Si par un soir d’hiver un voyageur…

Même si j’avais bien avisé les protagonistes de cette comédie – qui paraissait nettement plus drôle sous l’effet du vin gratuit de lancement – je ne l’avais pas publié, par un concours de circonstance où finalement je n’ai rien gagné… Mais, comme Gé a jugé bon de m’en reparlé à l’heure du lunch, je me suis dit, allons donc, pourquoi pas, tu en a fait de pires…

Voilà, vendredi soir, Gé et moi sommes allées au lancement de saison des Éditions du marchand de feuilles. Cette petite maison d’éditions tenue par l’auteure Mélanie Vincelette publie la revue Zinc où (allons-y pour un peu d’autopromo) un de mes textes paraissait en juillet 2007. Or, sitôt arrivées, j’aperçois Nicolas Langelier qui (allons-y pour la promo d’autrui) venait de remporter le combat des livres avec La logeuse d’Éric Dupont (cette soirée aurait par ailleurs pu se nommer en attendant Dupont). Nicolas a lui aussi publié dans Zinc, mais un texte de réflexion sur les blogues dans le numéro d’automne consacré à la question.

Je connais peu Nicolas, mais déjà nous avons un scénario d’entrée en matière pour chaque conversation : feindre la superficialité en toute chose. Enfin, c’est mon analyse superfétatoire de la chose, je pourrais me tromper. Donc, tandis que certains demandaient à la ronde et, de façon accessoire à Nicolas, comment on pouvait oser détrôner Marie-Claire Blais pour un « jeune auteur », je lui tins à très haute voix à peu près ce langage :

– Marie-Claire Blais? Ça me dit quelque chose… C’est bien celle avec le gros toupet dans les yeux qui écrivait en caps lock avant que ce soit la mode?
– Oui, oui, c’est bien ça, le gros toupet dans les yeux, le terroir, pis les caps lock. Et, n’oublie pas les paragraphes pas de ponctuation, pas de point rien, rien, rien… pas de point, je te dis.

Gé nous regarde, un peu mystifiée par cet étrange échange «littéraire», et sent le besoin de préciser qu’Une saison dans la vie d’Emmanuel – outre le fait que c’est «le consensus de profs de cégep barbus», dirait Nicolas qui, de toute évidence en a contre l’abus de pilosité dans la littérature – est un chef-d’œuvre. Stickée sur mon affaire, ramène mon histoire de caps lock, un trait incontestable de l’avant-gardisme de cette auteure. Nicolas acquiesce le plus sérieusement du monde. Gé, habituée à mes facéties, rit un peu, mais elle se demande vraiment si l’autre là, le gars, est sérieux.

Dix minutes plus tard, Gé comprenait finalement que le Nicolas qui s’amusait ainsi à rire des icônes de la littérature québécoise était le Nicolas du combat des livres.

Éric Dupont est finalement arrivé et comme dans toutes les bonnes histoires, il nous a entraîné dans un resto portugais du Plateau et nous avons fraternisé entre le calmar, la sardine et la saucisse. Salutations à Éva et Pierre-Yves aussi en scène par ce soir d’hiver neigeux.