Apprendre à twitter ou à utiliser les médias sociaux, est-ce si facile?

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On s’imagine souvent que nos natifs du numérique, parce qu’ils ont grandi avec le Web, ont un bagage suffisant pour aborder les communications numériques et les médias sociaux sans filet. Est-ce bien le cas? 

L’automne dernier, je donnais un cours à l’UQAM à des étudiants en communication, marketing ou production culturelle. Quelques-uns s’étaient inscrits parce qu’ils avaient déjà entendu parler de mon penchant pour les outils numériques et ils espéraient en savoir plus sur la promotion grâce aux médias sociaux. J’ai donc ajouté un «projet Twitter» aux évaluations relatives à ce cours. Apprendre à twitter c’est facile, me direz-vous. Eh bien, ces natifs du numérique ont rencontré quelques difficultés avec leur expérimentation.

1. Définir quelques lignes éditoriales et ouvrir un compte

Pour plusieurs étudiants, c’était le baptême, quelques-uns avaient déjà un compte et un de mes étudiants, athlète paralympique canadien, a même reçu sa certification de Twitter au cours de la session. Il faut donc comprendre qu’ils ne partaient pas tous du même point. La plupart ont opté pour une identité numérique qui pourra les suivre en milieu de travail, d’autres ont choisi une persona distincte. Cela dit, ceux qui travaillaient déjà avaient pour la plupart compris que la maîtrise de Twitter s’avérait un atout important en milieu de travail. Donc, une fois les comptes créés, les questions ont commencé à fuser : comment fait-on pour être suivi? comment interagir avec des gens qui partagent nos intérêts? J’ai donc proposé qu’au début de chaque cours, nous prenions une quinzaine de minutes pour explorer le média et répondre aux questions à mesure qu’elles surgissaient.

2. Connaître les codes internes du média

Twitter-RT-Rep

J’ai créé mon compte Twitter en mars 2007, depuis le réseau a drôlement changé et il est devenu avec chaque ajout plus convivial pour les utilisateurs. Mais néanmoins, pour l’utiliser de façon efficace et sans se mettre les autres utilisateurs à dos, il est bon de faire le tour des fonctions de base avec une personne qui connait bien le média. Lesdites fonctions de bases, les icônes avec légendes pour répondre, retwitter ou mettre en favori, se trouvent aisément au bas de chaque message (entourés en jaune dans l’illustration). Presque tous les médias offrent de republier un de leurs articles en un clic à partir de leur site. Puis, il y a les fameux mots-clics ou « hashtags » comme disent les Français. Pour bien comprendre à quoi ils servent (plutôt que de mettre n’importe quoi pour #fairerigolerlagalerie, suivre un événement de télé sociale en direct est une bonne introduction. Par exemple, notre cours étant le lundi, j’avais proposé aux étudiants de suivre l’émission Tout le monde en parle pour comprendre comment s’insérer dans la conversation autour du mot-clic #TLMEP. Nous avions aussi créé notre mot-clic #EDM2030 pour permettre aux étudiants d’ajouter les comptes de leurs collègues et pour transmettre de l’information relative aux cours. Le mot-clic est important en communication ou en marketing car il sert aussi à mesurer le succès d’une opération promotionnelle à l’aide d’outils comme Topsy ou Tweetreach (dans cet article on propose quelques outils gratuits).

3. Comprendre ce que signifie réellement « animer un compte »

C’est souvent là que bât blesse, car plusieurs souhaiteraient avoir d’ores et déjà une foule attentive d’abonnés avant de commencer à alimenter leur compte. Mais l’animation d’un compte Twitter ou Facebook, tant à des fins personnelles que professionnelles demande une série de tests pour comprendre la nature du média (surtout si l’on est débutant) et ensuite pour saisir la personnalité des abonnés qui suivront un compte. Puis, il y a les tactiques que chacun développera pour obtenir des abonnements. À ce propos, j’ai constaté que les étudiants qui avaient déjà une expérience d’animation radio, donc une habitude de communiquer sans savoir immédiatement combien de gens sont touchés par leurs commentaires, développaient rapidement de bons réflexes avec Twitter. Ainsi une étudiante s’est vue suivie en retour par Guy A. Lepage en l’interpellant lors de l’ADISQ pour lui dire qu’il était « cute » en personne. Parlez-moi d’une animation humaine… Eh, oui, les médias sociaux, c’est de l’information, de l’émotion, du personnel, du professionnel et tutti quanti, à vous de doser pour obtenir le mélange qui vous convient.

4. Les leçons du Web

Au final, les étudiants qui ont le mieux réussi cet exercice avaient diffusé plusieurs micromessages chaque semaine et ainsi avaient pu tirer des conclusions plus riches de leur expérience. D’autres s’arrêtant au fait qu’ils étaient peu suivis (ah, l’attrait des nombres) ont finalement peu publié et ainsi se sont retrouvés avec moins de dix abonnés. Faut-il le dire, mais la classe comptant plus de 50 étudiants, pour avoir quelque 30 abonnements dès le départ, il suffisait de chercher ses collègues qui souvent twittaient avant le cours avec le mot-clic #EDM2030. Mais parfois, la peur du nouveau média rebute même les fameux natifs numériques. Certains m’ont donc livré un rapport un peu romancé où ils twittaient allègrement les grands événements de l’automne, de l’ADISQ en passant par #TLMEP, la #charte etc. Sauf que leur compte ne témoignait pas de cette activité. Quelques coquins ont fermé leur compte croyant ainsi sauver la mise. Malheureusement, la cache de Google a raconté une autre histoire.

Mieux vaut apprendre à l’université que Google a une mémoire et qu’on a beau être né en même que le Web, utiliser les médias sociaux dans une perspective professionnelle demande quelques apprentissages préalables. Bref, si ma gang n’a retenu que cela, c’est déjà beaucoup. Par ailleurs, sitôt ce projet fait, certains ont trouvé des stages en communications numériques, donc nous avons avancé…

Je remercie aussi Patrick White, directeur du HuffPost Qc, Mia Caron, des Éditions de la courte échelle, France Capistran de Parlimage et Éric Falardeau, commissaire d’exposition et réalisateur, qui ont généreusement accepté de venir en classe parler de leur domaine respectif.

1 thought on “Apprendre à twitter ou à utiliser les médias sociaux, est-ce si facile?

  1. J’utilise tweeter depuis quelques temps mais je ne vois toujours pas l’intérêt des « favoris ».. A quoi ça sert ?

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