Sans le doute, pas de certitudes…

Je me demande souvent si j’ai vraiment quelque chose à dire. Cela dit, je conviens que l’anxiété ou quelque chose du genre me porte à prendre le crachoir plus souvent qu’à mon tour. Je dis cela, parce que l’autre jour, lors d’une de mes visites à la pharmacie grande surface de mon quartier (oui j’y traîne trop souvent), j’ai rencontré ma directrice de mémoire. Tandis que dans l’allée des crèmes multi-vertues je lui confiais mon projet de faire relire mon mémoire par un éditeur professionnel, elle m’a regardé en souriant : «Mais pourquoi? Je vais te relire, moi…» Ouais, mal envoyé. Je réponds qu’ il y aura tant de corrections, de choses à refaire, je ne voudrais pas abuser. Elle dit en souriant, « mais, non, tu n’as pas de problème du côté de l’écriture et chaque chapitre présente des idées originales, c’est déjà très suffisant ». J’ai soudainement eu très chaud. Que dire de plus? Le doute me ronge. Voilà. Je sais voir le talent des autres, mais quand il s’agit du mien, je ne suis persuadée que d’une chose : ma relative importance dans un univers déjà bien rempli.

Malgré ce manque de confiance, je trouve drôlement défoulant l’idée de raconter des histoires ou d’écrire de la fiction. Parce que c’est l’occasion de réécrire les choses comme j’aimerais qu’elles soient. Parce qu’en fait dans la vie, on place rarement nos mots d’esprit au bon endroit, de la bonne façon et avec un effet maximal. Dans la vraie vie, quand ça va mal, quand on a le dedans à l’envers, la solution ne présente jamais d’elle-même, au détour d’un coup de fil, d’un courriel bien envoyé. Dans la vraie vie, les gens mentent, comme cela sans raison ou peut-être juste pour brouiller les pistes et on ne sait jamais pourquoi, on est jamais certain. Dans la vraie vie, quand on est très occupé à faire un fou ou une folle de soi, il arrive rarement que notre discours intérieur soit si spirituel qu’on éclate de rire à la face du monde (ou de l’ennemi). Non, ça ne marche pas de même. Mais dans mes histoires, oui.

Quand j’ai vraiment envie de me plaindre, je dis que je fais assez bien plein de choses, mais rien de façon remarquable – et je pourrais nommer drette comme ça une liste de trucs fondamentaux pour lesquels je n’ai aucun talent… Je doute et en ce moment même, je ne suis pas convaincue que je devrais vous raconter tout cela…

3 réponses pour “Sans le doute, pas de certitudes…”

  1. J’aime ce que tu écris. Nos regards sont différents mais je connais tout de même les attraits de ta perspective. Donc je te lis assidûment 🙂

  2. hei hei (en estonien pour dire hey hey) hehe 😉

    donc salut sans D majuscule.. Je suis bien étonner de lire le titre « Sans le doute, pas de certitudes… », puisque justement avoir des doutes ne va aucunement avec le mouvement urbain actuel, mais clair, ne serait-ce qu’il nous faut être en constante illumination, savoir dès lors ce que l’on veut et ainsi se diriger vivement vers cette route confiant les yeux bien rivés à l’horizon.

    Mais qu’est-ce que le doute aujourd’hui? Où va t’on lorsqu’en doute? Est-ce un piège pour la sa propre conscience, un leurre pour pour son propre mode cartésien, rationnel, cet esprit formé depuis nos institutions scolaires, depuis la pensée des Lumières, le siècle de la révolution industrielle, oui, nous sommes dans ce carcan cartésien de générations en générations et fonctionnons ainsi sous cette trajectoire où seule une vérité de l’esprit rationnel, vérifiable, semble ainsi prendre le dessus sur les vertus de son contraire, l’irrationnel, ce qui échappe au faite du périmètre occidental. Or vous aurez compris chemin faisant que ce que nous sommes c’est clairement avant tout des êtres droits qui mentent à la limite pour éviter le doute de l’autre, car ce qui est le plus difficile n’est pas nécessairement que l’on se remettre en question, mais que son interlocuteur active son doute sur soi. Depuis les victoires de Napoléon sur l’empire romaine, certains intellectuels européens se sont insurgés contre l’esprit français qui représentait quoi, l’esprit des Lumières, la cartésianisme et finalement cet esprit rationnel, donc on s’est insurgé contre ça et on a dit oui, c’est bien beau l’esprit des Lumières, c’est bien beau le cartésianisme, c’est bien beau la révolution industrielle, mais partant, chemin faisant, vous avez oublié l’âme des peuples, vous avez oublié la religion, vous avez oublié tout ce qui est irrationnel, tout ce qui est mystérieux, tout ce qui rejoint l’âme, et finalement, vous avez quelque part dénaturé ce qui étais…

    Le doute est vraiment ce qui l’emporte puisque le plus difficile socialement.

    Notre environnement favorise ce qui est déterminé: ceux ce qui savent ce qu’il font, avec qui ils le font, pour qui ils le font, qui se réclament de gens connus­. Mais la grande force c’est alors, on l’aura compris, d’être dans l’incertitude et de créer quand même. C’est une mesure de l’authenticité, de l’esprit capable de vérité, cette vérité là justement, le risque de paraitre gêné, confus, pas très honnête. Je me méfie du poète et du peintre chez qui tout est trop parfait, qui savent trop bien prendre la pose, qui savent trop bien paraitre vrais, qui sont bien déterminés dans leur propos, des la première lancée, le premier succès.

    Ce qui signifie pas que l’artiste, malgré ses doutes, ne cherche pas à être accepté par un milieu. Il maintient une distance sans savoir pourquoi, mais cette distance, les gens du milieu la « sauront » comme dilettantisme, incompétence. C’est une règle de notre société : on ne peut appartenir à un groupe qu’à crissement épouser parfaitement ce groupe, qu’à être dénué de tout soupçon comme quoi il y autre vie, une autre conception du monde, surtout pas un monde qui serait idéal au mode occidental. Le doute de soi est perçu comme un mépris fébrile des autres. Voilà l’exigence des groupes qui ne supporte pas l’ambivalence, ne supportent pas le doute, même si ce n’est en premier lieu qu’un doute de soi. Car les leaders, les ténors d’un groupe veulent être admirés, sinon craints, sinon ils concluent qu’on les méprise, et alors, ils vous méprisent en retour, ce qui savent très bien faire, demandez à l’artiste génie Joey Dubuc de Montréal-Vancouver.

    Alors à quels signes reconnaitre l’authenticité? Ce serait tour à tour l’ambivalence, la confusion, souvent le propre de l’amoureux véritable car il a perdu ce pauvre ses références, or l’aveuglement sur soi-même ou la naïveté, la condition de l’humilité, le doute de soi – toutes expériences que l’on ne peut capitaliser.

    Bonne journée très chère.

    BB

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