Rideau Hall et ces satannés nationalistes

Au cours des dernières années, j’ai souvent ressenti un grand ras le bol face à la vision étriquée qu’ont parfois certains Québécois du nationalisme et des questions identitaires. Aujourd’hui dans un texte intitulé Michaëlle Jean et les felquistes publié dans Le Devoir, René Boulanger critique le conjoint de la nouvelle gouverneure générale, le documentariste Jean-Daniel Lafond. J’ai rencontré très brièvement Lafond au lancement de la Liberté en colère et l’existence même du poste de gouverneur général demeure pour moi un mystère. Or, ce qui m’embête, c’est que dans son texte Boulanger, comme dans celui d’Odile Tremblay, qu’il cite, on parle de nationalisme, comme si cet « isme » était propre au Québec et ne se trouvait nulle part ailleurs. De la même façon, on fait de Lafond un documentariste et intellectuel du mouvement souverainiste. Le nationalisme touche souvent les questions identitaires, un sujet qui a pris de l’ampleur dès le début du vingtième siècle – en 1909, F.T. Marinetti, futuriste italien, décrivait la montée des nationalismes comme un phénomène du vingtième siècle- et s’observe ailleurs qu’au Québec.

Revenons-en à Lafond, il est Français de naissance et a mis les pieds au Québec en 1974. Il a réalisé au début des années « 90 », « La liberté en colère », un documentaire sur les acteurs principaux la Crise d’octobre et plus précisément sur la cellule Chénier qui a revendiqué l’assassinat de Pierre Laporte. Boulanger remarque qu’autour de ces années, Lafond se serait lié, « non pas avec des politiciens de pacotille, mais avec de purs révolutionnaires ». Or, Lafond a rencontré ces révolutionnaires après leur sortie de prison et dans le documentaire qu’il a réalisé, on perçoit bien les liens d’amitié qui se sont tissés, comme les divergences d’opinion. Pour ajouter à la trahison de Lafond envers le Canada et maintenant envers le Québec, on ajoute que Jacques Rose aurait construit une bibliothèque dans le domicile partagé par Lafond et Jean. Si l’on se fie à la biographie récente de Jacques Rose, il gagne sa vie en vendant ses services de menuisier…

En décortiquant le travail et les amitiés de Jean-Daniel Lafond, j’ai l’impression que l’on récupère l’affaire et ignorant certains faits. Ailleurs dans la francophonie, il est perçu comme un documentariste intéressé par les questions identitaires. Car il ne s’est pas intéressé uniquement au Québec, il a aussi réalisé « La manière nègre, Aimé Césaire, chemin faisant ». Aimé Césaire est connu comme un grand écrivain martiniquais, a été maire de Fort-de-France (Martinique) plus d’un demi-siècle et son « Cahier d’un retour au pays natal », acclamé par les surréalistes, est présenté comme un des fondements de la construction d’une identité noire francophone. Lafond a aussi collaboré avec René Depestre, écrivain haïtien renommé et oncle de Michaëlle Jean, au documentaire, « Haïti dans tous mes rêves ». Lafond a aussi donné la parole aux Amérindiens.

Haïti, d’abord colonie française a obtenu sa liberté, mais cherche toujours à retrouver son équilibre. En Martinique (un domaine outre-mer de France), il n’est pas rare que l’on voie un graffiti qui dit quelque chose comme, « Martinique, un pays ! ». On peut donc dire que Lafond s’intéresse aux questions identitaires et aux nationalismes. Quant à Lafond, un citoyen du monde pourrait-on dire – tiens comme André Boisclair – trahit-il vraiment le Québec en emménageant à Rideau Hall ? La sécurité publique est-elle menacée par ce révolutionnaire par association ? Trouvez la réponse vous-même…

5 réponses pour “Rideau Hall et ces satannés nationalistes”

  1. Jacques Lanctôt y est allé d’une charge à fond de train contre le couple Jean-Lafond; le texte a été publié dans LA PRESSE (qu’on ne peut reproduire) et aussi dans le lien suivant sous le titre À PROPOS DE MICHAELLE JEAN ET DE L’ÉPOUX DE LA NOUVELLE GOUVERNEURE GENERALE DU CANADA

    http://www.vigile.net/05-8/10.html#7

    Deux ‘intellectuels de gauche’ discourant de façon fort élégante m’ont surpris récemment alors qu’ils m’expliquaient à quel point ils étaient contents de voir Lafond devenir ‘gouverneur consort’. Comment des indépendantistes québécois peuvent-ils tout à coup cautionner un tel poste, symbole d’une monarchie qu’ils abhorent?

  2. Il est possible que des intellectuels qui ne sont pas de « souche » pour reprendre un vocable inventés par les indépendantistes eux-mêmes, aient vus dans la souverainté du Québec un mouvement de société intéressant et légitime, mais qu’ils s’en soient un distanciés avec le temps.

  3. Où exactement dans Le Devoir, « René Boulanger CRITIQUE … Jean-Daniel Lafond » ? Donnez-moi ses mots exacts. Je ne les vois pas.

  4. J’ai peut-être effectivement fait un raccourci en utilisant le verbe « critiquer », puisque les éloges et les propos sympatiques de Boulanger à l’égard de Lafond sont vraisemblablement destinés à être utiliser contre Michaëlle Jean. Boulanger ne cache pas qu’il expose sa vision des choses pour révéler une image qui apparaîtra négative au reste du Canada : « Mais je me console vite parce que je sais que l’image de ce nouveau couple royal qu’elle forme avec le cinéaste Jean-Daniel Lafond sera bientôt écorchée au Canada anglais et que nous risquons d’assister à une superbe dégringolade qui risque d’être étonnante dans ses conséquences politiques. » De même les expressions comme « couple princier » ou « couple royale, que l’on retrouve dans le texte sont de toute évidence l’expression d’un ton ironique.

  5. C’est plus un cas de prendre votre désir pour la réalité que c’est raccourcir simplement Boulanger parce qu’il est très clair qu’il admire le couple et s’y attend heureusement/méchamment l’hystérie fédéraliste.

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