Madame Thériault, «les années 70» ce n’est pas si loin !

La vice-première ministre et ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, a lancé une improvisation libre ayant pour le thème le féminisme, en pleine semaine de relâche, mais surtout juste avant la trop souvent oubliée Journée internationale des femmes du 8 mars… Exit les sujets touchant à la relâche scolaire et la tempête, il fallait que tous se positionnent, démontrent leur intéressante individualité en une question : être ou ne pas être féministe? La Ministre et moi sommes presque du même âge, de la même cohorte dirais-je, pourtant ce passé si lointain, me semble plus près qu’il ne lui semble.

Vite une opinion…

Je me surprendrai toujours dans la course à l’opinion, de cette capacité humaine à vouloir donner sa vision des choses, d’après souvent une expérience en rien représentative de l’ensemble d’un sujet de société — tsé, moi une fois quelqu’un m’a dit que (…), pis là bien depuis, je pense que (…) — sans même googler un gros 10 minutes, pour peut-être trouver une ou deux données historiques correctes. Les femmes ont eu le droit de vote en quelle année déjà au Québec? Ah, pis laisse donc faire (ok, pour les curieux 1940)…

Lise, vous avez raison, c’est fait, c’est du passé, on ne va pas retourner en 1970, vous qui aviez quatre ans en 1970. Pensez-y Lise, ce n’est pas si loin 1970.

Pas autant en tous cas, que deux ans avant votre naissance en 1964, oui en 1964, alors qu’une femme mariée était considérée inapte juridiquement et devait demander la permission signée de la main de son époux pour faire quoi que ce soit. Se marier équivalait à accéder disait-on :

 « à l’honneur douteux de figurer dans la liste des incapables, entre les mineurs et les interdits, d’un côté; et les personnes aliénées d’esprit ou souffrant d’aliénation mentale temporaire, de l’autre ».

Voilà ce qu’écrivaient en 1974 Jean-Louis Beaudoin et Claire L’Heureux-Dubé.

Oui, en 1974, madame la Ministre, vous aviez le tendre âge de huit ans. Non, c’est passé, vous avez raison et il n’en reste rien.

Mais bon, ne nous barrons pas les pieds dans les fleurs du tapis, après tout le poste de ministre à la Condition féminine ça veut dire quoi aujourd’hui? En tous cas, il faudrait quand même se rappeler que le poste été créé en 1979, une époque ou vous deviez commencer votre secondaire :

Création du poste de ministre déléguée à la Condition féminine et mise sur pied du Secrétariat à la condition féminine pour seconder et conseiller la ministre responsable de la Condition féminine. Le Secrétariat a alors le mandat :

  • de s’assurer, par voie de concertation, de la cohérence des initiatives du gouvernement dans le domaine de la condition féminine

  • d’élaborer en collaboration avec les ministères et organismes concernés, les grandes orientations du gouvernement en matière de condition féminine

  • de s’assurer de leur mise en œuvre

  • de mettre sur pied un réseau de responsables de la condition féminine dans les ministères et organismes gouvernementaux

Question de faire sérieux et de mettre des chiffres, j’ajouterais le poste de ministre de la Condition féminine (Status of Women en anglais) avait été créé au fédéral, trois ans plus tôt, en 1976, l’année des Jeux de Montréal. Oui, si loin et si proche. Par ailleurs, tandis que nous en parlons, l’an dernier, leur rapport sur la situation des femmes n’était pas reluisant («Secret Status of Woman reports paints a grim picture»). Mais, bon, rien qu’un « let’s go ma belle » bien senti ne pourra arranger (je suis ironique, au cas où).

Alors c’est cela, la semaine prochaine ce sera le 8 mars et nous pourrons remettre ça, nous pourrons encore raconter comment une fois, une féministe vraiment frustrée nous a vraiment découragée d’être féministe, comment les enragées dans ce domaine gâchent la sauce pour toutes les autres etc.

Quand les gens du domaine de l’opinion raconteront tout cela, peut-être que vous pourriez penser un peu aussi à Marie-Claire Kirkland-Casgrain (nommée ministre en 1962), à Judith Jasmin, à Simonne Monet-Chartrand ou à la suffragette Idola Saint-Jean. Il y en a tant, que je ne pourrais pas m’arrêter…

C’est Simone d’ailleurs qui disait « quand tu veux quelque chose pour toi, demande-le pour tout le monde». Mais c’est parfois si agréable de croire que l’on a tout fait par soi-même.

Bon 8 mars pareil!

(Et pour les curieux, vous pouvez cliquer sur le « tag » JournéeInternationaledesfemmes)