En amour les équations sont parfois complexes

Je lisais dans le ICI la chronique de Nelly Arcan. Elle racontait comment la théorie du nerf terminal, «organe» du coup de foudre physique, la hérissait au plus haut point. Ça, disait-elle, et l’astrologie. Pour abattre la théorie de ce nerf qui s’exciterait sous l’action des phéromones, nous poussant à nous garrocher à la tête d’un inconnu, elle citait ses coups de foudre pour des hommes gays ou inaccessibles, voire les deux, comme Boy George et son prof gay. Si le but du coup de foudre est la reproduction, comme le dit cette théorie, elle a là un point : dans son cas cela n’aurait pas fait des enfants forts.

Mais, mais, mais, les histoires que relatait Nelly ne se fondaient pas sur pas sur l’action des phéromones, plutôt sur une construction intellectuelle de l’amour, où l’érotisme est alimenté par des critères tels que le métier de l’objet amoureux, son apparence, son statut ou ce que l’on projette sur lui. Est-ce que ce constat de Nelly invalide la théorie biologique selon laquelle l’attirance n’a qu’une fonction, la reproduction?

Je vous citerai mon amie Jennifer qui a cloué le bec à quelques amis qui se chamaillaient en disant, « mais s’il n’était pas question de décider entre ceci ou cela, mais bien d’additionner ceci et cela pour voir plus clair ». Voyez-vous où je veux en venir? Parce que pour parler franchement, il y a plusieurs sortes d’amours, comme il y a plusieurs types de coups de foudre. Qui, comme Nelly, ne s’est pas pâmé pour un chanteur populaire, son charisme, sa voix, sans l’avoir même rencontré ou humé? Les rêveries érotiques qui s’en sont suivies étaient probablement aussi puissantes que si vous aviez rencontré un étranger aux phéromones irrésistibles. Peut-être, êtes-vous devenus amoureux d’une personne après avoir lu ses romans, ses courriels ou son blogue – l’Internet en fait de belles dans le domaine. D’autres ont perdu la tête, comme dans l’article de Madame, pour un ou une inconnu-e qui dégageait un je-ne-sais-quoi attirant et inexplicable. La littérature et le cinéma exploitent la multitude des scénarios possibles dans le domaine avec grand succès. Par ailleurs, dans Un amour de Swann, le protagoniste conclut après son histoire passionnelle tumultueuse qu’il s’est perdu pour une fille qui n’était même pas son genre… Ça arrive aussi.

Qu’est-ce qui fait qu’une personne nous attire? Est-ce toujours la même chose? Certaines de mes amies ont des critères physiques très précis : il doit être brun ou blond, de telle taille avec des mains comme ceci et des jambes comme cela. D’autres ont des idées bien arrêtées sur le métier ou le statut social du monsieur idéal. Je connais aussi des gars qui rejetteraient une fille pour une couleur de cheveux, voire un style d’habillement. Et, pour chaque romance avortée en raison d’un détail bête, il y a toujours deux tourtereaux que rien n’unissait qui vivent pourtant un amour romantique et passionné à faire rougir d’envie tous les célibataires et les couples tièdes. À chacun sa chacune aurait dit ma grand-mère… En fait non, elle aurait plutôt dit, chaque torchon trouve sa guenille. Elle avait vu neiger ma grand-mère Cécile.

Pis les phéromones dans tout cela? Pour ma part, je crois que les constructions intellectuelles c’est bien beau, mais il arrive un moment où ce qui tranche entre deux bruns, deux rousses ou deux blondes, c’est cette attirance inexplicable. Phéromones, vibrations karmiques, je le sais-tu, mais parfois c’est oui, parfois c’est non. Vous pouvez forcer la note, rationaliser, faire dans la rectitude politique en disant que « le cul, le cul y’a pas que ça qui compte », mais quand l’élan n’est pas là, il n’est pas là. Parce qu’il arrive que devant vous se tienne l’être de vos rêveries, celui ou celle que vous construisez dans votre tête, celui ou celle qui correspond à tous vos critères intellectuels et sentimentaux, puis… Quoi? Rien. Le calme plat. Pour vous convaincre du contraire, vous l’embrassez et dans votre tête plutôt que des feux d’artifices, il y a votre liste d’épicerie qui danse, tournoyant devant les listes de choses à faire cette semaine.

Alors, il faut admettre qu’au bout du compte (ou du conte), ce qui fait que tout d’un coup on se dit amoureux de quelqu’un c’est un mélange de considérations intellectuelles, sentimentales et sexuelles. Bref, le cerveau, le cœur et le corps. Yep! On se croirait dans un livre de pop-psychologie! En plus, dans votre équation c+c+c=amour, il y a probablement plusieurs parenthèses.

Si vous croyez à l’astrologie, ça risque de se compliquer un peu… Mais c’est votre affaire, c’est votre liste. Et le pire dans tout cela, c’est que je suis convaincue que l’amour et l’attirance n’ont au départ qu’un but, la reproduction, mais les êtres sophistiqués que nous sommes en ont fait un jeu, un sujet de conversation, la quête d’une vie. C’est tellement agréable de n’y rien comprendre…

7 réponses pour “En amour les équations sont parfois complexes”

  1. Bonsoir ma belle,
    Imagine toi quelques instants qu’il aurait été possible pour grand-maman Cécile d’avoir un Blog.
    Il n’aurait pas fallu prêter flan trop souvent.
    Qu’en penses tu?
    Pop’s

  2. Pop’s > Si grand-maman Cécile avait eu un blogue, elle en aurait réglé des dossiers… Les relations homme-femme, l’amour, le sexe, il n’y avait pas de discussions pour la mettre mal à l’aise. Beaucoup de jeunes auraient besoin de ses « conseils » indiscrets…:-)

  3. Bien j’ai toujours pas compris pourquoi…

     »À mon premier cours de chimie, mes yeux ne voyaient pas le prof, ni le tableau, ni les notes et les livres, mes oreilles n’entendaient pas l’enseignement et les bruits environnants, j’étais comme vous dites « suspendu ». Tous mes sens convergeaient vers l’arrière de cette pièce où elle souriait. » (Lisez pas ça)

    Il y a une suite évidemment…
    Daniel

  4. Rappaz > Hon… Je suis désolée. Anyways, je pense que « À l’ombre des jeunes filles en fleurs » te conviens mieux… 😉

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