amies et moi nous interpellions par de retentissants « Salut salope ». Pourquoi? Qu’est-ce que j’en sais? En tout cas à cette époque, ce n’était certainement pas les rappeurs qui nous influençaient. Nous avions aussi la LNH, pour la Ligue des nymphomanes hallucinées, dont les destinées étaient brillamment dirigées par une copine que nous avions élégamment baptisée la « Grande Sale ». Ce sobriquet, nous l’avions volé à Colette dans la série des Claudine. Faut croire que toutes les filles font à un certain âge ce genre de niaiseries. Dois-je ajouter que nous fréquentions une école privée catholique, de quoi donner envie de sacrer.
Toutefois, nous étions encore plus vilaines que Catherine, parce que ceux qui questionnaient notre vulgarité se faisaient traiter de péquenots et de coincés, mais en des mots plus impolis. J’ai été élevée à la basse-ville de Québec, alors j’ai vite appris à élever le maniement du blasphème et des insultes au rang d’art. Nous avions aussi un club pour cela. J’imagine que nous avions besoin de briser des tabous et surtout de rejeter en bloc tous les préjugés et les peurs ontologiques dont on nous avait pétries.
Très vite dans la vingtaine, plusieurs expériences de violence, de dénigrement, où ces mots étaient utilisés comme autant de stigmates du mépris, m’ont fait revoir ma position sur le sujet. J’ai ensuite travaillé dans des organismes féministes et en sortant de mon milieu protégé et du cercle de mes amis masculins « cools » qui ne me traitaient pas en pute ou en salope le changement s’est opéré. Pour comprendre le sens d’une insulte, il faut l’entendre sous le ton de la menace.
Aujourd’hui je ne suis plus capable de crier « salope » ou « pute » à mes amies et je le regrette presque. Quand tu as vu la violence, les bleus et la peur, c’est la fin d’une certaine légèreté. Comme Fabbie (voir l’article) je ne crois pas à l’appropriation des insultes. Et, n’allez pas m’appeler « pute », « pétasse » ou quoi que ce soit de ce genre, car je vous ferai ravaler vos paroles avec toute la verve d’une fille élevée dans une banlieue ouvrière.
Mais à mon âge, on s’en fout pas mal d’être cool ou pas. Le jour où je serai vraiment vieille, je vais tous vous faire la morale parce que j’aurai oublié la LNH et ma jeunesse à moi. Et même si j’avais une fille, je n’aurais pas le coeur de lui briser le caractère en lui révélant la laideur que cachent certains mots quand des putains de connards s’en servent.
Ça ne veut pas dire que je ne m’exprime pas. Quand une fille me demande mon opinion sur le sujet, je la lui donne sans la juger. Je vois ça comme offrir un raccourci à un automobiliste.
Pis Omnikrom dans tout cela? Moi, j’aime bien, pas tout, comme pour n’importe quel groupe. Après tout, je les trouve moins révoltants que Gabriel Matzneff. Mais même à ce vieux pédo, caché sous des allures littéraires, je ne dirais pas de se taire.
Pis pour les filles de l’article, bien on a toujours bien le droit de vivres ses expériences. Y paraît que c’est ça être jeune.