Intimidation et intimidé : Voir le bourreau qui sommeille en soi.

La beauté est à l'intérieur et c'est encore plus vrai quand il y a Catherine Deneuve sous une peau d'âne.

Je n’ai pas été intimidée quand j’étais plus jeune. Taquinée oui, parfois un peu humiliée en raison d’une coupe de cheveux trop originale ou à cause de mes origines étrangères, rien d’extraordinaire, la vie quoi. Je ne vous mentirai pas, je n’étais pas toujours la mieux adaptée ou la plus populaire : mon côté artistique et mes idées excentriques m’en préservaient bien. En fait, même ma mère vous le dirait, mais ma propension à utiliser un vocabulaire trop développé pour mon âge – des mots à 5 $ qu’on disait dans le quartier où j’ai grandit et qui doivent valoir plus encore aujourd’hui – faisait de moi une petite fille mignonne peut-être,  mais pas vraiment «cool».

Des décennies plus tard, quand on lit la tragique histoire d’un ou d’une adolescent-e, qu’une série d’incidents a poussé au désespoir, (il faut se rappeler son adolescence pour savoir comment on a alors le désespoir facile), on a tendance à s’identifier à la victime plus qu’au bourreau. On prend sa souffrance et on la fait sienne. Que voulez-vous, nous faisions de même petits, quand on nous lisait un conte des frères Grimm, de Perreault ou d’Andersen : nous étions les unes l’âme pure de Cendrillon ou de Peau d’Âne, les autres le Prince sur son fidèle destrier ou le bon esprit et, à la fin, nous triomphions de la sorcière, des sœurs méchantes ou du roi trop autoritaire. Mais dans la vraie vie, chacun est tour à tour bourreau ou victime selon le groupe où il évolue (lire à ce propos Foglia et son texte La décivilisation).

Je ne vous mentirai pas non plus en vous disant qu’une fois adulte, tout va toujours bien. La vie est une suite de rencontres, de frottements souvent plus ou moins heureux et si j’ai appris à me faire un peu une carapace pour vivre en harmonie, non pas avec le monde (il y a pour cela la politesse), mais avec la personne toujours étrange, sensible et fougueuse que je suis, j’ai aussi appris à me défendre. La première étape aura été la mise en échec dans les casiers d’une fille criarde et insultante. La deuxième a été, une fois adulte, de me résoudre à accepter que les gens avaient parfois de mauvaises intentions et que là, il fallait agir en douce. J’ai alors compris que je n’aurais jamais ma place dans certains groupes, parce que les gens qui les composent n’ont pas les mêmes valeurs que moi. C’est cela de réglé, et comme on dit dans les beaux textes, peu me chaut.

Aujourd’hui quand je lis l’histoire de Marjorie ou de Jamie, mon coeur se serre un peu (ok, beaucoup), car il est souvent si difficile de vivre ces années d’inconfort qui semblent ne plus finir. À ceux qui ont vu ces incidents, ces petites cruautés sans réagir, je n’ai envie que de demander s’il serait possible de faire autrement. Inversez donc les rôles.

Quand on voit le bourreau en soi, la cruauté dont on serait parfois capable, on comprend encore mieux le drame de la violence.

 

 

 

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