Québec Love

Depuis que j’’ai élu domicile en Ontario, je ne me sens plus le droit de commenter la politique québécoise autant que je le faisais avant. Pourtant, dussé-je le préciser, mais on sort plus facilement une fille du Québec que l’’on sort le Québec d’’une fille… Or, je continue de lire le Devoir chaque jour et de discuter avec mon père le sort du Québec de façon régulière.

Je me disais en regardant un Jean Charest pâle et défrisé que la crise forestière n’’allait pas lui faire de bien. Tandis qu’’il répétait aux caméras de télé que 55 ans « c’’est jeune », cela en appui au programme de soutien aux travailleurs licenciés, je me disais, le cœur serré, que 55 ans, quand on a 30 ans de dure labeur dans le corps, ce n’’est peut-être pas si jeune que cela. Il utilisait le mot « lucide » dans ses déclarations aux médias, à sa place, je m’’en serais abstenu…

Tout cela pour dire, que connaissant les Québécois comme le fond de ma poche fleurdelisée, je prédis que le PQ sera élu aux prochaines élections. Pourquoi tant d’’assurance me direz-vous? D’abord parce que le PQ est devenu la voie du milieu, avec à droite les lucides et à gauche les solidaires. De plus, ceux qui ont un peu peur de la souveraineté, mais qui aime bien l’’idée d’être distincts et engagés pourront voter péquiste sans s’’inquiéter que les choses ne bougent trop vite.

Et finalement, parce que les Québécois ont eu envie de tout bouleverser, mais tout cela s’’est fait sans un plan affirmé. D’’abord, ils votent Libéral pour montrer au PQ qu’’ils en ont raz le pompon des querelles souverainistes, puis ils élisent des Conservateurs pour mordre la main qui tendait la commandite, – ladite commandite destinée à tenir le Québec tranquille. La séquence des choses paraît contradictoire quand on prend du recul.

Or, pas besoin d’un doc en sciences po pour comprendre que la situation politique actuelle est aussi insécurisante pour le citoyen moyen que le climat « instable » que l’’on disait redevable au séparatisme. Cependant, c’’est quand les choses vont mal que le peuple a besoin d’’un projet mobilisateur. Parce que sans cela, les travailleurs floués, ceux qui tirent le diable par la queue, n’’ont même plus le loisir de rêver à quelque chose de meilleur.

Nadia Seraiocco

Spécialiste relations publiques et médias sociaux | conférencière | blogueuse

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