Se raconter sur les médias sociaux : l’envers du décor

Attention, billet de sérieux apitoiement et de remise en question… Dépressifs s’abstenir 😉 

Ah, les médias sociaux! Souvent, je publie sur Facebook, mes petits micros-succès, plus pour m’encourager que me vanter. Parce que voyez-vous, après presque 20 ans à bourlinguer, ma vie professionnelle a toujours été une série de recommencements, de fausses promesses, parfois de salaires dont les chiffres font rêver, mais dans des environnements cauchemardesques, desquels je suis parfois sortie avec avec l’ego en morceaux.

Quand Voir m’a sélectionnée en 1998 (non, je n’ai pas commencé à travailler à 11 ans) comme journaliste arts visuels, j’étais aux anges. J’ai vite compris que je ne vivrais pas de cela, mais discuter d’arts toutes les semaines quand on planche sur une maîtrise dans ce domaine est motivant. J’ai même alors participé à un projet radio-canadien, Les mordus du micros. Puis, en 2000, à travers les piges dans le secteur culturel, j’ai eu le boulot de chroniqueuse culturelle à l’antenne du no 1 commercial de ma ville natale : j’allais enfin gagner ma vie avec ce que j’aimais. La chose a été de courte durée, mon animateur trouvait que je ne riais pas assez quand, hors d’ondes, il me proposait des branlettes espagnoles, parce qu’il était comme ça et que « c’était drôle ». Quand j’ai quitté, je n’ai pas pensé à ce contrat qui m’empêcherait de faire de la radio à moins de 500 km de Québec pour plus d’un an. Des gens de Radio-Canada m’avaient contactée pour du boulot, mais avec ce contrat à rompre, il était hors de question qu’on m’engage. Retour donc aux relations publiques et, par le fait même, pétage de gueule spectaculaire lors du 11 septembre 2001.

Ne vous inquiétez pas, je n’allais pas me décourager aussi vite, j’ai les qualités de mes défauts : je continue toujours de forger des rêves… Je suis donc retournée à l’école, cette fois-ci à HEC au diplôme d’études supérieures en gestion (j’ai même passé le GMAT en vue de faire un MBA), j’ai eu des bonnes notes, un contrat de recherche avec un professeur respecté, puis la ville de Montréal m’a recruté pour être chargée de communication lors des défusions. La ville était plutôt sans dessus-dessous à cette époque et si j’y ai rencontré des gens vraiment intéressants, mon boulot de professionnelle de communication temporaire ressemblait souvent à du 7 jours sur 7, avec des horaires de 7 h à 19 h. Deux ans plus tard, j’ai quitté avec grand plaisir pour suivre mon conjoint à Ottawa. Dans cette ville, j’ai enseigné à la Cité collégiale, travaillé comme relationniste pour le splendide Musée des beaux-arts du Canada et, question de ne pas m’ennuyer, j’ai repris ma maitrise en histoire de l’art (du début quasiment) et tout en travaillant à temps plein et, au travers de trois déménagements, j’ai fait le dépôt en 2009.

L’année suivante, Michelle Blanc me demandait de rédiger son premier livre en sélectionnant des thématiques à même son blogue pour faire un plan de base, la recherche complémentaire et la rédaction du livre. Car les flatteurs qui ont osé dire que les billets n’avaient presque pas été modifiés par mon intervention avaient grandement tort : chaque billet avait été réécrit, avec du nouveau matériel pour lier les contenus entre eux et, dans certains cas, des passages entiers de plusieurs de paragraphes de ma plume avaient été ajoutés. Quand j’ai réalisé, une fois le travail entamé que je ne figurerais pas au contrat, puis une fois le produit livré, que j’allais être écartée de la promotion, la déception fut forte. Heureusement pour moi, au même moment, Mario Dumont me proposait de participer à son émission sur la chaîne V, j’ai donc pu au moins montrer un peu ce que je savais faire en communication.

Puis, il y a eu la recherche télé, pour Cliquez!, ensuite le blogue de Radio-Canada, Triplex et des chroniques technos trois étés à C’est pas trop tôt (merci Philippe, Marie-Odile, Julie et les autres). Question de gagner ma vie pour vrai, je travaillais alors pour un syndicat, mon patron n’appréciait pas qu’on m’entende trop souvent dans les médias, un autre membre de la direction voulait même que je n’enseigne plus à l’UQAM… J’ai donc refilé Triplex à une journaliste à l’été 2014, puis comme si ce boulot de communication ne pouvait devenir plus dur, après avoir demandé que je n’ai plus aucune autre activité, la direction qui avait congédié l’autre communicateur a commencé à faire pression sur moi pour que je quitte aussi.

En ce moment, je suis inscrite au doctorat, parce que comme à chaque revers, je fais un plan, j’essaye de continuer de progresser, je ne me décourage pas. Ou enfin, pas trop. Mais je serai honnête : après un crash, je me sens rarement très gagnante. J’ai énormément d’expérience, de plus en plus, des connaissances enviables dans mon domaine, mais je connais aussi le revers des années d’expérience : je ne suis plus la saveur de mois.

En plus, je le dirai franchement, sur ma route j’ai aidé beaucoup de gens, sans rien attendre en retour, juste parce que je suis comme ça. Or, les gens n’aiment pas être redevables et ne croient pas qu’on puisse leur tendre la main sans espoir de retour. C’est donc souvent le contraire qui arrive : une fois qu’on a donné sa chemise, on se fait taxer ses chaussures et son pantalon. J’aurai appris cela 😉

Fort heureusement, j’ai aussi de vieux et fidèles amis que je n’ai jamais pu aider côté boulot, mais qui ont toujours été là pour m’encourager et me donner un petit élan.

Alors quand j’annonce un petit succès sur Facebook, un petit hasard de la vie bien placé, c’est un peu pour me convaincre moi-même que je n’ai pas tenu bon pour rien. Et comme certains allument un lampion, je fais alors un vœu : je souhaite d’avoir d’autres petites nouvelles positives.