Le nouveau journalisme en direct : plateformes numériques et direct à portée de main…

Voici donc la réflexion complète liée à ma chronique :

En pleine campagne fédérale, après un débat diffusé en direct en même temps qu’un débat des primaires républicaines aux Etats-Unis et encore, on l’espère quelques débats aux Canada et plusieurs autres aux Etats-Unis, on constate que ce que signifie le commentaire en direct le journalisme prend avec les réseaux sociaux un tournant, « collaboratif » et plus ouvert…

Jusqu’à tout récemment, le direct était réservé aux médias électroniques. Les journalistes des médias écrits prenaient quelques photos, notaient les faits pour les rapporter correctement et le tout était diffusé plus tard, voire le lendemain. Mais les choses ont changées avec le Web et la démocratisation des outils.

Le New York Times franchit un autre pas dans la couverture de tout ce qu’ils génèrent comme « activité » donc « contenus ». Dans son blogue (par ici pour le texte original), l’éditrice Margaret Sullivan explique la nouvelle philosophie du NYT. Pour les séries de conférences du quotidien, qui se tiennent aux États-Unis et dans cinq autres pays (principalement en Europe), et ont comme thématique l’éducation, le pétrole, l’énergie (qui se tiendra à Paris en décembre pour COP 21), l’art et la littérature. Pour ces événements, les journalistes du NYT doivent agir comme modérateurs, commentateurs et animateurs.

Parmi les consignes remises aux journalistes que commente Sullivan on remarque : «Ce qui arrive sur une scène du NYT fait tout autant partie de nos reportages que les entrevues que nous menons en direct ou par téléphones en direct d’une scène d’actualité». Donc, si quelque chose qui mérite mention se passe lors d’une conférence, qu’il soit question d’un interaction tendue, d’une gaffe, les journalistes devront le partager en direct avec leur public, peu importe la nouvelle du jour.

Devant la transformation de la couverture journalistique, les éditeurs et rédacteurs d’expérience ne manquent pas de noter, que malgré le grand potentiel de ces nouvelles consignes, il faut aussi rester très vigilant pour ne pas, dans le feu de l’action, perdre de vue l’éthique élémentaire des métiers de l’information, surtout en présence de commanditaire qui ne demandent que plus de visibilité.

C’est là que la barrière entre le contenu et la publicité devient plus fragile et doit être préservée. – Jay Rosen de NY SU en parlait déjà il y a quelques années. D’un point de vue pratique, les outils de diffusion que sont le Web et les réseaux sociaux sont avant tout des outils de marketing créés à cette fin et souvent utilisés tout autant par les gens de marketing d’un média que par les journalistes et là aussi la frontière peut devenir friable.

En ce qui a trait aux moyens techniques, alors qu’il y a trois ou quatre ans organiser une diffusion web en direct demandait quelques connaissances techniques  – et la capacité de négocier avec un fournisseur internet une connexion avec bande passante suffisante –, il fallait idéalement avoir une caméra sur trépied et bien connaître les plateformes Web comme Ustream ou LiveStream.

Or, maintenant en quelques minutes, vous pouvez créer un compte sur Meerkat ou Periscope, puis avec un appareil mobile récent, une connexion Wifi ou LTE vous pouvez en quelques clics vous mettre en ligne. Donc, chaque personne est son propre point de diffusion et a la capacité de raconter un fait en direct…

Mais, diront certains, encore faut-il avoir des histoires intéressantes à diffuser ou à tout le moins être capable de rendre les faits intéressants… Est-ce toujours le cas ? 

On parle beaucoup de « storytelling », mais raconter une histoire de façon intéressante ou seulement avec cohérence n’est pas donné à tous. Si le média est le message, ici le média est un vecteur de clics, alors il faut que les journalistes se l’approprient pour y injecter avec créativité et surtout, un sens discriminatoire de ce qui est une information valable parmi les contenus diffusés en directs.

Par exemple, on aura remarqué que lors du débat de la semaine dernière, si la réactivité de certains partis sur les réseaux sociaux était observable, le parti Libéral lançait des petites vidéos (de moins de 15 sec.) et des commentaires en presque synchronie avec les interventions de Justin Trudeau.

Or, la maitrise des techniques de com et marketing à leur pleine capacité fait sourciller les observateurs, qui constatent qu’on leur parle en slogans pré-formatés. C’est par ailleurs ce qui est arrivé lors du débat de Macleans du 6 août dernier. Les contenus, au sens où les spécialistes du marketing et des communications (dont je suis) l’entendent, sont souvent synonyme de lignes de presse bien ficelées, qui «punchent» et qui sont faciles à partager. Et en cela, ces contenus s’opposent à ce que les journalistes attendent des politiciens : de la substance, de la personnalité et de la profondeur pour pouvoir faire leur travail d’analyse.

Cela dit, quand les journalistes trouvent de nouvelles utilisations aux médias sociaux populaires, des œuvres collaboratives enrichissantes peuvent voire le jour. Par exemple : le 6 août, le Washington post a utilisé Genius (un outil de partage de notes pour commenter les paroles de chanson) pour inviter les auditeurs à commenter la transcription du débat républicain au fur et à mesure. Les journalistes s’affairaient à répondre et à modérer les commentaires au besoin. Hillary Clinton avait utilisé la même tactique, ce qui avait généré plus de mille commentaires à un premier essai.

En plus, Washington Post, qui est surveiller dans l’intégration des médias sociaux, a pour le GOP agit en partenariat avec FlipBoard pour créer des dossiers évolutifs sur chaque candidat

Trop de plateformes à maitriser?

CelaIMG_4632 peut vite devenir étourdissant, c’est pourquoi, il faut apprécier les médias qui font un effort de tri (ou de curation quel mot horrible) des contenus pour les diffuser de façon organisée sur leur site. Ce qui est le plus difficile pour les journalistes en ce moment, c’est de comprendre comment maximiser l’utilisation des médias sociaux, sans se fatiguer et surtout sans ignorer le changement fondamental de ce qu’on définit maintenant comme du direct : c’est-à-dire une communication bidirectionnelle et d’apparence plus intime avec l’auditeur. Car même avec de nouveaux outils, on peut vite retomber dans nos vieilles ornières.

Note : Tout au long de cette chronique à C’est pas trop tôt, j’ai diffusé sur Périscope pour obtenir des réactions.