Charest scrute les médias

À la suite du commentaire de Pabsta, je me suis dit que j’aurais pu expliquer ma pensée un peu plus. Il n’y a rien d’anormal à commander une analyse médiatique, ce qui surprend c’est qu’un journaliste rapporte le fait comme une nouvelle.

Le geste de commander une analyse est un réflexe de communication politique et n’indique pas que gouvernement « scrute les médias » à la recherche d’un blâme extérieur. Si c’était le cas, il faudrait déclarer qu’ils sont plus amateurs que j’ai souvent présumé dans mes commentaires. Ce gouvernement a eu très peu de « réactions normales » en ce qui a trait aux communications politiques depuis son entrée au pouvoir. Ce geste indique donc qu’il commence seulement à s’organiser. Un directeur des communications avisé aurait commandé ce genre d’outil après la première année au pouvoir du PL.

Lorsque j’ai eu à travaillé près de cabinets politiques, au municipal et au provincial, j’ai vu plusieurs analyses de ce genre circuler « sous la table ». La consigne est bien souvent : « on ne fait pas de copies et on remet en lieu sûr après avoir lu ». Dans la plupart des cas, ces documents étaient très abstraits et ne touchaient pas le fondement des choses ou si l’on préfère, la nature des décisions d’un parti. On y trouve les interventions des médias classifiées en « positif » et « négatif », puis quelques commentaires sur les données croisées relatives à un sujet.

L’analyse de fond – ou le mea culpa d’un cabinet – doit être faite par l’équipe de Charest ou par des conseillers à sa solde. Il faudrait donc qu’il ait près de lui des conseillers politiques assez forts pour prendre ces commentaires généraux et les formuler en commentaires critiques. Ainsi la forme (comment on communique un objectif politique) et le fond (la nature d’une décision) seraient mis en question pour chaque dossier ayant causé des vagues. Et là, pas question de digérer le rapport trois mois, il faut ajuster le tir en deux semaines. Cela dit, j’ai de la difficulté à imaginer que Charest apprécie les critiques, même constructives.

Un point de gestion est important à souligner : ces études demeurent habituellement à l’abri des regards et sont cumulées parmi les dépenses normales de surveillance des médias. Leur prix est sous la barre des $ 15 000 au municipal et des $ 25 000 au provincial, pour échapper aux règles des appels d’offres et demeurer ainsi sous le radar des journalistes.

Or comment le gouvernement a-t-il encore réussi à défrayer la manchette avec ce geste banal ? Pour demander un document via l’accès à l’information, encore faut-il savoir qu’il existe. Je dis souvent que les journalistes ne grattent pas tant que cela, ils ont toujours au bout du fil des fonctionnaires irrités pour leur livrer la marchandise.

La machine péquiste était très bien rodée (la petite règle de communication citée plus haut en hyperlien je l’ai appris d’eux) et fonctionnait en synergie avec sa fonction publique. Il y a donc, dans la fonction publique québécoise, des gens qui savent travailler et ne sont pas consultés ou pas écoutés. Mais je m’écarte du sujet principal, qui était la surveillance des médias, un sport pratiqué par tous.