Petites flammes dans la nuit

J’ai commencé à lire Dolce Agonia de Nancy Huston. Cela me prendra sûrement un certain temps avant que je ne le finisse, car ce roman me bouleverse tant que je dois arrêter après la mort de chaque personnage… Parce que le narrateur nous présente une série de personnages d’âges divers, de milieux différents qui un soir d’Action de grâce se réunissent tous chez Sean Farrell, un professeur d’université dans la cinquantaine. Le récit s’ouvre avec Le prologue au ciel où le narrateur, nul autre qu’un certain créateur, nous explique qui sont ces personnages que nous rencontrerons et pourquoi il a choisi de nous raconter leurs histoires. À mesure que le récit de la soirée progresse, nous découvrons un à un les amis de Sean, ses anciennes flammes, leurs nouveaux conjoints et les gens qui gravitent autour de lui. Chaque fois que nous changeons de chapitre, le créateur prend un moment pour nous raconter la fin du personnage que nous venons de découvrir…

Je vous offre en guise d’apéritif la réflexion d’Aron, le boulanger, dit le vieux sage, sur la religion :

(Bien qu’athée, il a toujours pensé qu’il y avait quelque chose de magnifique dans la préparation des mets selon des lois sacrées, leur bénédiction par le rabbin – les vaches et moutons abattus comme ceci, le blé moulu comme cela, pour rester en accord avec le Très-Haut. Sa femme Nicole, née catholique dans l’île de Groix en Bretagne et convertie aux idéaux communistes par ses études de philosophie à la Sorbonne dans les années trente, n’avait jamais compris le respect que témoignait Aron pour les rituels religieux. Elle-même n’y voyait que salmigondis et charabia, une ruse pour distraire les pauvres des réalités de leur souffrance. « Mais quel mal y a-t-il à cela? lui demandait Aron. Tous les esprits humains, et pas seulement ceux des opprimés, ont besoin de décoller du réel de temps à autre… Faut-il priver le prolétariat de son unique bonheur : sa capacité de léviter, de sacraliser son existence? » Aron lui-même n’a jamais oublié la magie de cet instant où, chaque vendredi soir, il regardait sa mère allumer les bougies…)

Nancy Huston, Dolce Agonia, page 62.

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