Relations humaines

Comment j’ai appris le mot « pénispliquer » avant même sa création

Je suis une femme ou une fille, dites comme vous voulez, j’m’en sacre un peu. Je ne suis plus très jeune, mais pas encore vieille non plus. Disons que je me souviens bien des années 80, parce que j’étais alors au secondaire. Pis toi? En tous cas, ça a son importance, surtout sur la somme des années passées, tsé le millage, mais une importance relative comme on dit. On n’arrête jamais d’apprendre, à moins d’être bouché, alors j’ai appris il y a quelque mois, par de jeunes féministes, l’existence du mot « mansplaining ». Puis, une fille s’est présentée à la radio avec l’équivalent français, «pénispliquer». J’ai bien ri, mais je n’avais jamais eu besoin d’un mot avant pour définir cette sensation de honte et de colère, tsé quand comme seule fille dans une équipe et seule spécialiste du Web, tu te fais dire par des gars qui n’ont jamais eu de compte Facebook ou vu le « backend» d’un site Web, qu’ils ont lu quelque part ce qu’il fallait faire (et qui est bien évidement le contraire de ce que tu viens de présenter). Si tu réponds avec un peu de sarcasme, «hou, t’es crinquée», si tu ne réponds pas, c’est, «ahan, t’es pas capable de répondre». Les gars ne sont pas tous comme ça, souvent quand je venais de me faire remettre à ma place, un collègue m’apportait un petit café, avec un sourire gêné. Faque, embarquez, vous allez voir qu’être une fille crinquée, ce n’est pas de tout repos…

Ne pas se fier au apparences : le gros pinch ne fait pas le macho

Je devais être au début de ma trentaine, on m’engageait alors à contrat pour faire des relations de presse, parce que j’avais le tour de faire parler de mes dossiers. Chu de même, je comprends la mécanique et une fois que je l’ai comprise bien j’aime la remonter autrement (oui, j’aime aussi le dire quand je fais un truc plutôt bien, un gros défaut, je sais). Souvent ça marche. En réunion, quand je donnais mon point de vue sur un dossier, je me faisais souvent rembarrer sans raison, par un grand patron tout sourire, de gauche pis toute la patente. Pourtant, ensuite il utilisait mes conseils et obtenait des résultats. Un autre patron, en apparence macho, moustachu, char sport pis toute, lui, valorisait toujours mon apport et même lorsqu’on échangeait sans être d’accord, il me remerciait ensuite d’avoir expliqué mon point de vue. Quand nous avons abordé la question du patron qui me rembarrait, il m’a dit, « que le gars n’aimait pas se faire dire comment les choses devraient se passer par une petite jeune ». Pourtant, les conseillers masculins étaient presque tous plus jeunes que moi. En tous cas, c’est tu ça du pénisplicage? De kessé que j’en sais.

Le statut d’expert s’accorde rarement au féminin

J’étais cadre dans une organisation où aucune femme n’occupait de poste de direction, aussi bien dire que j’étais plafonnée, mais en tous cas. Pourtant pas dans un secteur d’activité traditionnellement réservé aux hommes. Enfin. Mon patron avait pris cette habitude un peu embêtante de me demander de prendre la parole pour me couper au milieu de ma deuxième phrase et passer à autre chose comme si je n’existais plus. Je le gossais, je pense. Quand il me parlait, il regardait à côté de moi. Il faut dire que je parlais de stratégies RP et médias sociaux, des affaires qui n’existent pas. Peu avant que je me me pousse, dans une réunion, un nouvel employé nommé d’office par le patron, un bon ami à lui quoi, m’a interrompu (je m’y étais habituée) tandis que je présentais mes résultats trimestrielles en disant, « les médias sociaux… c’est de la petite garnotte », tout en faisant un beau geste dramatique d’égrener ladite garnotte entre ses doigts. Ils ont bien ri lui et patron et je n’ai pas fini ma présentation. Aux dernières nouvelles, Garnotte, comme j’aime l’appeler depuis cet incident, essayait de se rebrander en stratège numérique. On est tous un peu des stratèges numériques, non?

Facebook sur un téléphone c’est trop petit on peut pas voir les pubs

Alors là, j’ai eu la totale dans ce milieu de travail. On m’a affublée de quolibets, « Manitou des réseaux sociaux », « Grande Dame de Radio-Canada » utilisés ironiquement par les « gars » qui avaient refusé de mettre à jour leur expertise (et une adjointe qui voulait monter en grade).  Un jour, plusieurs mois après mon arrivée, on me convie à une réunion pour amorcer une meilleure collaboration avec mon vis-à-vis en communication, celui qui m’avait débaptisée et fait intéressant, sacrait après moi (mais mon patron disait que c’était sa personnalité). J’étais la seule femme avec quatre hommes. J’avais soumis un plan de travail tel que demandé, mon collègue non. La plus grande part de la réunion a servi à mon collègue, appuyé par un des patrons, à critiquer le travail que j’avais soumis. Je parlais dans mon plan de publicités Facebook, c’est avec grande satisfaction que le grand patron m’a dit, « des pubs Facebook, tu ris-tu, le site est tellement petit sur mon téléphone, on les verra jamais ». Il a jeté un coup d’oeil narquois à mon collègue, z’étaient bien contents. Je lui ai dit sans émotion, «c’est parce que tu n’as pas l’application mobile de Facebook, tu accèdes par ton navigateur… ». Faut pas faire ça je sais, on doit juste ne pas s’en occuper. Il a rougi, je crois qu’il ne savait pas qu’il fallait une application sur un téléphone pour ces affaires-là. L’autre patron sur place, n’a rien dit en ma faveur, il regardait ses papiers, pis sans trop me regarder, il a dit qu’on poursuivrait une autre fois. À la sortie de la réunion, mon collègue a été vu remerciant mon patron d’avoir pris pour lui (contre quoi, le bon sens?). J’avais un peu envie de pleurer, je suis aller vomir aux toilettes, le quatrième membre de la réunion est venu me porter un bon petit café. J’ai vomi souvent dans cette job, quelques années en fait.

Mes menstrues pis ton complexe d’infériorité

Tout le monde apprécie la transparence, mais en théorie seulement. J’étais à cette époque recherchiste et pour une raison que je ne peux attribuer qu’à une certaine insécurité, ti-boss au lieu de s’en réjouir, n’aimait pas que je travaille trop fort. Ça le rendait insécure, il se mettait alors à travailler les soirs et les week-ends, à modifier le travail des autres pour montrer qu’il en faisait plus. Le jour où je lui demandé pourquoi il ne me disait pas ce qu’il voulait au lieu de « taponner » dans mes dossiers, il s’est un peu fâché. Me suis un peu fâchée aussi (de quel droit me direz-vous?) en demandant qu’on se parle mieux que ça. Il a dit très fort, « coudonc c’est quoi ton problème, t’es tu dans ta semaine?». J’ai mis un petit bout à comprendre qu’il parlait de mes menstruations… Je suis vraiment bête des fois. J’ai essayé de dire que c’était inacceptable comme commentaire, mais ça l’air que trouver des choses inacceptables ce n’est pas de mon ressort. Ensuite, il m’a envoyé un mail un peu raide où il disait entre autre être « écoeuré d’avoir à mettre des gants blancs pour me parler ». Oh, désolée monsieur, mais allez-y donc comme à la ferme (sur un ton de Castafiore s.v.p.). Quand nous nous sommes retrouvés devant nos patrons à cause de ce désaccord sur la façon de se parler (to yell or not to yell), j’étais encore la seule fille. Tiboss faisait le piteux pitou que j’avais torturé avec mes pouvoirs de femme, parce que je fais ça, ç’a l’air, les boss étaient un peu tristes pour lui. «Un bon diable dans le fond, une peu carré », mais tsé.  Ils ont passé presque toute la rencontre à lui dire que ça allait aller, que tout était ok. Je les regardais et je ne voyais pas où on s’en allait. Étrangement me direz-vous, ça n’a pas amélioré la collaboration. Me suis écoeurée et j’ai démissionnée quelques semaines plus tard, grand boss refusait d’y croire, « voyons, prends sur toi, fais ton travail..».

femmecarpetteCh’t’une femme pas une carpette, googlez bout de ciarge!

Je m’arrête ici, je ne suis même encore arrivée en 2015, avec mes histoires et j’ai volontairement sauté tous les autres malaises quand on me disait d’éviter un tel ou tel autre et de ne pas me retrouver seule avec lui, parce qu’il était chaud lapin ou des patentes de même. Oui, ça se dit encore ces affaires-là. Mais bon, j’étais vraiment jeune dans ce temps-là (quoique ça n’a pas changé au contraire), c’est au moins une chose que je n’ai plus à craindre : y’a pas de fun à harceler sexuellement une femme affirmée, alors kessé qu’on ferait bien? Ah, oui, remets en question sa censée expertise à tout bout de champs, ça va la calmer.

Se raconter sur les médias sociaux : l’envers du décor

Attention, billet de sérieux apitoiement et de remise en question… Dépressifs s’abstenir 😉 

Ah, les médias sociaux! Souvent, je publie sur Facebook, mes petits micros-succès, plus pour m’encourager que me vanter. Parce que voyez-vous, après presque 20 ans à bourlinguer, ma vie professionnelle a toujours été une série de recommencements, de fausses promesses, parfois de salaires dont les chiffres font rêver, mais dans des environnements cauchemardesques, desquels je suis parfois sortie avec avec l’ego en morceaux.

Quand Voir m’a sélectionnée en 1998 (non, je n’ai pas commencé à travailler à 11 ans) comme journaliste arts visuels, j’étais aux anges. J’ai vite compris que je ne vivrais pas de cela, mais discuter d’arts toutes les semaines quand on planche sur une maîtrise dans ce domaine est motivant. J’ai même alors participé à un projet radio-canadien, Les mordus du micros. Puis, en 2000, à travers les piges dans le secteur culturel, j’ai eu le boulot de chroniqueuse culturelle à l’antenne du no 1 commercial de ma ville natale : j’allais enfin gagner ma vie avec ce que j’aimais. La chose a été de courte durée, mon animateur trouvait que je ne riais pas assez quand, hors d’ondes, il me proposait des branlettes espagnoles, parce qu’il était comme ça et que « c’était drôle ». Quand j’ai quitté, je n’ai pas pensé à ce contrat qui m’empêcherait de faire de la radio à moins de 500 km de Québec pour plus d’un an. Des gens de Radio-Canada m’avaient contactée pour du boulot, mais avec ce contrat à rompre, il était hors de question qu’on m’engage. Retour donc aux relations publiques et, par le fait même, pétage de gueule spectaculaire lors du 11 septembre 2001.

Ne vous inquiétez pas, je n’allais pas me décourager aussi vite, j’ai les qualités de mes défauts : je continue toujours de forger des rêves… Je suis donc retournée à l’école, cette fois-ci à HEC au diplôme d’études supérieures en gestion (j’ai même passé le GMAT en vue de faire un MBA), j’ai eu des bonnes notes, un contrat de recherche avec un professeur respecté, puis la ville de Montréal m’a recruté pour être chargée de communication lors des défusions. La ville était plutôt sans dessus-dessous à cette époque et si j’y ai rencontré des gens vraiment intéressants, mon boulot de professionnelle de communication temporaire ressemblait souvent à du 7 jours sur 7, avec des horaires de 7 h à 19 h. Deux ans plus tard, j’ai quitté avec grand plaisir pour suivre mon conjoint à Ottawa. Dans cette ville, j’ai enseigné à la Cité collégiale, travaillé comme relationniste pour le splendide Musée des beaux-arts du Canada et, question de ne pas m’ennuyer, j’ai repris ma maitrise en histoire de l’art (du début quasiment) et tout en travaillant à temps plein et, au travers de trois déménagements, j’ai fait le dépôt en 2009.

L’année suivante, Michelle Blanc me demandait de rédiger son premier livre en sélectionnant des thématiques à même son blogue pour faire un plan de base, la recherche complémentaire et la rédaction du livre. Car les flatteurs qui ont osé dire que les billets n’avaient presque pas été modifiés par mon intervention avaient grandement tort : chaque billet avait été réécrit, avec du nouveau matériel pour lier les contenus entre eux et, dans certains cas, des passages entiers de plusieurs de paragraphes de ma plume avaient été ajoutés. Quand j’ai réalisé, une fois le travail entamé que je ne figurerais pas au contrat, puis une fois le produit livré, que j’allais être écartée de la promotion, la déception fut forte. Heureusement pour moi, au même moment, Mario Dumont me proposait de participer à son émission sur la chaîne V, j’ai donc pu au moins montrer un peu ce que je savais faire en communication.

Puis, il y a eu la recherche télé, pour Cliquez!, ensuite le blogue de Radio-Canada, Triplex et des chroniques technos trois étés à C’est pas trop tôt (merci Philippe, Marie-Odile, Julie et les autres). Question de gagner ma vie pour vrai, je travaillais alors pour un syndicat, mon patron n’appréciait pas qu’on m’entende trop souvent dans les médias, un autre membre de la direction voulait même que je n’enseigne plus à l’UQAM… J’ai donc refilé Triplex à une journaliste à l’été 2014, puis comme si ce boulot de communication ne pouvait devenir plus dur, après avoir demandé que je n’ai plus aucune autre activité, la direction qui avait congédié l’autre communicateur a commencé à faire pression sur moi pour que je quitte aussi.

En ce moment, je suis inscrite au doctorat, parce que comme à chaque revers, je fais un plan, j’essaye de continuer de progresser, je ne me décourage pas. Ou enfin, pas trop. Mais je serai honnête : après un crash, je me sens rarement très gagnante. J’ai énormément d’expérience, de plus en plus, des connaissances enviables dans mon domaine, mais je connais aussi le revers des années d’expérience : je ne suis plus la saveur de mois.

En plus, je le dirai franchement, sur ma route j’ai aidé beaucoup de gens, sans rien attendre en retour, juste parce que je suis comme ça. Or, les gens n’aiment pas être redevables et ne croient pas qu’on puisse leur tendre la main sans espoir de retour. C’est donc souvent le contraire qui arrive : une fois qu’on a donné sa chemise, on se fait taxer ses chaussures et son pantalon. J’aurai appris cela 😉

Fort heureusement, j’ai aussi de vieux et fidèles amis que je n’ai jamais pu aider côté boulot, mais qui ont toujours été là pour m’encourager et me donner un petit élan.

Alors quand j’annonce un petit succès sur Facebook, un petit hasard de la vie bien placé, c’est un peu pour me convaincre moi-même que je n’ai pas tenu bon pour rien. Et comme certains allument un lampion, je fais alors un vœu : je souhaite d’avoir d’autres petites nouvelles positives.

 

 

 

Cette « majorité silencieuse » qui aimerait que l’autre majorité se taise…

Ce matin encore, j’entendais Martin Coiteux, ministre du Conseil du Trésor exposer que peu importe les manifestations, la majorité silencieuse, celle qui travaille et n’a pas le temps de manifester (pour reprendre les clichés d’une petite droite économique) l’a élu pour «relancer l’économie et éventuellement réduire le fardeau fiscal». Le week-end dernier, choquée de rencontrer des manifestants sur leur chemin, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée les sommait de respecter la liberté d’expression du gouvernement (en janvier elle s’emballait pour Je suis Charlie). Pardon ? Depuis quand manifester et faire entendre sa voix en démocratie n’est plus accepté ? Car disons-le sans ces voix concurrentes au pouvoir, il n’y a pas de démocratie.

Les exigences de la démocratie

Je suis loin d’être une experte en structures politiques, mais il apparaît néanmoins à tout citoyen intéressé de s’instruire sur la question, que la mise en valeur de la diversité des opinions est indissociable de la démocratie.

«La démocratie exige aussi que les grandes libertés soient reconnues: liberté d’association, liberté d’expression et liberté de presse. Juridiquement, une démocratie s’inscrit dans un État de droit; culturellement, elle nécessite une acceptation de la diversité.»

Les décisions que prend le gouvernement en place touchent tous les citoyens. En démocratie, tous ceux qui souhaitent faire entendre un point de vue différent de celui d’un gouvernement élu ont le droit de le faire et, leur position fait partie de l’exercice de la gouvernance en démocratie. Si l’on restreint ce droit d’expression, on réduit le champ de ce qui fait que le système actuel est une démocratie, donc, au final il faudra convenir que le Québec ne retient du système démocratique que le suffrage universel tenu régulièrement… C’est bien peu.

Parler pour la majorité silencieuse, alors qu’on souhaite réduire au silence une majorité…

Au Québec, lors de l’élection de 2014, un peu plus de 6 millions de citoyens québécois étaient habiletés à voter. De ce nombre, quelque 4,3 millions ont exercé leur droit de vote. Or, parmi ces « votants », 29,1 % ont voté pour le Parti Libéral et 22,9 % pour le Parti Québécois (le tableau sur Wikipédia donne l’ensemble des statistiques à ce propos et le résultats en nombre de sièges). Si l’on se fie au discours politique véhiculé par certains médias, une fois que le plus fort a emporté l’élection, les 70 % des votants qui ont des opinions divergentes devraient se taire et cesser de participer à la vie politique… Il me semble qu’au contraire, c’est le devoir des organisations, même celles qui n’ont pas une place dans les sièges de l’Assemblée Nationale, mais qui représentent des groupes de citoyens (travailleurs, étudiants, retraités, chômeurs etc.) de continuer de montrer l’importance de leur nombre et de faire entendre leurs revendications.

Et qui est cette majorité silencieuse qui fait face aux manifestants ? Cette majorité qui appuie silencieusement et parfois dans un sondage les politiques du gouvernement. Est-ce le 29,1 % de Québécois habiletés à voter qui ont coché Parti Libéral sur le bulletin de vote ? Si c’est le cas, sous quel prétexte peut-on demander à une autre majorité probablement équivalente en pourcentage de se taire pour écouter leur silence?

Quelle que soit la réponse, le Québec n’appartient pas au Parti Libéral (je sens que des plaisanteries pourraient être insérées ici), pas plus qu’il n’a été loué pour quatre ans à 29,1 % des électeurs en 2014. Le Québec est le projet de tous les Québécois, qu’ils prennent part ou non à la vie politique. Donc, les milliers de Québécois qui s’expriment en manifestant sont actifs politiquement et c’est leur droit de se faire entendre par le gouvernement en place.

Jouer sur les mots pour rassurer ceux qui ne veulent pas manifester

En parlant de « relance économique » de « réduction du fardeau fiscal » , plutôt que de coupures, on leurre une partie du peuple qui espère qu’on lui dise les bons mots, ceux qui rassurent, ceux qui sonnent comme autant de promesses de lendemains meilleurs. Par ailleurs, si on lit quelques définitions de ce qu’est une politique de relance économique, parmi les tactiques qu’elle englobe habituellement, on cite des investissements dans les budgets publics et une pression pour maintenir les taux de crédit bas dans les institutions bancaires. Bref, des mesures qui permettent de développer l’entrepreneuriat et de «sécuriser» les citoyens. Les économistes dans la salle me corrigeront au besoin, mais c’est le contraire que j’observe en ce moment.

Dans le sens de cette dérive lexicale, on dira que ne pas augmenter un poste budgétaire, ce n’est pas couper puisque les sommes restent les mêmes… Les commentateurs peu formés dans les questions d’états financiers le répéteront à satiété. Pourtant, la population du Québec augmentant à chaque année, le coût de la vie aussi, il paraît clair que lorsque le poste budgétaire destiné à un secteur de services n’est pas augmenté, ce ne sera pas long que les services en question seront diminués. Je pourrais continuer ainsi longtemps sur le lexique créatif du gouvernement, mais les conseillers auront eu le temps d’inventer de nouvelles significations aux expressions existantes avant que je ne finisse ce billet de blogue.

Arrêter de regarder le petit travailleur bien rémunéré et penser collectivement

Quant à ce discours sur les citoyens fatigués de payer pour les travailleurs mieux nantis – ceux qui ont des assurances et des régimes de retraite – il faut réfléchir autrement qu’avec la frustration comme guide. Le jour où tous les travailleurs syndiqués auront perdu leurs avantages, les conditions de travail des travailleurs non-syndiqués n’augmenteront pas, bien au contraire : sans ce contrepoids et l’ombre des syndicats dans le décor, il y a fort à parier que les conditions de tous les travailleurs diminueront.

Alors, au lieu de rester focaliser sur l’idée d’enlever à ceux qui ont un filet de sécurité sociale minimal − qui devrait être l’apanage de tous − il faut regarder plus haut, vers ceux qui travaillent fort pour déréglementer le marché du travail, afin de faire plus de profits au détriments des travailleurs … Aller, acceptez donc que vous faites parti du 99 %.

Photo tirée de l’article de Radio-Canada : Des groupes sociaux promettent une semaine chaude au gouvernement

Vœux du temps des Fêtes… Pour un Québec sans pauvreté.

Merci au Collectif pour un Québec sans pauvreté pour la conception et la diffusion de ces messages de Noël.

Citizenfour : les jours avant la publication des révélations de Edward Snowden

Samedi dernier, j’étais chroniqueure invitée à l’émission La Sphère (vous pouvez écouter en suivant le lien). Après avoir assistés à la présentation du document Citizenfour au RIDM, nous avions bien des questions à discuter. Pour ma part, je me suis attardée à quelques éléments significatifs du documentaire (quand on a fait de la sémiologie un jour on en fait toujours), voici donc mes quelques notes pour cette chronique.

Trois aspects mis en lumière par Citizenfour et ce que dit Snowden dans ce film…

La résistance contre l’asservissement d’Internet à des fins de contrôle

En mars 1989, Tim Berners-Lee met par écrit un projet de système de gestion de l’information qui deviendra le WWW (World Wide Web). Il le rend accessible à tous, gratuitement, le jour de Noël 1989.

La philosophie des premiers utilisateurs un héritage de Howard Rheingold (auteur du livre Smart Mobs, « vedette » avec le jeune Justin Hall, d’un documentaire de 1998 réalisé par Doug Block, Home Page, sur les premiers blogueurs) à Snowden – éducation, liberté d’expression et démocratie ouverte. Les porteurs de cette philosophie d’ouvertur du Web, défendent encore aujourd’hui la démocratie, la liberté d’expression et, bien évidemment le logiciel code source libre.

Dans ce document, Edward Snowden pose plusieurs questions en réfléchissant à haute voix à l’impact de ses déclarations : comment en sommes-nous passer du paradigme Élus / Électeurs à Dirigeants / Dirigés? une question qui devrait nous interpeller en cette ère d’austérité imposée.

Or, dans le rapport du centre de recherche Pew sur l’Internet de 2025 et la balkanisation des réseaux, Danah Boyd, de Microsoft remarque que les révélations d’Edward Snowden rendent les États plus méfiants. Il en résulte donc une fragmentation de l’information, qui ne circule plus aussi librement. Dans le rapport du centre Pew, on parle même de balkanisation du web.

Vous pouvez lire à ce propos, mon billet sur Triplex qui relatait les faits saillants du rapport du Pew Research Center.

Reprise adaptée du nouveau modèle de partenariat médias-dénonciateurs

Mis à l’épreuve par Assange et Wikileaks et repris par Snowden, ce modèle consiste à choisir des lots de documents à être étudiés par des équipes de journalistes de médias choisis en vue de ne publier que l’information pertinente. Ainsi, on rejoint les bonnes cibles et on risque moins de commettre d’impairs. Dans ce contexte, l’hydre à sept têtes dont parle Snowden dans le documentaire en a déjà deux, voire plus si l’on considère que Jacob Appelbaum qui témoigne à plusieurs moments dans le film et a aidé à sélectionner les renseignements fourni par Snowden,  a été détenu 12 fois, à dû s’exiler à Berlin, tout comme Laura Poitras. Appelbaum  a aussi collaboré au livre de Julian Assange 2012 Cypherpunks: Freedom and the Future of the Internetavec Andy Müller-Maguhn et Jérémie Zimmermann (que Matthieu a interviewé pour l’émission)

Pour comprendre mieux ce modèle de divulgation, il faut lire dans Rue89 Comment Wikileaks embringue la presse traditionnelle : Julian Assange, le  fondateur de Wikileaks, y expliquait sa stratégie de s’allier à des médias traditionnels (dans le cas présenté, le New York Times, le britannique The Guardian et l’hebdomadaire allemand Der Spiegel) pour valider et mettre en contexte les documents qui lui sont envoyés. Voilà qui redore le blason du journalisme d’investigation.

Sur mon blogue j’avais effleuré la question de Wikileaks et les médias.

Le vrai réseau, c’est celui qui relie des humains entre eux…

La caméra de Laura Poitras s’attarde sur le livre de Cory Doctorow que Snowden place dans ses bagages, comme un indice pour décrypter les valeurs qui l’animent : Doctorow, est éditeur du célèbre magazine boingboing.net, auteur de fiction et d’essai et amateur d’art. Un autre des fondateurs de boingboing, Frauenfelder a proposé d’utiliser Blogger en 1999 pour en faire un magazine en ligne, or ce groupe fait en quelque sorte partie des individus à la source du mouvement des blogs, comme outil de démocratisation de la prise de parole. Par ailleurs, ce magazine en ligne traite fréquemment de tout ce qui touche la règlementation du Web, la vie privée etc.

Jacob Appelbaum, expert en sécurité et défenseur de la vie privée, qui vit à Berlin, comme la documentariste Laura Poitras, est un contributeur au développement de TOR (The Onion Router). Il est aussi collaborateur de Julien Assange, cosignataire avec Jérémy Zimmerman du livre d’Assange. Bref, il y aurait là un réseau de filiations en soi à illustrer.

Le réseau américain…

Logiciel ouvert : Leif Utne, qui écrivait pour le défunt magazine de gauche Utne Reader (fondé par son père) est maintenant sur le conseil d’administration de Drupal…

Rebecca Blood, 15 ans de blogging

Howard Rheingold, auteur de Smart Mobs, pionnier du Web.

Justin Hall, pionnier des blogues, 20 années sur le Web.

Conclusion : les natifs numériques ont peut-être quelque chose à enseigner à leurs prédécesseurs…

 

La dédicace des Insolences du Frère Untel à mon grand oncle, Michel Golaneck

Il n’y a pas de cachette, ma mère s’appelle Pauline Golaneck, son père s’appelait Alec (connu sous le prénom de Gabriel) et était le frère d’un certain Michel Golaneck à qui est dédié le livre marquant de Jérôme Desbiens, alias le Frère Untel. L’autre dédicace va à André Laurendeau, auteur, journaliste, intellectuel, un homme qui a moins besoin de présentations.

Voici donc les notes concernant la dédicace de ce livre, on peut les consulter en ligne ou télécharger le document à partir du site de l’Université du Québec à Chicoutimi.  En les lisant, je me reconnais dans la personnalité éprise de justice de mon grand oncle. Il faut dire qu’avec cet héritage maternel et un lien très fort avec mon père, qui, mes amis en témoigneront, continue à 75 ans passés à se prononcer contre l’exploitation des travailleurs et la corruption, ma voie était toute tracée.

Je ne suis ni une auteure, ni une journaliste ou intellectuelle reconnue, mais je tiens néanmoins à mes principes et je me dis que si Michel Golaneck avait les moyens d’être un homme de principes, je les ai un peu plus que lui, je me dois donc de m’affirmer.

Or, je ne supporte pas : la petite dictature à cinq sous, les gens qui pensent par des stratégies simplistes d’intimidation faire taire autrui, ceux qui retournent leur veste selon les gains à en tirer. J’en conclus que mon attitude est redevable à la génétique 😉

Justification des dédicaces.

À l’époque, je n’avais pas noté que les mots insolence et insolite ont une racine commune qui signifie : inaccoutumé.

Michel Golaneck est mort en 1965 ou 1966. J’étais alors fonctionnaire au ministère de l’Éducation. L’infirmière qui était de service un certain après-midi a tenté de me joindre. Tôt dans la soirée, je l’ai rappelée. Il était trop tard. Michel était mort dans le courant de cet après-midi-là.

Je suis allé au salon funéraire : une petite salle, rue Saint-Jean. Un ami, peut-être le propriétaire du salon, lut quelques passages de l’Ancien Testament. J’ai appris que Michel serait incinéré. La chose était rare, à ce moment-là.

Note de Jérôme Desbiens

Extrait du livre :

Dédier un volume de ce genre, c’est déjà une demi-incongruité. Si, de plus, ce volume paraît aux Éditions de l’Homme, ça devient encore plus incongru. Enfin, dédier cet ouvrage à deux hommes, c’est proprement détonnant. Je m’explique.

Les Éditions de l’Homme ne font pas dans le superfin. Les beaux esprits et les petites gueules d’amour n’y trouvent pas leur compte. On sait ça. D’habitude, on dédie une œuvre considérable à quelqu’un que l’on veut honorer. Ainsi, on dédie l’œuvre d’une vie à un vieux maître, ou à une jeune maîtresse. C’est admis Mais dédier des insolences, ça dépasse l’entendement.

Pourquoi Michel Golaneck ? Michel Golaneck est un Ukrainien né au Canada. Il est présentement infirmier au sanatorium du Lac-Édouard, après avoir été longtemps malade à l’hôpital Laval, où il a d’ailleurs fini par laisser un poumon. Je l’ai connu au sanatorium, où j’ai moi-même étiré les six plus belles années de ma jeunesse. Voilà qui explique un peu mes instincts de boxeur. Michel est un homme très doux et très humble, bien qu’il parle constamment, en bon Russe, d’expédier des gens dans l’Ungava et de mitrailler les irrécupérables. Il n’a qu’une passion : la justice. Il sait à peine lire et écrire, ce qui ne l’empêche pas de penser solide. Mon père aussi ne sait ni lire ni écrire. Il n’est pas moins intelligent pour autant. Ici, au Québec, nous ne sommes guère que la deuxième génération à savoir lire et écrire. Et encore nous lisons fort peu et nous écrivons tous plus ou moins joual, sauf M. Victor Barbeau et le Frère Clément Lockquell, l’un des plus raffinés de nos intellectuels, d’après le Père d’Anjou, qui s’y connaît en raffinements.

Michel et moi, nous avons passé des dizaines d’heures à parler de la « chose sociale », comme disent les snobs. Il a, sur la question, des idées qu’il croit communistes parce qu’il ignore le christianisme : Michel est ce que j’appellerais, faute de mieux, un agnostique. Il [20] ne croit pas à la résurrection de la chair ; il croit plutôt que les animaux finiront par parler latin ; c’est sa marotte. Je suis toutefois persuadé qu’il me précédera dans le Royaume (ce qui n’est pas encore une bien considérable performance : ma place dans le Royaume sera probablement dans la rangée Q), car il a le « cœur naturellement chrétien », comme disait Tertullien ou Bossuet, je ne sais et je n’ai pas le temps de vérifier. Un soir, il me servit, presque mot pour mot, la sortie de saint Basile contre les riches. On peut être sûr, pourtant, que Michel n’a jamais lu une ligne de saint Basile. « Si vous avouez que ces biens vous ont été donnés par Dieu, voulez-vous que Dieu puisse être accusé d’injustice pour nous avoir distribué ses dons avec une telle inégalité ? Pourquoi êtes-vous dans l’abondance tandis que votre frère est réduit à la mendicité, si ce n’est pour que vous ayez le mérite de la bonne dispensation de vos biens, et qu’il obtienne à son tour la couronne de la patience ? Le pain qui demeure inutile chez vous, c’est le pain de celui qui a faim ; la tunique suspendue à votre garde-robe, c’est la tunique de celui qui est nu ; la chaussure qui dépérit chez vous est celle du pauvre qui va nu-pieds ; l’argent que vous tenez enfoui, c’est l’argent du pauvre : vous commettez autant d’injustices que vous pourriez répandre de bienfaits. »

Je ne prétends pas honorer Michel en lui dédiant ce livre : il est au-dessus de ça. Je lui parlais du projet, cet été. Il me disait, de sa voix hésitante : « Même si tu sors ton livre, dis-toi bien que tu n’es qu’un serviteur inutile. » Je lui dédie ce volume avec humilité. Simplement pour lui signifier mon amitié.

Au commissaire Michel Golaneck, en témoignage d’amitié.

Je n’ai pas de plan de carrière, des buts personnels plutôt…

Dans un monde de business ou on parle de mentorat et coaching à qui mieux mieux, j’ai honte d’avouer que d’un bout de la lorgnette ou de l’autre, ça ne me dit rien. J’ai bien aimé participer à la démarche que propose Marie-Chantale Turgeon dans La vie est fascinante, mais les plans de carrière, très peu pour moi. Je n’ai jamais eu de coach ou de mentor et je ne souhaite pas en être un. Qu’auriez-vous à apprendre de mon parcours? Vous me le direz…

Encore 3 heures plus tard, après le montage au crayon, le grattage à la lame et le passage à la gomme arabique additionnée d'acide nitrique.

Une autre passion découverte sur le tard : la lithographie sur pierre… Vous voyez ici la pierre dessinée au crayon gras et grattée avec l’impresion

Ce week-end, je répondais à un sondage visant les diplômés de l’UQAM. Les questions portaient sur la disparité entre mon parcours et ma carrière actuelle, « ma formation en arts est-elle en cause? » demandait le questionnaire. Non, j’ai travaillé principalement en communication, car il y a plus d’appelés dans ce secteur que dans celui des institutions culturelles pour des postes de commissaires d’exposition ou de conservateurs de l’art moderne. On demandait aussi, si à titre de diplômé, j’aurais des besoins de coaching ou de mentorat ou encore si j’aimerais participer à des programmes dans ces domaines. J’ai répondu «non». Je me permets de douter de ma patience à l’égard de ce type de démarche…

La vie est une série d’apprentissages (à moins d’être rigide et fermé)

Je crois fermement qu’on ne cesse jamais d’apprendre, sauf si avec l’âge on devient rigide et opposé au changement, alors c’est foutu. Si l’on m’avait demandé il y a 20 ans, où je me voyais dans la quarantaine, je n’aurais jamais pu imaginer le chemin que j’ai parcouru jusqu’à maintenant. Depuis mon enfance, une seule chose a toujours importée : l’art et la littérature. J’imaginais qu’adulte je serais peintre et que j’écrirais des romans. J’ai commencé à peindre vers 7 ou 8 ans, j’ai étudié en arts visuels au cégep, puis en littérature française à l’université. Comme je veux toujours apprendre autre chose, après le baccalauréat en littérature, j’ai fait un certificat en enseignement collégial, puis un autre en histoire de l’art. En plus d’une maitrise en études des arts de l’UQAM, j’ai même presque complété un diplôme de deuxième cycle à HEC…

Mais en secret, je rêve toujours d’être peintre et de publier mes petites fictions.

Communication et médias sociaux? Parce que j’aime apprendre.

Difficile de cacher son âge quand on a connu le floppy...

Difficile de cacher son âge quand on a connu le floppy…

Pourquoi les communications et les médias sociaux? J’étais doué pour les exposés et les présentations depuis le primaire et dès que les ordinateurs ont fait leur apparition la fascination de l’écran m’a gagnée. En 1987, mes parents ont acheté un Packard-Bell avec floppy disks et je me suis mise à passer plus de temps sur cet écran noir et jaune que tout notre famille. Dès que le Web a été disponible dans les universités, j’ai commencé à m’y intéresser sans même penser à ce que cela pourrait avoir comme impact dans une carrière. À cette époque, ça me garantissait surtout des contrats de mise en page de documents et de recherche, car peu de gens savaient utiliser les ordinateurs.

J’ai ensuite commencé à travailler pour des organismes culturels, où mon talent ou instinct pour faire la promotion d’un événement à été vite repéré. Je faisais de la radio, j’ai même écrit pour Voir et pour plusieurs magazines spécialisés en arts visuels. Mon talent à rédiger des pré-papiers ou des critiques (pas trop sévères pour ne pas nuire aux ententes publicitaires) n’avait rien d’exclusif, aussi charmante que ma plume puisse être, ce sont donc plutôt mes compétences en relations avec les médias qui dès 2000 m’ont apporté de plus d’offres d’emplois.

Comment trouver un job? Euh, en essayant…

Un jour, Paul Wells, un ami connu quand j’étais relationniste du Festival d’été, à qui je disais que j’étais chanceuse côté boulot, m’a dit «those who work the harder, get the luckier». En fait, je serai honnête avec vous, depuis 2001, je n’ai pratiquement jamais suivi de processus d’emploi avec cv, entrevue-s, tests et tutti quanti, sauf pour le poste d’agente principale des relations médias au Musée des beaux-arts du Canada en 2005 –nouvellement arrivée à Ottawa, j’ai répondu à une annonce – et pour celui RECYQ-Québec (j’avais vu le poste temporaire affiché sur leur site), pour les autres, des chasseurs de tête ou des consultants des organisations m’ont demandé de postuler. Cela dit, je n’arrête jamais de bloguer, de participer à des comités, de faire du bénévolat pour des organismes culturels, c’est probablement lié à cette chance côté boulot.

Comme il y a toujours une exception, j’ai aussi suivi un processus d’offre d’emploi pour un job en communication à la SODEC en 2011 sans avoir été sollicitée et après avoir réussi les tests de rédaction, passé les entrevues, je n’ai pas eu le poste. J’avais pourtant cosigné un livre sur les médias sociaux, été relationniste d’une grande institution culturelle canadienne, travaillé pour une société d’État québécoise et fait mes preuves à la ville de Montréal comme porte-parole. Faut-il en déduire qu’être reconnue dans son domaine ne garantit pas toujours un job? Probablement.

Enseigner ou dispenser de la formation contient une forme de mentorat

J’adore dispenser de la formation et enseigner, car l’apprentissage est tout autant pour moi que pour les étudiants qui assistent aux cours. Les démarches de mentorat me rebutent, car je ne crois pas beaucoup au transfert d’expérience par des conversations. Dans un rapport de travail, oui, dans un cours où les évaluations sont bien pensées oui, mais en mentorat ou en coaching, ça ne me dit rien, ça me parait artificiel. Peut-être n’aie-je juste pas la générosité nécessaire (quoique mes étudiants pensent peut-être autrement), mais il m’est arrivé même dans des démarches de coaching ou j’étais rémunérée de trouver le tout plutôt factice. J’ai même eu de très fâcheuses expériences où des personnes sont devenues très exigeantes dans leur demande de coaching, au point où j’ai eu l’impression que non seulement elles n’avaient pas encore les connaissances nécessaires pour accomplir une tâche, mais qu’elles se reposaient entièrement sur moi pour exécuter leur mandat.

Un guide de vie? Peut-être…

Je crois à la formation de la personne, à l’idée que par l’enseignement ou la formation on peut transmettre la passion de savoir et de se développer professionnellement et personnellement.

Par ailleurs, j’ai un ami, ex-collègue de Québec New York, Roch Landry qui pratique le coaching de vie, ça lui va à ravir, car il a cette capacité de se réinventer à chaque décennie. Je l’ai connu chargé de projet et entrepreneur dans le secteur alimentaire, puis artiste peintre. C’est peut-être le seul coach que je consulterai quand je déciderai enfin de me consacrer à la peinture…

 

 

5 pépins dans le parcours du consultant

Ce qui est parfois plus difficile à circonscrire, c'est le rôle de conseiller, car pour beaucoup un conseil c'est une opinion et ça ne se paye pas...

Image : Carreers, The Guardian

Image : Carreers, The Guardian

L’an dernier après un passage décevant chez un ex-employeur (où on confondait animateur des médias sociaux et chef, médias sociaux), j’ai fait un bref retour à la consultance, puis j’ai accepté un poste de responsable du numérique dans une organisation syndicale. Dans les mois qui ont suivis, j’ai réfléchi au chemin parcouru et je n’ai pas fini, mais il faut faire un pas à la fois… À titre de consultante, j’ai adoré prononcer des conférences, faire du « coaching » pour des entreprises qui avaient besoin d’avancer en relations publiques numériques et dispenser de la formation. Ce qui est parfois plus difficile à circonscrire, c’est le rôle de conseiller, car pour beaucoup un conseil c’est une opinion et ça ne se paye pas…

Nellie Akalp sur Mashable, dans un article intitulé How to deal with bad clients disait que le pigiste ou l’entrepreneur qui se retrouvait dans une situation inconfortable avait souvent ignoré les signes et n’avait pas clarifié chaque situation assez rapidement. En lisant son texte, j’ai mis par écrit quelques situations inconfortables que j’ai vécues.

1. Les rencontres juste pour voir si…
Il est normal de vouloir parler au consultant pour tester son savoir ou la compatibilité des personnalités. On peut échanger par courriel, poser des questions au téléphone, mais la rencontre exploratoire, celle où on explique comment les médias sociaux pourraient être profitables à un projet ou une entreprise et le consultant partage son expérience en relations publiques est facturable. Je le disais même sur mon blogue dans la section Besoin de conseils. Dans cette rencontre, le travail à faire est délimité et généralement une évaluation suit et ensuite on commence.

Constat : Les quelques censés clients qui souhaitaient plusieurs rencontres (sans frais) pour être bien certains m’ont fait perdre mon temps et des revenus. Une relation d’affaires, c’est une relation de confiance. Si un client n’arrive pas à décider ou ne voit pas la valeur des conseils offerts, c’est qu’il n’a pas confiance, alors rien ne sert de s’acharner.

2. Les retards et le temps de gestion
Nellie Akalp conseillait dans les relations difficiles de faire un time audit soit noter toutes vos actions dans un mandat pour évaluer votre investissement réel. Deux facteurs sont primordiaux : d’abord le déroulement du mandat dans un temps raisonnable et un paiement qui couvre tout le temps alloué à un client. Si un mandat qui devait se faire en quelques semaines s’étire sur des mois, le consultant risque de perdre d’autres mandat et de faire plus d’heures à gérer le retard. Trop souvent, c’est une fois le contrat amorcé qu’on comprend que les approbations traîneront et que les répétitions quant au travail à faire feront doubler le temps de gestion. Dans certains cas, le client fait amende honorable et accepte de hausser le nombre d’heures allouées à la gestion, mais ce n’est pas toujours le cas. Dans une situation particulière, on me demandait chaque mois d’être prête pour le début d’un projet, puis parce que des collaborateurs avaient été retenus ailleurs, on reportait. Au deuxième report, j’ai demandé l’assurance que le travail débuterait à la date exacte, la réponse a été floue, j’ai donc accepté un mandat ailleurs, au grand dam desdits collaborateurs.

Constat : Après avoir perdu des revenus sur quelques semaines en attendant que commence un contrat, on apprend à gérer les choses autrement.

3. Les chicanes internes…

Nellie Akalp conseille aux pigistes de rester neutres face aux disputes internes qui ont cours chez un client. Pour ma part, vu la perception que certains clients avaient des médias sociaux, j’ai appris à me tenir loin des organisations qui sont en conflit à ce sujet. Au début de mon parcours comme conférencière, j’ai accepté un mandat de conférence qui ne me paraissait pas clair et qui changeait selon l’interlocuteur. Mon prix ne tenait pas compte de la gestion du contrat. Or, le nombre des communications a été trois fois supérieur à ce qui est habituel pour planifier une conférence: j’ai reçu environ 20 courriels avant l’activité. Le mandat à été modifié successivement par trois personnes et même le suivi a été fastidieux. Habituellement, les clients remettent une synthèse des commentaires ou une appréciation générale du public, avec quelques citations dans ce cas, j’ai reçu une pile de commentaires anonymes qui allaient des éloges aux mesquineries. Un commentaire se lisait ainsi : «le français parlé est médiocre». Pardon? Bref, j’ai donné mon temps.

Conclusion : Étant donnée la discorde qui semblait animer le noyau du groupe, j’en conclus aujourd’hui, après quelque 30 prestations comme conférencière, que j’aurais dû écouter mon instinct et ne pas accepter ce mandat ou encore hausser le prix après 10 courriels et ainsi voir si on tenait vraiment à ma prestation.

4. Le client copain-copain…
Le consultant est souvent la personne qui offre son expertise dans un dossier particulier ou assiste un groupe de travail pour l’élaboration de nouvelles stratégies. Cela dit, le consultant n’est pas un employé ou un ami qu’on peut appeler chaque fois qu’on a une question.  Il m’est arrivé dans quelques cas plus difficiles, qu’un petit client (donc avec très peu de budget) en vienne à me consulter plusieurs fois par semaine, pour avoir mon opinion ou encore me demander le prix d’un blogue ou d’une application, juste comme ça… J’étais sa personne-ressources ou la bonne copine qui connait ça le web et les réseaux et dans cette logique l’appel ne justifiait pas une facture. Dans un cas particulier, il m’a fallu mettre les points sur les «i», car la personne n’acceptait pas un rappel et exigeait une réponse sur le champ, comme son client attendait son expertise… Wo!

Constat : Je me suis donc durcie : plus de conseils gratuits, je répondais aux longues demandes d’information en suggérant une consultation ou la rédaction d’un avis facturable et pour les appels impromptus, je proposais le paiement d’une banque d’heures de dépannage. Quelques nouveaux copains sont ainsi disparus.

5. Emprunter l’expertise d’autrui et rien offrir en retour…
Les médias sociaux sont partout et très souvent deviennent un enjeu pour l’obtention de contrats convoités ou même d’emplois de haut niveau. Or, dans ma pratique, les cas plus difficiles n’avaient ni comptes sur les réseaux, ni blogue ou site fonctionnel, mais devaient faire preuve d’une bonne connaissance des communications numériques pour obtenir de la crédibilité dans leur milieu de travail. Leur solution était simple : s’associer à un consultant qui connait ça et faire du name-dropping ici et là. Ça arrive à plusieurs consultants, j’ai même lu un billet de Michelle Blanc à ce sujet à qui cela doit arriver souvent. Cela dit, ces personnes, ne comprenant pas ces «nouveaux médias», valorisaient peu l’expérience que j’avais acquise. Ma collaboration était donc un mal nécessaire, une béquille pour accomplir leur mission ou pour montrer qu’ils faisaient un effort de  modernisation.

Constat : En réalité, leur succès était relatif à leur capacité interne (je paraphrase ici Estelle Morin dans Psychologie au travail) à amorcer un changement dans leur façon faire les choses en communication. Et cela, j’aurais pu les aider à le faire, moyennant rétribution.

 

Un autre 6 décembre et toujours ce sentiment d’irrésolu.

dec-6-89-monumentEn 2004 et en 2009, j’écrivais un billet sur Polytechnique. Sur le meurtre de 14 femmes qui s’étaient trouvées au mauvais endroit au moment et sur un homme qui disait haïr les féministes.

Billet de 2004 :

Quinze années depuis la tuerie de Polytechnique…. Tout juste le temps de commencer à saisir la portée historique de cet événement. Marc Lépine en avait assez des féministes qu’il accusait de lui avoir volé ses rêves de carrière. Une assertion choquante, de la part d’’un décrocheur qui avait connu une enfance difficile et qui, cherchant un exutoire à sa douleur, aurait souhaité que les femmes s’’éclipsent pour lui faire place. Néanmoins, dans les jours qui ont suivi la tragédie, certains médias ont demandé si le féminisme n’’était pas allé trop loin.

Ce matin, en écoutant à la radio ce que les femmes et les hommes essayaient de dégager de cet événement, j’’ai soudain compris qu’’en 1989, le féminisme québécois en était tout juste à ses débuts. Il faut dire que j’’étais alors une jeune étudiante pour qui plus d’une décennie semblait une éternité. Au Québec, le Conseil du statut de la femme existait depuis 1973 et les premières maisons d’’édition ou centres de production cinématographique destinées à l’’expression féminine avaient été fondés dans les années suivantes. Quelques jalons de l’’émancipation des femmes avaient été posés un peu plus tôt dans les années soixante avec, entre autres, la fondation de la Fédération des femmes du Québec, créée pour souligner le 25e anniversaire du droit de vote des femmes.

En 1989, le mouvement des femmes au Québec avait quelque 20 ans de légitimité (suivant des décennies de combat). Quelques petites années, insérées au travers de 400 ans d’’histoire du Québec et de deux millénaires d’’histoire occidentale marqués par le christianisme. Déjà pourtant, les pionnières qui avaient ouvert aux femmes le chemin des universités et des professions « non traditionnelles » à grand renfort de batailles juridiques étaient oubliées par les étudiantes mêmes qui bénéficiaient de ces efforts…

Billet de 2009 :

Ce jour-là, j’étais à l’université, vous dire combien cet événement a résonné pour nous, étudiantes du même âge que les victimes de Marc Lépine, ce serait encore trop peu. Parce qu’au-delà de la peur, de l’impuissance, du sentiment d’injustice, il m’a fallu 15 années et autant d’expérience de vie pour comprendre un peu mieux cette histoire ou à tout le moins y voir un sens plus large.

En septembre, quand j’ai parlé aux filles de Creacamp des Guerrilla Girls, je voulais tout particulièrement démontrer que nous ne sommes pas issues d’une longue lignée de femmes qui ont eu toute liberté du choix de leur vie. Le droit de vote a été accordé aux femmes du Québec en 1941 et les premiers organismes féministes ont vu le jour dans les années 70, or si nous avons toujours connu un monde, disons, enfin, assez égalitaire, il a été autrement pour nos mères et nos grands-mères.

Le geste de Marc Lépine marquait tout au plus 15 ou 20 ans de prise de parole féministe au Québec, mais je n’en étais pas alors consciente. Et croyez-moi, il y encore des choses à dire, parce que l’histoire ça ne se refait pas en 30 ans.

Pour en savoir plus sur les activités et les réflexions en ce 6 décembre 2007, lisez l’article de Louise Leduc.

Sur Erudit.org, critique du livre de Mélissa Blais sur cet événement et son inscription dans notre histoire, J’haïs les féministes.

Odeurs et souvenirs

cerruti-1881-femmeIl y a longtemps, à la fin des années 90, une amie m’avait offert un parfum qu’elle avait acheté en Europe. Pour je ne sais trop quelle raison, elle était persuadée que l’odeur ne lui allait pas, mais qu’elle serait parfaite pour moi. Elle avait raison. Lors d’un voyage en France avec cette amie, nous avions retrouvé ledit parfum et je l’ai ensuite porté quelques années. Puis, il est disparu des tablettes des grands magasins et des pharmacies.

Comme c’est une marque italienne, Cerruti 1881, devais-je être surprise de l’avoir retrouvé dans une parfumerie aux abords de St-Léonard? Probablement pas, les clients, me disait la vendeuse l’ont acheté en voyage et viennent à sa boutique en sachant qu’elle tient beaucoup de produits qui ne sont plus en promotion ailleurs et donc souvent délaissés des marchands.

Je l’ai donc racheté, cette odeur a pour moi une histoire, une histoire qui englobe le 11 septembre 2001 et le décès prématuré d’une amie d’université.