La fin de l’innocence

Aujourd’hui, une déclaration dans les médias de notre ministre canadienne de la Sécurité publique, Anne McLellan, m’a fait sursauter : «Je ne crois pas que les Canadiens soient psychologiquement préparés à une attaque terroriste autant que nous devrions probablement tous l’être» (rapporté en français par Cyberpresse).

Comme j’étais à New York, à coté des tours, lors des événements du 11 septembre 2001, je sais combien une attaque terroriste est déstabilisante. Je me suis donc demandée ce que compte faire la ministre pour préparer les Canadiens à une telle attaque. Comment faire comprendre toute l’horreur d’une pareille aventure à des gens qui de toute leur vie n’ont jamais connus de guerre ou même vus une explosion ? Nous pourrions faire quelques exercices de conditionnement : d’abord nous crierons « bou! », dans votre dos, chaque fois que ne vous y attendrez pas, puis quand vous aurez retrouvé votre calme, nous ferons sauter votre voiture. Là, vous comprendrez enfin que la menace est partout… Mais je vous en ai déjà trop dit, je ferais décidément une très mauvaise terroriste.

Faut-il le dire, mais la particularité du terrorisme, c’est d’essayer en tout temps d’être imprévisible. Que l’on consacre plus d’argent à solidifier les réseaux de communication, les plans d’urgence et autres, me semble normal, voire nécessaire. Je suis persuadée que personne ne s’opposera à cela, pas besoin de semer la panique. Je suis parmi les rares Canadiens que madame McLellan dirait préparés psychologiquement au pire et pourtant je ne vous souhaiterai jamais de l’être. Cela est tout d’abord impossible, mais surtout parce qu’on ne viole pas les gens pour qu’ils deviennent plus méfiants.