Entrées classé sous 'Société'

22 July, 2005

Ce sang-froid des Britanniques

En écoutant les commentaires des journalistes de la presse américaine sur ce second attentat à la bombe dans les transports en commun de Londres, j’ai entendu à quelques reprises que le sang-froid des Londoniens surprenait. Si les récentes attaques s’inscrivent dans un mouvement terroriste international qui secoue le monde depuis 2001, pour les Londoniens, elles s’ajoutent à la douzaine d’attaques à la bombe attribuées à l’IRA, que Londres à subit au cours des 25 dernières années.

En 1996, quelques mois après qu’une bombe a été désamorcée à Canary Wharf, je visitais Londres. J’habitais chez un couple d’amis, dont le gars J. était un catholique de Belfast. Comme la plupart de ses amis irlandais installés à Londres, il avait connu plusieurs attaques dans sa vie. Le soir de la Toussaint, des jeunes ont fait éclater des pétards devant sa maison. Sa femme et moi sommes demeurées tranquillement assises un verre de vin à la main. J., toujours aux aguets, s’est précipité à la fenêtre, mais plutôt que de regarder à l’extérieur en plaçant devant, il s’est collé au mur pour regarder de biais. C’est un réflexe que bien peu d’entre nous auraient eu et qui a probablement sauvé la vie de plusieurs Irlandais…

29 May, 2005

Les deux Québec-s

Mon frère est au volant de son gros VUS et nous roulons vers la maison de mon père tout près de Québec. À la radio, l’animateur de CHOI, la Radio X de Québec raconte les développements quotidiens du procès des commandites et commente la performance de l’avocat Guy Bertrand dans le dossier qui oppose la station au CRTC. Je demande à mon frère s’il croit que la montée progressive de l’ADQ, un parti plutôt à droite, menace l’image socialiste du Québec. Mon frère allume une cigarette, puis me dit : « Tu sais Nad, moi les trucs intellectuels m’intéressent peu, je ne connais pas beaucoup d’universitaires, pis comme la plupart du monde au Québec, j’ai une idée plutôt superficielle de ce qu’est la gauche ou la droite et à vrai dire, je m’en sacre un peu ». Je lui parle du débat que quelques confrères de la bloguerie entretiennent sur l’identité nationale, Canada versus Québec. Mon frère tire sur sa cigarette, « Ouin, ça ressemble à quelque chose qu’on pourrait lire dans Le Devoir. Tsé, la sœur, le problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de Québécois qui lisent Le Devoir, ont des études universitaires ou qui se soucient de tout ça… Ils ont combien de lecteurs Le Devoir ? », ajoute-t-il, un sourire en coin, en exhalant la fumée de sa du Maurier.

Tant qu’à rouler en VUS dans la fumée de mon frère, j’en ai allumé une. Assez de rectitude politique pour aujourd’hui…

5 May, 2005

Yulblog

Comme bien d’autres, j’ai décidé de ne plus attendre les températures plus clémentes pour sortir un peu et aller rencontrer la gang de Yulblog. Bon dieu, le phénomène est en plein essor, je n’y avais pas mis les pieds depuis presqu’un an et il y avait plein de nouvelles têtes. J’avoue que je ne suis des plus extraverties dans ces réunions, mais j’apprécie toujours de discuter avec cinq ou six nouvelles connaissances.

8 March, 2005

8 mars, Journée internationale des femmes

Je vous souhaite à toutes une magnifique journée. Il s’en brasse des dossiers en cette Journée internationale des femmes. Cette semaine, la poursuite de Sophie Chiasson contre CHOI, nous rappelait qu’il existe toujours un double standard pour les femmes, celles-ci voyant toujours leur vie privée exposée à la moindre demande de justice – pensons aux victimes de viol dont la probité était questionnée chaque fois qu’elles tentaient de poursuivre leur agresseur. Depuis quelques jours, un sujet m’a aussi remué, « l’affaire Denise Bombardier contre les humoristes du Québec ».

Cette histoire me choque particulièrement parce que je considère Denise Bombardier comme un modèle tant pour ses idées que pour sa ténacité. Cette femme qui a toujours défendu ses opinions dans la plus grande adversité sait garder la tête haute, même quand la vedette de l’heure lui crie des insultes. Il faut dire que pour elle, être ainsi lapidée sur la place publique pour avoir émis un commentaire critique n’est plus une première. Dans les années « 80 », sur le plateau de Pivot lorsqu’elle a pris position contre la pédophilie devant l’écrivain Gabriel Matzneff, « pédophile et orthodoxe pratiquant », comme elle le décrivit dans sa Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde, elle a levé une vague de protestation. “Comment osait-elle parler bassement de pédophilie quand il était vraiment question de littérature?”, lui criait-on. Une littérature qui fait la promotion de l’amour avec des enfants, mais soit. On l’a par la suite traitée de tous les noms, « mégère », « mal baisée » et j’en passe. Vous conviendrez que ceux qui l’appelaient ainsi n’avaient pas lu les autres titres de cette journaliste et auteure… Cela dit, je veux remercier Mme Bombardier d’être une femme d’opinion, une femme de carrière, une mère et une amoureuse. Il en faut de la détermination pour faire tout cela à la fois.

Toutefois, point besoin d’être dans les médias pour être une professionnelle accomplie, une mère exemplaire et une partenaire de vie. Une amie, ingénieure de profession, mère de deux enfants, m’adressait ses bons vœux en cette Journée des femmes et en profitait pour souligner que tout n’est pas gagné. On nous a reconnu l’honneur de faire les mêmes emplois que les hommes, mais sans avoir une femme à la maison qui fait le reste ! Et l’on se demandera ensuite pourquoi les femmes sont fatiguées!

Et comme le disait mon amie dans son courriel, nous souhaitons toutes que Sophie arrête de sangloter, qu’elle prenne une grande respiration et demande d’une voix assurée ce qui lui est dû.

Il ne faut pas lâcher, parce qu’il y a une génération de filles qui pousse, elles obtiennent de bonnes à l’école et il faudra pouvoir leur dire que cela vaut la peine d’étudier, de travailler et de faire des enfants…

28 January, 2005

Fumeur social

Avec l’entrée en vigueur de lois de plus en plus strictes sur l’usage du tabac dans les lieux publics, l’espèce de plus en plus répandue du fumeur social (dont je fais partie) est en voie d’extinction. Où fumer sacre bleu, quand on aime en griller une hors de chez soi? Même dans la puritaine New York la résistance s’organise, la même chose arrivera probablement ici très bientôt…

6 December, 2004

6 décembre 1989

Quinze années depuis la tuerie de Polytechnique… Tout juste le temps de commencer à saisir la portée historique de cet événement. Marc Lépine en avait assez des féministes, qu’il accusait de lui avoir volé ses rêves de carrière. Une assertion choquante, de la part d’un décrocheur qui aurait souhaité que les femmes s’éclipsent pour lui faire place. Néanmoins, dans les jours qui ont suivi la tragédie, certains médias ont demandé si le féminisme n’était pas allé trop loin.

Ce matin, en écoutant à la radio ce que femmes et hommes essayaient de dégager de cet événement, j’ai soudain compris qu’en 1989, le féminisme québécois en était tout juste à ses débuts. Il faut dire que j’étais alors une jeune étudiante pour qui plus d’une décennie semblait une éternité. Au Québec, le Conseil du statut de la femme existait depuis 1973 et les premières maisons d’édition ou centres de production cinématographique destinées à l’expression féminine avaient été fondés dans les années suivantes. Quelques jalons de l’émancipation des femmes avaient été posés un peu plus tôt dans les années soixante avec, entre autres, la fondation de la Fédération des femmes du Québec, créée pour souligner le 25e anniversaire du droit de vote des femmes.

En 1989, le mouvement des femmes au Québec avait 15 ans. Quinze petites années, insérées au travers de 400 ans d’histoire québécoise et de deux millénaires d’histoire chrétienne. Déjà pourtant, les pionnières qui avaient ouvert aux femmes le chemin des universités et des professions « non traditionnelles » à grand renfort de batailles juridiques étaient oubliées par les étudiantes mêmes qui bénéficiaient de ces efforts.

13 September, 2004

Trauma-nation

On croyait que le 11 septembre resterait gravé à jamais dans nos mémoires et que chaque année, pour des décennies on observerait un moment de silence un peu avant 9 h le matin… Ce serait vrai, si ce n’était de cette surenchère de violence que nous connaissons depuis quelques années. Est-ce parce qu’elle est médiatisée que cette violence nous touche moins? En quelques minutes on nous bombarde d’images de Beslan, Bali, New-York,d’Irak… Nous discutons à table de l’horreur, comme s’il s’agissait d’un sujet mondain. Après avoir vécu le 11 septembre sur place, à quelques pas des tours, j’ai compris qu’aucune image ne peut recréer l’horreur de la réalité. Néanmoins, sous le déferlement des nouvelles et des reportages nous nous sommes insensibilisés. Il paraît qu’une certaine insensibilité aux événements forts est le premier signe du choc…

8 September, 2004

Beslan, Ossétie du Nord

Je ne dis rien sur l’école de Beslan. Ou enfin peu. Sinon, que je n’ai pas eu besoin des images qu’on nous sert depuis la conclusion tragique de cette prise d’otages pour comprendre. Je n’ai eu qu’à entendre à la radio, la voix ébranlée du correspondant qui racontait sans trop de détails les événements pour que me viennent les larmes. Quand les groupes de revendications exploitent des enfants pour la cause et pour négocier un peu d’attention médiatique, c’est la fin de quelque chose.

1 March, 2004

Oh, baby !

Nos amis et proches semblent pris d’une “baby fever” ou tout simplement d’un sprint familial de la trentaine, puisqu’au cours de dernières semaines, plusieurs de mes amis et proches ont eu la visite de la cigogne.

8 February, 2004

Cachez ce sein !

Jeu de mots facile quand on pense au sein de Janet Jackson, dévoilé lors du Super Bowl. Lors de leur numéro, Justin Timberlake a tendu la main et selon ce que l’on a vu et revu, arraché un morceau de tissu du bustier de la dame et révélé un sein dont l’aréole était décoré d’un soleil d’étain ou d’argent. Bon, déjà là, pourquoi décorer son mamelon de si inconfortable façon sinon pour le montrer. Ça c’est l’anecdote.

Selon certains médias, il faut, à la suite de cet incident, convenir de ce qui peut ètre fait ou non devant un public familial. Ben, moi je vous arrète net sur ce sujet. Je suis choquée qu’un sein, décoré en plus, soulève toute cette discussion sur le sens de la famille à la télé. Parce que aussi longtemps que je serai capable de m’exprimer sur le sujet, je crierai s’il le faut, que je préfère que les enfants voient un sein plutôt qu’une arme ou pire un jeune soldat américain qui meurt dans un pays qu’il ne connait pas.

Ce qui est en cause c’est notre cirque médiatique : Janet veut de l’exposure, les téteux (mot bien choisi) veulent parler de morale et tout le monde se perd. Qu’est-ce qu’un sein symbolise ? Ça dépend de votre âge : si vous avez moins de cinq ans, c’est l’heure du goûter ou du calin et si vous ètes plus vieux ça peut vouloir dire bien des choses, mais rien de bien méchant j’en suis persuadée.

20 December, 2003

Un Noël de contraste à Montréal

Comme toute grande ville, Montréal montre les signes indéniables d’une richesse très polarisée. D’une part le salaire moyen par ménage dépasse celui ailleurs au Québec, mais d’autre part la pauvreté s’affiche toujours un peu plus. Et alors que les défusions excitent l’appareil municipal et que notre gouvernement sabre dans les mesures sociales, au centre-ville les montréalais mettent des sommes surprenantes pour des cadeaux de Noël. Une cravate pour papy, un foulard pour mamie et quelques oranges dans le bas de Noël ne sont plus au goût du jour. Les gens dépensent des sommes faramineuses, mais pas nécessairement dans des établissements de luxe. Désolée pour les Ailes de la mode. Chez La Baie, une dame et son époux choisissait le cadeau de madame. De deux manteaux de fourrure offerts au rabais (tout près de mille dollars quand mème), la dame ne savait plus lequel choisir. Qu’à cela ne tienne, quand on a été sage on se récompense, alors elle acheta les deux…

De mème dans les boutiques d’électronique, les vendeurs m’expliquaient le plus banalement du monde - bien évidemment, ils n’allaient pas se montrer surpris - que les “caméscopes” et autres gadgets au-dessus de 500 $ sortaient comme des petits pains chauds… Oui, depuis que j’ai lui la grande réflexion philosophique de Louis-José Houde sur cette expression, je rêvais de la placer quelque part.

Ce qui est inquiétant, c’est que pendant ce temps plusieurs groupes communautaires se grattent la tête en se demandant ce que l’on fera de ces miliers de ménages montréalais qui n’ont pas les moyens de se payer un appartement aux coûts qui prévalent dans la métropole.

Alors si vous vous cherchez une cause, militez donc pour un peu de logement social ou abordable…

Joyeuses Fètes !

6 December, 2002

Polytechnique

Le 6 décembre 1989, j’étais occupée à rompre (une fois de plus) avec le copain que j’ai fréquenté pendant toute ma période universitaire. C’est sur le petit téléviseur noir et blanc de son studio du Vieux-Québec que j’ai vu la tragédie de Polytechnique se jouer. En un instant, j’ai compris que longtemps après je me rappellerais de ce moment, de mes larmes et que mon drame à moi, n’aurait plus d’importance. J’avais raison, car si je me rappelle parfaitement où et comment j’ai appris la nouvelle, aujourd’hui ce qui me revient en premier c’est l’horrible prise de conscience que nous a amené cette tragédie : certains croyaient encore que ce qui avait été gagné par les filles l’avaient été au détriment des hommes.

Le 6 décembre est devenu depuis plusieurs années La journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes.