Philosophie de vacances

Ce que saint Augustin dit du temps vaut tout aussi bien pour l’amour. Moins nous y réfléchissons, plus il nous paraît se comprendre tout seul ; mais si nous commençons à nous creuser la tête à son propos, nous n’en sortons plus. Ce curieux paradoxe est confirmé par le fait que, depuis le début de l’histoire de la civilisation, l’homme en tant que créateur et, depuis l’époque d’Orphée, l’homme en tant que poète se sont occupés de peu de choses avec autant d’obstination que de l’amour. Car on sait bien que les poètes n’écrivent pas sur ce dont ils possèdent la connaissance, mais sur ce dont ils n‘ont pas le fin mot ; et ce pour des raisons qu’ils ne connaissent pas davantage, mais qu’ils veulent à tout prix connaître très précisément. Cette imparfaite connaissance, ce sentiment de foncière étrangeté, voilà l’impulsion première qui les fait saisir leur burin, leur plume ou leur lyre. (Colère, deuil, exaltation, argent, etc. sont tout à fait secondaires.) S’il en allait autrement, il n’y aurait pas de poèmes, de romans, de pièces de théâtre, etc., mais uniquement des communiqués.

Cette petite réflexion sur l’amour, l’art et les communiqués est de Patrick Suskind. On peut lire la suite dans Sur l’amour et la mort publié chez Fayard en 2006. Le texte original a été publié en allemand en 2005. Vous vous rappellerez peut-être de Suskind en raison du best-seller Le Parfum ou de textes populaires comme La Contrebasse ou Le Pigeon.