Clubs compassion: choisir le moindre mal.

Comme moi, vous avez certainement vu les nouvelles: la semaine dernière on a fermé dans une grande opération policière, avec infiltration et tutti quanti, des Clubs compassion qui avaient, semble-t-il, la main légère sur la distribution de cannabis. Pour comprendre un peu comment évolue ce dossier, visitez le Bloc Pot. Cela dit, j’étais loin de me douter de l’impact que la nouvelle aurait sur mon environnement.

Un de ces clubs n’est pas très loin de chez moi, ce qui ne semble pas nuire au commerce des vendeurs illicites du quartier. Ne consommant pas moi-même, c’est plutôt par observation que je déduis cela. Comme j’ai subi un choc post-traumatique et que j’ai l’honneur d’être une femme,  je peux témoigner que nous vivons dans un monde formidable, où il y a une pilule pour chaque malaise et où, trop souvent, par manque de temps, nos médecins ont la main facile sur la prescription. Suffit juste de connaître les bons symptômes. Mais je suis une fille plate, je carbure au vin rouge, au café, à l’art et à l’amour.

Je parlais de tout cela avec un de mes voisins, qui lui a du millage au compteur et les maux pour le prouver. Longue barbe blanche, la peau tannée par le soleil, c’est un homme sympathique qui a parcouru mers et mondes, tenu le fort à Baden, milité pour la paix et qui entretient maintenant avec amour un petit terrain urbain où pousse des fleurs et des framboises. À mi-chemin entre le Plateau et le Centre-Sud, il veille à la bonne entente des voisins et sa sagesse et son charisme lui garantissent l’écoute de tous.

Comme moi, il n’aime pas les médicaments. Dans une de nos conversations de trottoir, j’ai appris que le soir, pour dormir malgré ses maux de dos, il fumait, pas la cigarette, l’autre chose. Rien de dangereux, disons que ce n’est pas comme si sa culture de framboises allait s’en ressentir. Il appréciait pouvoir obtenir légalement ce qui appelle une alternative aux poisons des pharmaceutiques. Car c’est son médecin qui lui a prescrit le cannabis. Maintenant, sans son Club compassion, plutôt que sa petite boucane du soir, il devrait consommer des analgésiques, des somnifères, qui lui donneront l’estomac à l’envers, le moral à terre et toute une pléiade d’effets secondaires. Il a donc le choix entre les médicaments légaux ou le cannabis acheté dans l’illégalité, car ne nous leurrons pas, les commerçants des rues vont connaître un boom de leur clientèle.

Encore une fois, pour quelques personnes qui ont testé les limites de la large définition des maux soignés par le cannabis, on pénalise des gens déjà fragilisés et on les retourne dans un enfer de pilules qui, ma foi, fait pas plus peur que les petites fleurs qu’ils consommaient pour se soigner.

Sur Cyberpresse, la lettre de Marie-Josée Gallant, atteinte de sclérose en plaques, montre clairement les conséquences de ces brillantes opérations. Il y a là, une guerre de pouvoir, une affaire politique et pour certains une affaire de morale…

Les bums de mon quartier doivent avoir un lobby qui contribue à quelque chose quelque part, car ils ont été entendus!

10 réponses pour “Clubs compassion: choisir le moindre mal.”

  1. Merci de cette référence plus complète, cela aidera sûrement les gens indifférents à la question à comprendre mieux.

  2. Ce qu’on ne dit jamais, c’est que le cannabis de rue et le cannabis thérapeutique ne sont pas le même produit (l’un est cultivé dans un but lucratif, l’autre dans un but curatif: il se doit d’être plus pur, mieux lessivé, etc.) et que les effets récréatifs et thérapeutiques ne sont pas non plus les mêmes. Pour quelqu’un qui souffre, nulle (nulle!) euphorie: seul un retour approximatif à un état normal. Donc les patients qui vont « dans la rue » ne trouvent pas ce dont ils ont besoin. On frappe sur les malades, ici.

  3. VB : Merci de ton commentaire, je connais peu les effets et spécificités du cannabis thérapeutiques, mais de fait, mon voisin m’avait signifié que l’idée de trouver dans la rue ce dont il avait besoin n’était pas souhaitable. Je t’avoue qu’en ce moment je constate que tous les gestes d’éclat des administrations publiques me semble destinés à plaire à une petite droite moraliste au détriment de ceux qui sont fragiles.

  4. Ping : Nadia Seraiocco

  5. Ping : Marie-Josée Dufour

  6. Ping : Suzanne Harel

  7. Effectivement, comme dit vieux bandit, je ne veux pas répéter et ce n’est pas parce que j’ai une « super » connaissance de la chose, mais je crois qu’il font pousser le cannabis sans « THC » (?). Je ne suis pas sûre que c’est cela le nom hihihi. Mais sans substance hallucinogène.

    De toute façon, je me dit, ces personnes souffrent déjà assez de même, laissons-leur le droit de fumer du cannabis si elle le veulent. Ce n’est pas comme les jeunes qui défoncent tout dans les rues pour n’importe qu’elle raison, ces personnes recherche la paix.

    Et je sais de quoi je parle, j’ai moi aussi la sclérose en plaques depuis 10 ans mais avec des douleurs incroyables aux jambes depuis peu. La quantité de médicaments que je prend est assez phénoménale et peu fonctionnent sauf parfois la morphine. Alors, parfois si j’avais la chance de fumer un petit joint de cannabis et que mes douleurs se calmaient, cela changerait beaucoup pour moi.

  8. Brigitte : Merci d’ajouter ton grain de sel à la conversation. Pas besoin, non, de connaître le dossier en profondeur pour jauger que ce traitement ne fait pas grand mal à la société et beaucoup de bien à ceux qui s’en prévalent. Je suis désolée de lire que la SP te cause tant de problèmes… Je te souhaite de trouver un traitement qui réduira la douleur. Croisons-nous les doigts pour que la recherche fasse un bon en avant.

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