De la férocité des rapports humains

Deux femmes se rencontrent dans le métro. Deux femmes ordinaires. L’une semble avoir voulu éviter l’autre. Elles sont toutes deux adossées à la même porte du wagon. J’entends le début de la conversation, la première, celle qui veut communiquer dit à l’autre que ça fait longtemps qu’elle ne l’a pas vue. La seconde lui répond en plissant un peu les yeux : elle n’avait pas envie de la rencontrer. De là, le métro démarre et je n’entends plus rien. Je vois seulement un échange muet, la première encaissant une charge faite avec grand calme, jusqu’à ce qu’elle rougisse et que ses yeux se remplissent de larmes. Elle agite la main, pour dire, «ça va j’ai compris». La seconde conclut en en pointant l’arrière du wagon d’un mouvement de visage. La première se faufile plus loin dans le train. C’est banal. Lorsque la seconde prend place sur une banquette, j’ai envie de regarder quel visage elle fait. Je m’attends à voir un visage empourpré par la colère, mais il n’en est rien. Elle est pâle, placide et serre un peu les dents et retrousse le nez comme un joueur de hockey qui vient de réussir son plaqué. 

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