Quand l’appétit va, tout va!

En ce samedi de novembre dans Le Devoir, alors que Sylvain Lafrance vice-président de Radio-Canada défend la légitimité de la nouvelle chaîne Espace Musique, le thème du plus récent Salon du livre (gastronomie et art de vivre) incite à discuter une fois de plus de diversité culturelle dans les pages du même quotidien…

Gil Courtemanche fait état d’une « démission culturelle » qu’il lie aux choix qui se font présentement tant en éducation qu’à la programmation de nos chaînes dites culturelles. Il pose un diagnostique fort intéressant sur le thème du présent Salon du livre, « Ce que je sais, cependant, c’est que les seuls livres qui n’ont pas besoin de promotion sont les livres de cuisine et les guides des vins, qui se retrouvent immanquablement sous le sapin de Noël ». Ce qui souligne que le besoin de promotion ne se trouve pas là. Et, dois-je ajouter, nous savons tous sur la liste de cadeaux suggérés de tous les chroniqueurs radio et télé vont figurer dans les prochaines semaines, le guide du vin de machin et l’art d’apprêter le citron de l’autre.

Courtemanche associe à notre démission culturelle le retrait de l’enseignement des arts et de la musique, voire de la philosophie dans nos institutions scolaires. Il est vrai que tout enseignement qui ne peut être lié directement à la productivité industrielle est souvent vu comme superfétatoire. Il s’attaque ensuite à ce que j’appellerais les ersatz d’émissions culturelles, enrobées de guimauve et conçues pour faciliter le divertissement. C’est ainsi qu’il mentionne brièvement C’est dans l’air, animé selon ses mots par une « gentille Barbie des ondes »(ouch!) et M’as-tu lu – que je dirais une émission de livres et non pas de littérature- où, ajoute-t-il, on infantilise le spectateur. Il conclut ainsi: « Cette émission est à la littérature ce qu’un dépanneur vietnamien est à la gastronomie ».

Denise Bombardier discute des mêmes points, mais s’en tient à la présente foire commerciale du livre. M’as-tu lu devient chez elle l’émission d’un couple gentil qui infantilise la littérature et la ramène au rang du téléroman… Madame Bombardier n’a jamais été une partisane de la médiocrité, or elle se demande et à juste titre, comment nous en sommes venus à penser que la culture pouvait être présentée par n’importe qui alors que l’on exige que les sports soient présentés par quelqu’un qui s’y connaît.

Quant à ces animateurs qui pourraient parler de littérature et mener le bal d’une main de maître, le Québec n’en manque pas. Mais à force de ne donner les rênes de nos émissions culturelles qu’à des rois du divertissement, ils abandonneront tous la partie et iront enseigner la philo ou les lettres, si cela s’enseigne toujours…