Le volcan, c’est ainsi que les religieuses m’appelaient.

Au retour de quelques courses avec Gégé, tandis que nous papotions tranquillement dans la voiture, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes – une assertion qui généralement ne tient pas la route longtemps. Donc au moment de tourner sur Beaubien pour passer de Rosemont au Mile End, une voiture de taxi nous dépasse par la droite. Le taxi voit conséquemment son côté gauche enfoncé et marqué du rouge vibrant de LadyBug. Il n’y avait qu’une voie pour tourner, mon taxi arrivait donc de derrière moi ou de la voie indiquée pour continuer tout droit. Pas nerveuse, je descends, je demande au monsieur que nous échangions nos renseignements d’assurance. Il refuse et commence à m’invectiver et à questionner ma responsabilité. Gégé, mon témoin, élève le ton, se hérisse. Je reste calme et je propose fermement, s’il continue de me crier dessus, d’appeler la police. Il me dit de le faire. Gégé est très impressionnée par mon calme et me dit, « mais si j’étais toi, je serais enragée, je hurlerais ». Je réplique, « ça va, je sais, j’ai un peu de difficulté à me fâcher, quand on crie, j’effouare un peu, un jour j’aurai une crise cardiaque à cause du trop-plein ». La plupart de mes amis ne m’ont jamais vue vraiment fâchée ou même crier.

Comme mon taxi n’a pas l’air prêt à plus de violence que celle de me parler fort jusqu’à ce que je demande pardon ou je pleure, les policiers proposent de faire une médiation téléphonique. Avec les hommes, il redevient plus doux. Je suis près de chez moi, alors mon chum vient me porter de la documentation et un constat, au cas où. Cela fait plus d’une heure qu’il s’obstine, qu’il corrige tout ce que j’écris et insiste pour dire que je l’ai fauché de plein fouet, en quittant ma voie etc. Je demande au constable de lui réitérer « le no-fault », comment la compagnie d’assurance rend sa décision etc. Il s’adresse à mon chum lui disant qu’il doit bien savoir, même si je suis « sa femme », il ne peut pas ignorer que ma conduite laisse à désirer… Mon chum a envie de rire. Pas moi. Je regarde le sol un instant, puis je me mets à vociférer passant du vous au tu, « non mais, crisse de câlisse de ciboire, t’as-tu l’intention de me faire niaiser icitte toute la soirée juste pour gagner ton estie de point? ». Oups! La madame d’Outremont est mal embouchée, son mari et sa copine sont sans voix. Il faut dire que ma voix basse se prête mal au criage, ça couine et ça chuinte drôlement, comme dans les films d’exorcisme. Je continue donc, « sacrament, ça fait 20 ans que je conduis pis je me suis jamais fait chier autant pour un accrochage insignifiant ». Je vous fais grâce du reste, mon blogue pourrait s’en trouver censuré. Je lui ai arraché ma copie du constat et j’ai dit en crachant entre les dents, « ça s’arrête icitte, crisse! ».

Il a protesté, les témoins n’arrivaient plus à parler, j’ai pitché le constat à Gégé et j’ai claqué ma portière. Il est donc parti en brûlant un feu rouge. C’est tout ce qu’il restait à faire. Gégé m’a dit, « je ne t’avais jamais vu fâchée, quelle verve, quelle éloquence ! » « Ça va, quand j’ouvre les valves, je dis des choses horribles, je ne sais pas où m’arrêter, ça devient de l’intimidation… » Gégé ajoute en riant, « je pense qu’il était mieux de collaborer, sinon il en aurait été quitte pour une séance de thérapie la semaine prochaine ». J’ai un peu ri, ce qui n’est pas bien, j’imagine.

6 réponses pour “Le volcan, c’est ainsi que les religieuses m’appelaient.”

  1. J’ai un peu ri, ce qui n’est pas bien, j’imagine.

    Ben oui, c’est bien. Et on est où si on ne peut même plus dire à un cave qu, il est cave? T’as bien fait d’exploser, des insignifiants de sa sorte en ont besoin. Question de limite qu’il faut leur montrer. Mais vraiment.

  2. Yes! Yes! Yes!
    Il est a peut près temps que le volcan explose!
    Félicitation et recommence le plus souvent possible!
    Le Fred

  3. Arrêtez, vous me faites rougir… Tout le monde me félicite, on dirait que je viens de gagner un prix!

  4. Et comme nous le savons tous, dans ce beau monde bilingue qui est le nôtre, c’est quand la personne sacre qu’on connait sans l’ombre d’un doute sa langue maternelle…

  5. Disons que pour les jurons, une des meilleures écoles se trouvait sur la rue des Bouleaux Ouest.

  6. Mike > Toujours en Afrique? J’en suis persuadée, mais je le sais par toi et Élizabeth, parce que moi j’ai connu le master du juron juste quelques années. Cela me porte à croire que ce talent est génétique…

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