Monopole plutôt que Métropole culturelle

Le Cirque du Soleil est une machine imposante et lorsque le public québécois n’a plus été assez nombreux pour nourrir ses ambitions il est allé remplir des théâtres à Végas et continue de le faire. Ce faisant, la réussite du cirque a fait des petits, comme on dit, et cette floraison a fait de Montréal une pépinière incontestable des arts du cirque. Il n’y a pas si longtemps, il en était de même dans tous les domaines artistiques.

Mais depuis quelques mois, je commence à douter que dans d’autres domaines, tous auront une chance équitable de viser le sommet ou seulement un succès à leur mesure. La semaine dernière, Claude Chamberlan s’insurgeait contre Spectra et son nouveau festival de cinéma qui voulait soit le pousser hors de sa case horaire ou l’intégrer. Le Festival de nouveau cinéma est un des événement voué à l’image parmi les plus intéressants. Novateur, rassembleur, ce festival qui contribue à l’effervescence de Montréal attire chaque année une clientèle ravie, en plus de se tenir sur une « Main » dépoussiérée et ravivée par ce genre d’activité. Cela dit, Chamberlan a perdu son conseiller Langlois et sa nouvelle directrice au profit de Spectra.

Cette semaine, Spectra s’attaque au créneau estival remodelant son calendrier pour déplacer ses Francofolies en juin. Il y a quelques années, j’ai collaboré à deux présentations du Festival d’été de Québec, or je sais que ce dernier n’aura d’autre choix que de déplacer son événement ou de se priver des artistes francophones les plus en vue. Quand un festival signe avec un artiste, celui-ci cherche un certain nombre de soirs pour rentabiliser son passage au Québec. Les plus gros événements ont le premier choix et les autres bâtissent leur programmation en offrant des dates supplémentaires aux artistes. Le Festival d’été, même s’il a lieu à Québec, a toujours été un rendez-vous important de la musique. Comme le FNC est un rendez-vous important du cinéma.

Ces deux événements contribuent à la diversité de l’offre en matière de produits culturels. Mais de toute évidence les décideurs en matière de culture ne s’en soucient guère. Alors qu’on parle de diversité sur toutes les tribunes, on ferme les yeux sur la constitution d’un monopole culturel.

2 réponses pour “Monopole plutôt que Métropole culturelle”

  1. Justement, quelques cinéastes s’allient pour dénoncer cette attitude monopolistique, dans Le Devoir aujourd’hui:

    http://www.ledevoir.com/2005/03/03/76039.html

    Reste à voir quel impact (si impact il y a) aura cette demande des plus grands cinéastes indépendants du Québec… Il faudrait que le même type de demande émerge dans les médias de la part d’artistes des autres disciplines concernées.

    Pour ma part, ce qui m’énerve presque autant, c’est la complicité implicite de nos chères instances gouvernementales à tout cette concentration. En effet, finançant l’un (Spectra) et les autres (FNC, FEQ, etc), la SODEC et autres subventionneurs ne font qu’ajouter au boxon, pour un beau jour faire encore une fois les vierges offensées comme ce fut le cas pour le FFM l’automne dernier… et faire alors cristalliser l’idée qu’UN SEUL joueur reste la solution magique.

    Nos gouvernements défendent le principe de la diversité culturelle? Quelle blague. Que ce soit en arts de la scène, en distribution (cinéma, livre…), tout concourt à un effet d’entraînement pernicieux, où la place est prise par un seul hénaurme intervenant. Avec comme résultat à moyen terme que les créations dites alternatives, indépendantes ou d’auteur restent dans le placard.

  2. En fait, ces cinéastes ont annoncé qu’ils publieraient leur lettre le jour même où je mettais ce commentaire en ligne. Je n’ai pas élaboré sur le volet « décideurs culturels », mais j’abonde dans ton sens et je comprends mal que les mêmes gens qui défendent sur papier (cela s’entend) la diversité culturelle laisse un si gros joueur faire la pluie et le beau temps au détriment de cette diversité. Le FNC comme le FEQ sont des événements indépendants de qualité et il est navrant de les voir bousculer ainsi, sans qu’aucun des subventionneurs ne bronchent.

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