En direct de ma table de chevet : Bismuth, Dickner et Thuy…

J’ai sur ma table de chevet une impressionnante pile (en fait, sa hauteur surtout impressionne) de livres que je souhaite lire prochainement. Depuis le début de 2010, quelques romans ou recueil de nouvelles sont venus augmenter la hauteur de ma pile, pour dans certains cas, aller ensuite rejoindre la pile de la table de chevet de Fred. Parmi les livres que j’ai apprécié au cours des derniers mois, je vous recommande chaudement, Êtes-vous marié à un psychopathe? de Nadine Bismuth (Boréal 2009), Tarmac de Nicolas Dickner (Alto 2009) et Ru de Kim Thuy (Libre Expression 2009).

J’aime beaucoup lire des recueils de nouvelles, un genre auquel je m’adonne. J’espère, peut-être naïvement, publier moi aussi un recueil de mes nouvelles (avis aux éditeurs intéressés). Le premier recueil de Nadine Bismuth, Les gens fidèles ne font pas les nouvelles, m’avait énormément plu, en raison de l’exercice de dissection de la psyché féminine devant l’ordinaire, comme l’adultère de banlieue ou l’agression sexuelle silencieuse que l’on tait par orgueil. «Êtes-vous marié à un psychopathe?» réfère, dans la nouvelle éponyme, à la tribune pour laquelle une jeune journaliste écrit son premier article important qui relate sa relation avec un acteur connu. La première nouvelle du recueil, «Ça vous ennuie déjà?», fait l’apologie de ces femmes, «diplômées, autodidactes, brunes, rousses, minces, grosses, bijoutières, fonctionnaires, avocates ou animatrices à la radio…» qu’on réduit à leur état civil de célibataire, alors qu’autrefois, il y a des millénaires, elles étaient des déesses. Le ton est donné : il sera question des déboires amoureux au féminin, du couple, de ses faillites et des nég0ciations pour assurer sa survie. J’aime l’écriture simple et punchée de Bismuth, son sens aiguisé de l’observation et du portrait, sans oublier la compassion qu’elle a pour ses personnages, ce, peu importe le ridicule de la situation où ils se sont mis…

Dans Nikolski le premier roman de Dickner, des personnages exilés se retrouvaient dans la Petite-Italie de Montréal et avec eux, nous prenions connaissance des coïncidences qui les reliaient. Il était question de nomadisme, de bibliophilie et de revalorisation des déchets… Avec Tarmac, Dickner nous entraîne dans un univers de coïncidences planétaires, de déracinement et de croyances à saveur scientifique. Le récit est porté par des personnages à la vie intérieure riche, mais qui pourraient être ce voisin timide à qui vous ne parlez jamais…  Hope Randall est née dans une famille où chacun des membres doit trouver sa date présumée de l’apocalypse. En 1989, Hope quitte la côté Est en voiture avec sa mère pour échouer dans le bas du Fleuve. Elle se lie avec Michel Bauermann, un garçon dont la famille d’industriel du béton a quitté les États-Unis pour réinstaller ses affaires au Québec. Les théories scientifiques rencontrent les croyances millénaires sur la fin du monde et l’intrigue doit beaucoup à un paquet de nouilles Ramen dont la date d’expiration est juillet 2001. Vous me suivez? Non, ce n’est pas grave, le roman est passionnant. Dickner écrit bien et a des préoccupations geeks qui plairont à plusieurs, dont à titre d’exemple,une référence au célèbre film Dawn of the dead (1978) du cinéaste Romero.

Avec Ru, Kim Thuy signe un récit composé de vignettes autobiographiques sur l’expérience d’une réfugiée vietnamienne, le choc de l’immigration, comme celui  du retour au pays natal. Chaque petit récit se lie au suivant par quelques mots-clés, par exemple en page 28, elle conclut avec le mot silence et le texte suivant porte sur le fait que sa mère insistait pour qu’elle apprenne à parler français au plus vite. Comme c’est souvent le cas, le récit fragmenté de Kim Thuy, tout en étant fondé sur sa vie, rejoint l’universel en abordant la notion d’histoire familiale, de déracinement et du besoin de raconter ce qui nous a fait. Le passée, le présent, tout est évoqué par des couleurs, des odeurs, des sensations qui ont laissé leur marque et forgés l’identité de l’auteur. Un récit touchant, original, révélant une auteure qui sait ouvrir un univers avec une odeur d’assouplissant ou de riz collé…

MAJ : Remarque pour les apprentis-écrivains, en lisant Ru, on constate que le style et la poésie ne sont pas toujours redevables à des abus de métaphores. Non, parfois de dire les choses simplement, avec des mots de tous les jours est plus poétique que tous les processus littéraires utilisés à l’excès.

Nadia Seraiocco

Spécialiste relations publiques et médias sociaux | conférencière | blogueuse

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4 réflexions sur « En direct de ma table de chevet : Bismuth, Dickner et Thuy… »

  1. C’est fou… des commentaires impressionnistes de ce genre ont pour moi plus de poids que la plus raisonnée des critiques. Je souhaite te lire en fiction un jour Nadia.

  2. Merci Marie! Il est vrai que depuis que j’écris (un peu, un tout petit peu) je parle de littérature d’un point de vue plus impressionniste, pour moi-même en tirer des notes sur le style et le sujet.

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