CIBL 101,5 : être une radio citoyenne écoutée

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En 2016, CIBL a été sauvée in-extremis du gouffre financier par un investissement de Cogeco Média. Quelques articles dans La Presse (par Mario Girard) et Le Devoir discutaient de CIBL, de la grogne autour de sa récente assemblée générale (les membres réagissent ici), puis réitéraient sa mission de pépinière de talents et de laboratoire de l’art radiophonique, des traits que plusieurs croient dissolus dans le sauvetage. Ceux qui rappellent l’ADN créatif de CIBL font bien de ramener sa raison d’être au premier plan. Cela dit, on oublie que la mission de la légendaire antenne citoyenne montréalaise, depuis son déménagement dans le Quartier des spectacles, s’est doublée de celle de gestionnaire d’équipement immobilier culturel. C’est un fait important, car les difficultés financières de CIBL sont en très grande partie redevables à cette responsabilité.

Des responsabilités accrues, mais une structure administrative à revoir

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Nadia Seraiocco et Nellie Brière, émission Les Trolleuses, été 2015 à CIBL. Photo : Léa Osseyrane.

Le projet d’intégration de CIBL au Quartier des spectacles avait été mené par un jeune gestionnaire du secteur culturel, Éric Lefebvre, qui est maintenant responsable des partenariats au QS. Ce dernier avait un profil tout à fait adapté à ce défi, car pour l’avoir côtoyé il comprend bien la nécessité de préserver la mission culturelle des organismes tout en développant des partenariats pour négocier des appuis financiers. Ce n’est pas le profil habituel des gestionnaires de petite radio ou même de petits OBNL. Quand il a quitté, un expert de l’animation et de la programmation a pris sa place, de façon temporaire, comme travailleur autonome. Cela n’était pas la solution idéale, mais cette situation a duré quelques années, jusqu’à ce que la gravité de la crise financière soit révélée en 2015. Il était alors minuit moins quart pour sauver la radio.

Précisons aussi, que depuis sa fondation, la constitution du conseil d’administration de CIBL, comme ses règlements, a peu ou pas évolué. Donc, le CA est constitué presque à la moitié d’artisans ou de collaborateurs de la radio, ceux-ci étant souvent plus préoccupés par la programmation et moins par la gestion financière de l’organisation. Cette structure de CA est propre à plusieurs organismes voués à la création, où la présence des membres créateurs est fondamentale pour maintenir le cap sur la mission de l’organisation. En 2015, quand j’ai joint le CA de CIBL, après quelques réunions d’urgence, le mode gestion de crise a débuté. Des postes avaient déjà été coupés dont celui de directeur de la programmation et l’équipe était réduite à sa plus simple expression. Il fallait donc remplacer de tout urgence le directeur général. La recherche d’un candidat ayant de l’expérience dans le secteur radiophonique, des capacités en recherche d’appuis financiers, comme des habiletés à maintenir une saine gestion se sont imposées. C’est ainsi que Arnaud Larsonneur a été engagé par le comité d’administration.

Une restructuration de la programmation et de l’organisme

Ancien logo de CIBL
Ancien logo de CIBL

Arnaud Larsonneur avait tout un mandat : trouver rapidement une source de financement pour la poursuite des activités de la radio et mettre en branle un plan de restructuration globale pour assurer la survie de la radio. Il souhaitait uniformiser le son de la radio, changer sa grille en entier, refaire l’image de marque de la station. Des rencontres à ce propos avec les bénévoles ont été amorcées avant même que le plan ne soit présenté au conseil d’administration, ce qui est inhabituel. Il faut dire que le pouvoir du conseil d’administration est parfois flou dans les OBNL : les membres du CA agissent souvent plus comme conseillers dans leur secteur de spécialisation et leurs pouvoirs sont souvent limités quand ils n’approuvent pas une décision. Dans le cas où des artisans membres du CA sont impliqués dans une décision sans que le CA complet soit mis au parfum, on nage dans le brouillard. Encore plus si les règlements du CA ne sont pas clairs à cet égard. Je comprends donc ceux qui trouvent que tout s’est fait dans le désordre, j’abonde même dans ce sens, mais c’est inhérent à la structure floue de l’organisation.

Des changements salutaires

Logo 2016 de CIBL
Logo 2016 de CIBL

De même, le choc des bénévoles devant ce remaniement de la grille était à prévoir. Je dois avouer que je questionne certaines orientations, comme cette histoire de capsules d’info qui franchement n’aura pas été un apport grandiose à la grille et constitue un choix personnel plutôt qu’une décision vitale. Cela dit, les émissions du matin, de la fin de journée et du samedi matin ont trouvé leur air d’aller et des collaborateurs de CIBL y brillent maintenant de belle façon. C’est déjà cela. Les partenariats avec des événements culturels ont recommencé à fleurir et c’est aussi un dénouement favorable après la tempête qui a secoué la radio.

Et l’ouverture à une évolution constante

Alexis Cornellier et André Moudoux dans un épisode des Trolleuses sur le « Big Data ».
Alexis Cornellier et André Mondoux dans un épisode des Trolleuses sur le « Big Data ».

Est-ce que l’idée d’un son « uniformisé » est souhaitable de 6 h à minuit ? Je ne le crois pas, comme fidèle auditrice de la radio, si je veux écouter des « playlists » il y a des services pour ça, cela s’appelle entre autres Spotify, SounCloud ou AppleMusic. Quand j’écoute des produits radiophoniques en soirée, je cherche une vision, un expert qui me présente ses choix musicaux ou encore j’écoute des podcasts ou des productions de Première Plus. Les bénévoles d’une radio citoyenne offrent un accès privilégié à des experts de certains genres musicaux inusités ou moins explorés dans les radios à grande écoute. Par exemple, une plage de jazz, une plage de musique extrême ou d’expérimentations en studio, mise en contexte par un ou une passionné-e de ce genre. J’ai avancé quelques fois que des créneaux destinés à une radio plus créative devrait être ouverts en soirée, ce n’est pas la vision du DG et un DG doit pouvoir avec les coudées libres. Peut-être qu’un peu de flexibilité sur ce point jettera de nouveaux ponts avec des bénévoles, c’est à voir. Il reste aussi tout un virage vers plus de numérique dans le «mix» culturel qu’est CIBL. Podcasts, émissions produites pour le Web, tout cela est possible, mais ne peut voir le jour sans une équipe de bénévoles.

CIBL est sauvée : il est temps de réfléchir à sa mission 

Les bénévoles qui ont porté plainte au CRTC pour dénoncer le changement de vocation de la programmation l’ont compris : les lois encadrant la radiodiffusion ne peuvent garantir que les structures internes des radios dites « communautaires » sont fondées sur le respect de la démocratie que constitue l’assemblée des bénévoles ou sur la mission créative ou citoyenne d’une radio communautaire. Cela doit être imposé par la direction générale et le conseil d’administration et, déployé avec la collaboration des membres.

Il faut donc se demander : si CIBL survit, mais qu’elle devient au fils des ans une radio comme les « autres » quel sera son avantage et en quoi remplira-t-elle la mission culturelle et sociale qui a fait sa réputation depuis 40 ans ? Et qu’est-ce qu’une radio citoyenne sans un groupe de citoyens membres qui ont un certain pouvoir sur sa destinée?

Je vous laisse avec ces questions… J’adore toujours autant le médium radiophonique, mais je vais continuer mon doctorat et mes contrats et je souhaite de beaux défis au nouveau conseil d’administration !

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