Bill Gates était-il un premier de classe?

Martine propose aujourd’hui à ses lecteurs un texte du New York Magazine sur l’effet des louanges que les parents chantent, parfois peut-être un peu trop, à leurs enfants. L’étude menée sur le sujet est inquiétante : les enfants doués, auxquels on répète qu’ils sont brillants, sont beaucoup plus susceptibles d’abandonner toute tâche qui demande un effort et pour laquelle ils n’ont pas de facilité. Ainsi, ils se contentent d’impressionner la galerie avec ce qu’ils font bien et se soucient plus de leur image au détriment de leur réelle capacité d’apprendre.

Mensa à trois ans? Il y a quelques jours je discutais du cas d’une petite surdouée que ses parents avaient inscrits à Mensa à moins de trois ans. Je déteste ces catégories qu’on appose aux enfants, parce que je crois réellement que nous apprenons tous à des rythmes différents et qu’un enfant qui obtient des résultats moyens au primaire deviendra peut-être un élève talentueux au secondaire et vice-versa. Apprendre à apprendre est la clé et les petits génies de quatre ans sont souvent devancés, une fois rendus à l’université ou dans la vie, par les bûcheurs.

Revivre notre enfance… Les histoires d’enfants, ça nous ramène à l’enfant que nous avons été. J’étais pour ma part une petite fille fatiguante qui parlait tout le temps et qui utilisait des mots de vocabulaire compliqués. «Toé pis tes mots à 5$», qu’on me criait à l’école primaire. Aujourd’hui, les mots sont rendus à 10 $, mais vous voyez le principe. Tite fatiguante, achalante de prof, à dix ans je lisais, La grosse femme d’à côté est enceinte, Jane Eyre et Les hauts de Hurlevent, de nuit bien évidemment, car déjà à cet âge je me couchais tard… J’obtenais des notes presque parfaites dans toutes les matières, à la grande surprise de mes parents qui croyaient que l’école du quartier n’était vraiment pas sévère. Cette facilité dans les premiers apprentissages m’a nui, car arrivée au secondaire, je ne savais pas comment travailler et si ça ne me venait pas tout seul, je laissais tomber. En plus, je lisais des romans ou je dessinais au lieu de faire mes devoirs, ce qui n’aidait pas. Après des années de mauvaises notes, voire d’échecs, j’ai réappris à travailler et mes insuccès m’ont poussé à me dépasser.

Jusque là, ça ressemble à une belle histoire, mais les échecs n’ont pas eu que de bons effets : j’ai développé une grande insécurité et un sentiment d’imposture. Quand on me félicitait, je me disais toujours que c’était pour m’encourager. Voilà, vous le savez et vous n’avez même pas eu besoin de me demander quatre ou vingt-quatre secrets sur moi par chaîne de courriels…

Quand j’envisage la possibilité d’avoir des enfants, faits maison ou adoptés, je me jure chaque fois que nous ferons des tonnes de niaiseries ensemble, que nous irons à La Ronde – oui, je fantasme sur La Ronde -, que nous jouerons à des jeux de société et que nous mangerons des trucs pas bios, en fait carrément junk… La vie étant ce qu’elle est, mes flots seront peut-être des petits nerds qui, comme Bill Gates, ne penseront qu’à leur ordinateur et me trouveront vraiment trop légère!