En 2000, Denise Bombardier écrivait une Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde…

À l’automne 2000, oui, il y aura bientôt 20 ans, une radio commerciale fort populaire de ma ville natale m’offre le poste de chroniqueuse culturelle à son émission du matin. Je travaillais alors avec un monsieur qui ne se gênait pas pour dire à voix haute son amour des filles de 16 ou 17 ans. Dans ce joyeux contexte, arrive à la station la Bombardier, comme certains collèguent l’appelaient. Elle venait présenter son nouveau titre, Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde. J’avais lu le livre.

Parenthèse ici, Denise Bombardier a l’âge de ma mère, toute ma jeunesse j’ai écouté les émissions auxquelles elle prenait part et quand ma famille disait que j’étais aussi affirmée que Mme Bombardier, c’était pour moi un compliment. En 1990, lors de la fameuse esclandre sur le plateau de Pivot, j’étudiais en littérature française et comme mes collègues de littérature, j’avais lu le titre sulfureux de Gabriel Matzneff, Mes amours décomposés. J’étais un peu choquée par le récit de cet auteur qui relatait ses amours avec des filles de 14 ou 15 ans et des garçons de parfois 11 ou 12 ans. En fait, déjà au début de ma vingtaine, j’étais courroucée par l’immaturité de cet écrivain qui fréquentait des enfants, leur imposant sa sexualité d’homme, tout en disant pour se justifier qu’il n’avait aucun succès avec les femmes de 30 ans. Hum.

Or, dans la fameuse lettre aux Français de Denise Bombardier, elle raconte l’épisode Pivot. En ondes, elle était assise entre moi et celui que j’appelerai ici Vieux Cochon pour ne pas révéler son identité. VC, pour les intimes, veut aborder sa relation avec Lucien Bouchard qu’elle avait mise en fiction dans un précédent livre. Je prends la parole pour parler de « l’épisode Matzneff chez Pivot », ajouter que par la suite des ouvrages comme Le prix d’un enfant de Marie-France Botte (1993) ont souligné à grands traits les conséquences tragiques de la prostitution infantile en Thaïlande. Madame Bombardier entre dans le vif du sujet avec la force qu’on lui connait pour être interrompue par VC qui veut savoir si elle a déjà vécu un massage à quatre mains par deux filles de 13 ans en Thaïlande. Elle n’a pas répondu.

Pour le reste de l’entrevue, elle ne s’est adressé qu’à moi, ignorant VC qui continuait à ponctuer le tout d’insinuations sexuelles sur ces jeunes personnes généreuses qu’il rencontre parfois en voyage. Personne n’a dit que dalle sur les cochonneries de VC, mais certains ont rigolé un peu, disant que la Bombardier était trop coincée.

Un mois plus tard, je quittais cette radio commerciale et en 2002, l’Opération Scorpion révélait le scandale de la prostitution juvénile dans ma ville natale. Quoi? Ces belles et généreuses jeunes filles ne se donnaient pas pour vos beaux yeux? Je suis choquée (une fois de plus). Mais je suis fichetrement coincée parfois.

Cela dit, je fais le souhait pour 2020 que Mme Bombardier, qui aime tellement me raconter ses faits d’armes quand nous nous croisons en coulisses à RDI, accepte de discuter avec de jeunes féministes, militantes, LGBTQIA+, pour au moins que l’on commence entre femmes de différentes « générations » à mieux se comprendre.

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