La fin d’une époque

En 2000, quand je faisais la chronique culturelle dans une radio commerciale de Québec, j’avais acheté une voiture, que dis-je, un petit 4X4. Moi qui ai peur des objets coûteux et qui payerait aisément mille dollars pour une oeuvre d’art, mais qui rechignerait à en mettre la moitié moins sur un bolide usagé, j’avais choisi la voie du milieu, une voiture un peu trop utilisée. Toute chose considérée, je me suis attachée à cette voiture, comme on s’attache à un bon sofa. Depuis des mois qu’elle ne fonctionnait qu’à moitié, se traînant cahin-caha, grinçant jusqu’à m’effrayer de partir avec elle trop loin. Mais je croyais toujours que ce n’était rien. Or, voilà qu’elle a expirée. Quand je l’ai vue partir sur la remorque, j’avais le coeur gros, les yeux plein de larmes. C’était la fin d’une époque. Je me suis donnée quelques semaines pour vivre mon deuil et puis au suivant ! En anglais, il existe une expression charmante pour désigner les objets usagées : « pre-loved ».