21 March, 2007
Le plagiat des Intouchables ou Marie-Pier l’immortelle
Ça va mal pour Brûlé des Intouchables et la famille de la petite plagiaire. Au départ, on croyait le roman publié en 5000 copies inspiré du scénario de Highlander, mais la chose se corse. La jeune Marie-Pier Côté aurait plagié littéralement la fanfiction de Frédéric Jeorge publiée sur le Net. Jeorge est un fan de Highlander et donne ses sources d’inspiration sur sa page Web. Il livre par ailleurs ses impressions sur l’affaire dans un article de La Presse.
Quand je pense au film Highlander, je pense toujours aussi au roman de Simone de Beauvoir, Tous les hommes sont mortels: même thème dans les deux, un peu moins daction dans le second, mais plus de considérations philosophiques sur la durée de la vie. Quune adolescente choisisse ce thème est normal; que personne ne fasse une petite recherche avant de publier son roman peut étonner. Après tout, si les adultes sont responsables de ce qu’ils publient, les enfants n’ont sûrement pas la même compréhension du droit d’auteur.
En voyant la photo de la jeune fille à la télé, jai ressenti un malaise. Son rêve de popularité vient de sécrouler. Comment a-t-on pu en arriver là? Puis, je me suis rappelé quà onze ans, une copine et moi avions gagné un concours dhistoires illustrées dans notre classe. Mes parents ont dit bravo et nous sommes probablement allés manger un spaghetti au restaurant. La mère de ma copine a pris cela au sérieux et sest mise en tête de faire delle une jeune écrivaine. Elle lui faisait écrire deux pages chaque soir et la motivait tous les jours. « Garde ton rêve, disait-elle, un écrivain ça travaille! » Je trouvais ma famille bien simpliste avec son spag Ma copine elle, s’embarrait dans sa chambre et travaillait. Ah! si seulement Internet avait alors existé. Parce que devinez quoi? Ça na pas marché. Faute de divertissements technologiques, quelques mois plus tard, ma copine a découvert les gars et le rêve s’est évanoui.
En 2007, une fille de douze ans écrit un récit fantastique qui fait référence à des notions dinformatique avancées et utilise un vocabulaire plutôt savant et tout le monde se réjouit et personne ne se questionne. Qui est responsable? Les parents, léditeur? Je dirais les adultes autour de lenfant. Je dis cela, en repensant à ma copine qui ne sortait jouer quun soir sur deux pour écrire son « roman ».
Comme enseignant, on se bat souvent pour inculquer une certaine éthique à nos jeunes «apprenants ». Pas facile, quand dans le monde du travail le « copier-coller » fait fureur ce qui diminue notre jugement en nous laissant croire quon peut copier nimporte quoi, voire n’importe qui. Au collège, il nétait pas question que mes étudiants me remettent un essai plagié. Or, lorsque je corrigeais, si le texte dun étudiant détonnait, je « googlais » un ensemble de mots. Il mest arrivé de retrouver sur Internet des passages complets, lorsque ce nétait pas le texte intégral dun étudiant. De toute évidence, le site en question nétait pas mentionné dans la section « bibliographie et références »!
Ce qui est réellement désolant, cest que les quelques étudiants ainsi piégés étaient presque toujours surpris, car ils ne voyaient pas la différence entre citer un texte pour appuyer un point de vue et copier des passages complets en changeant un mot ici ou là, pour (à leur avis) éviter le plagiat.
Toute chose considérée, la petite Marie-Pier, quoique plus jeune que mes étudiants, devait bien se douter que de copier un texte pris sur Internet n’était pas tout à fait honnête. On lui aurait souhaité d’apprendre le prix du plagiat sur les bancs d’école. Tiens, je vais aller « googler » le nom de ma copine de cinquième année pour voir si sa mère lui a fait reprendre son roman!