Exister dans les médias

Il y a quelques années, alors que j’étudiais toujours au deuxième cycle en histoire de l’art, j’animais à la fois des ateliers éducatifs dans un musée et une émission sur la culture populaire dans une petite radio communautaire de la ville de Québec. Les deux tiers des ados de moins de 15 ans qui participaient aux ateliers – le contenu était l’histoire des femmes – voulaient devenir journalistes ou travailler dans les médias. Cette même année, je me suis inscrite à une école d’animation radiotélévision. Même scénario que dans les ateliers : une classe de 20 jeunes gens de 19 à 35 ans, qui veulent tous travailler dans les médias. Dans ce groupe, presque tous les participants, sauf deux ou trois ados accros à la radio commerciale, se voyaient à Radio-Canada. À ce que je sache, hormis Kathy Lee qui met ses talents de chanteuse au service de plusieurs comédies musicales, je suis la seule de ce groupe qui ait publié ses textes dans un hebdo, animé une émission de fin de journée à CKRL et tenu la chronique culturelle dans une radio commerciale. Quand l’offre d’audition radio-canadienne tant attendue est arrivée des années plus tard, je pratiquais déjà le métier de chargé de projets en communication. Je n’ai pas poursuivi mes démarches avec Radio-Canada, mais je sais que pour tous ces emplois il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus.

Savez-vous à quoi ressemble la journée d’une chroniqueure culturelle du matin ? Parce que si à CKRL on m’offrait – pour un salaire de misère – les meilleurs créneaux d’animation, dans la vraie vie, les filles sont pas mal toutes assignées « au culturel ». Or, la journée d’une vadrouilleuse commence vers 5 h 45, alors qu’elle écoute les premiers bulletins de nouvelles en se rendant au boulot. L’entrée en ondes se fait vers 7 h, dans mon cas, la sortie se faisait à 10 h. Après quatre heures intenses, il faut ramasser ses messages, son courrier, planifier les sorties de la semaine, puis courir vers les nombreuses conférences de presse qui ferment la matinée. En après-midi, il faut se taper une petite sortie cinéma, puisque le soir est consacré aux spectacles. Parfois, une petite sieste avant la participation occasionnelle, mais requise, à l’émission de fin de journée, nous redonne l’énergie nécessaire pour courir les salles de spectacles jusqu’à tard en soirée.Bilan d’une semaine de vadrouilleuse : 50 à 60 heures consacrées au travail, des horaires de travail morcelés qui s’étalent de 6 h à 23 h 30, aucune liberté de pensée et une précarité de travail redevable à l’humeur des animateurs, les sondages BBM etc. Pour ces emmerdes, on vous donne un salaire qui semble peut-être mirobolant pour un pigiste culturel, mais qui accote tout juste les offres des emplois professionnels à horaires « normaux ». Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour le prestige des médias, dites-le moi… Et les dirigeants des médias le savent aussi !

Si vous voulez voir beaucoup de gens qui en ont ras le bol des conditions de vie que leur impose leur rêve de médias, visitez la page de Jean-Hugues Roy de l’émission « Branché » de Radio-Canada, Blogue out.