Journalistes et réseauteurs : pour se battre ou débattre il faut être deux…

Il y a des jours où Twitter me fait penser à l'époque dans ma banlieue où nous passions beaucoup de temps à épier les conversations des plus vieux sur walkie-talkie... Nos parents n'en savaient rien, ce média n'était pas de leur âge. Image tirée du blogue English Day by Day

Twitter n’a pas inventé la pudeur disait Josiane Massé et Stéphane Baillargeon demandait, alors que les salles de presse resserrent leurs règles sur l’usage de Twitter, Twitter ou ne pas twitter?

Ces deux articles ont en commun de citer Michelle Blanc, avec qui j’ai publié un livre récemment et qui personnifie au Québec LA star des médias sociaux. Faut-il le dire, mais le but d’une star des médias sociaux est souvent d’avoir droit de cité dans ces sapristi de médias traditionnels. Pourquoi? Parce que si on vise être vraiment connu du public, il faut être aussi vu ailleurs que sur Twitter… Le pouvoir a-t-il vraiment changé de mains comme le disaient les blogueurs? N’émerge-t-il pas plutôt un mix-médias trad-web nécessaire à toute promotion?

Éloge de la nouveauté: du blogue si vite fait à la vitesse du son (avec un gros écho) avec Twitter. Dès la montée des blogues, il y a eu des frottements entre blogueurs et journalistes. Les journalistes bloguent maintenant et si depuis 2007 ils résistaient à Twitter, au cours des derniers mois ils se sont abonnés massivement et certaines salles de presse le considère comme un incontournable. Fin de la querelle? Mais non, les journalistes avec leur tribune  couplée à leur présence sur les réseaux rejoignent et dépassent souvent les stars des médias sociaux, se taillant une place dans les premiers rangs des palmarès Twitter et se méritant donc des invitations à discourir de la chose, là où les experts siégeaient seuls, il y a six mois… Oups! La confrontation continue donc.

Médias sociaux et médias traditionnels: un mélange explosif… pour la nouvelle. Lundi dernier, Mario Dumont (avec qui je travaille cette saison) a connu la force de la spéculation twitteresque, alors qu’il a lancé sur son compte qu’il ferait « une annonce ». Il voulait titiller le système un peu pour faire de la publicité à Movember. Grâce à la vélocité du média, jouxtée à l’auditoire de ses tribunes à la radio et à la télé (et dans un contexte politique grouillant), la chose s’est répandue pour rejoindre des dizaines de milliers de personnes et en ajoutant V Télé et le 98,5 dans le mix, l’annonce a potentiellement rejoint quelques centaines de milliers de personnes (le retour sur son expérience est ici) qui ont spéculé eux aussi..

Et c’est là la beauté de la chose ou l’irritant, c’est selon… Mario a ouvert son compte en 2009, il s’approche des 6000 abonnés, mais ses tweets ont une portée se rapprochant des gens qui ont deux fois ce nombre d’abonnés et, grâce à ses tribunes publiques et à quelque 20 ans en politique, il détrône aisément certaines stars du domaine. Imaginez maintenant Guy A. Lepage, plus de 30 000 abonnés, à la barre d’une émission qui rejoint 1,2 million de spectateurs : son pouvoir communicationnel en fait donc une star des médias toutes catégories confondues.

Les égos pas tous égaux: crédibilité, popularité et visibilité. Sacrés médias traditionnels, on comprend pourquoi nos gourous des médias sociaux veulent être vus et entendus sur un maximum de tribunes publiques. Parce qu’il faut se le dire, un gourou en médias sociaux, c’est quelqu’un qui a compris deux ou trois choses fondamentales sur le développement d’une marque et la promotion de soi. Journaliste vedette et star des médias sociaux ont en commun d’avoir des fans et l’habitude d’avoir le crachoir. Cela dit, le journaliste aussi populaire soit-il, doit s’imposer certaines limites pour respecter les « normes de la profession » et l’image de son média, tandis que le gourou peut dire ce qu’il veut, c’est son choix et il n’engage que lui.

C’est justement là que le bât blesse, car le journaliste pour être entendu n’a pas besoin de créer d’esclandre sur les médias sociaux, mais la star médias sociaux qui veut faire créer une vague a besoin des médias traditionnels. Après tout, un média comme La Presse rejoint plus de 300 000 lecteurs, le Journal de Montréal plus de 600 000 (les chiffres ici), tandis que selon le CEFRIO, malgré la popularité des médias sociaux, 11 % de la population québécoise auraient un compte Twitter (ce chiffre inclut certainement les comptes non utilisés ou peu actifs). Mais oui, il y a des influenceurs sur Twitter, mais ils influencent qui? Auprès de qui sont-ils populaires et crédibles? Les vrais influenceurs rejoignent aussi les médias traditionnels, car sinon, il faudrait rejoindre tous les abonnés du réseau pour se rapprocher de la visibilité obtenue par une nouvelle à la une de ces quotidiens et encore là on ne rejoindrait pas la portée d’un siège à Tout le monde en parle.

Ça fait rire les oiseaux… Dans ce contexte, y’a-t-il vraiment une joute entre les vedettes des médias sociaux qui sont eux-mêmes un petit média, tout équipés qu’ils sont avec leur blogue et leurs multiples comptes en synergie et les journalistes? Il y a du picossage c’est certain. Les gens de médias sociaux annonçent la fin des médias, les journalistes pointent les failles des médias sociaux dès que faire se peut. Le vrai rapport de pouvoir s’exprime lorsque les stars des médias sociaux qui veulent rehausser encore leur profil challengent non-stop les détenteurs des grandes tribunes populaires, demandant un débat, exigeant une discussion… Une requête qui est souvent ignorée. Alors, les stars continuent de brasser la cage de l’oiseau et les journalistes de prétexter analyser la situation pour leur donner une chiquenaude.

Le moineau bleu de Twitter a fait couler beaucoup d’encre au cours des derniers mois et animé bien des conversations Web, voire des Twitfight. Rappelons-nous l’épisode des placoteux

19 thoughts on “Journalistes et réseauteurs : pour se battre ou débattre il faut être deux…

  1. J’adore Twitter mais j’ai toujours trouvé que ce vecteur de communication était « over hypé » par ceux qui s’y développaient une certaine popularité.

    J’aime bien les réseaux sociaux mais il reste que, à la base, ce sont de jolis babillards qui exposent des « nobody ». Ça donne droits à certains grands moments, mais à beaucoup plus de bruit inutile la plupart du temps. 😉

    Mais bon, je suis du genre assez tranchant. 😛

  2. Bonjour Nadia,
    Excellent billet a propos de Twitter. Ce que je remarque personnellement c’est que Twitter prend de plus en plus de place dans mon travail naissant de blogueur. Je n’ai ni votre expérience ni vos connaissances en ce moment, mais je crois que Twitter est devenu un incontournable et un complément en information. Le travail du journaliste et celui du blogueur pour livrer toute l’information disponible a la communauté se fera dorénavant en complémentarité. Les deux apports seront essentiels, c’est ce que je crois fermement.

  3. Jordan : je pense que Twitter n’est qu’à ses débuts, mais l’arrivée du grand public et des stars comme Lepage change un peu le petit écosystème de popularité.

    Christian : tout à fait, beaucoup de blogue ont pris leur essor et trouvé leur public grâce à Facebook et Twitter. Cet effet autour de chaque billet est certainement très senti par les médias, puisqu’ils ajoutent tous un widget de partage sur les réseaux sociaux. Il y aurait beaucoup plus à dire, sur cette synergie, allez-y!

  4. Une des différences majeures entre les journalistes et les réseauteurs: les premiers créent du contenu (de la « news ») et les seconds les interprètent. Bien sûr, les rôles peuvent être interchangés par moment.

    Le travail interprétatif est un effort de donner un sens à un ensemble d’éléments (de rendre significatif des éléments disparates), parfois par un simple RT, parfois par un long post, pour apporter un élément de compréhension supplémentaire. Or cet élément n’est pas une « production » au sens que les journalistes l’entendent –d’où les débats stériles.

    Les journalistes produisent et transmettent. Les réseauteurs interprètent et transmettent. Sur le territoire de la transmission, les journalistes ont perdu leur monopole. Le combat de l’influence se joue sur ce territoire…

  5. Martin : il ne faut pas mettre tous les types de journalistes dans le même lot… Les producteurs de nouvelles, comme tu les appelles, sont des « reporters » ou , »pupitreurs » et il y a des gens regroupés sous la bannière « journalistes » qui analysent et interprètent les faits ou nouvelles. Oserait-on prétendre qu’il n’y a des interprètes de contenu que du côté des blogueurs?

    Et le but de mon propos n’était pas de qualifier l’intervention du réseauteur, mais sa force de frappe. On pourrait aussi se demander si un RT tombe au milieu de nulle part fait-il le même bruit que l’article à la une du Journal de Montréal et de La Presse? Non.

    Et là, je chante, If a tree falls into the forest, does anybody hear…

  6. Ton billet soulève de bons points mais je voudrais apporter quelques précisions.
    Premièrement je trouve qu’il y a beaucoup de confusion entre journalistes et chroniqueurs. Et puis si on parle des journalistes, il y en près de 3000 au Québec, il faut faire aussi la part des choses entre la radio, la tv et l’écrit, quasiment presque 3 professions différentes.
    Et puis au-dessus du panier, il y a les stars qui sont à la fois journalistes, chroniqueurs, sont sur papier, tv et radio, disons une vingtaine de personnes au Québec. Tu peux parfois dans une journée les voir aux trois places simultanément. On parle donc de célébrités donc c’est pas la même game.
    Concernant la soi-disante guerre blogueurs – journalistes, on ne parle pas de la même chose. La grande partie des blogueurs sont presque tous des entrepreneurs qui se servent des blogs et autre pour vendre leurs produits ou savoir-faire. Ils n’ont aucune contraintes salariales, syndicales ni de produire à chaque jour un contenu pertinent. Tous sont beaucoup plus concentrés sur leur référencement et les contrats qui arrivent via le web. Tu n’as pas idée à quel point certains font des affaires très florissantes sans jamais être passés à la tv.
    Et puis concernant l’influence sur Twitter, une récente étude analysait l’influence d’experts de web social vs des célébrités vs des médias et indiquait que le nombre de follower n’a rien à voir avec l’influence. Ce qui compte c’est combien de followers ont tes followers et qui sont-ils: http://sysomos.com/insidetwitter/followers/
    Finalement une bonne façon de renvoyer tout le monde dos à dos est de poser la question : qu’est-ce que vend cette personne, tout est beaucoup plus simple vu sous cet angle.

  7. Philippe : Nous sommes sur la même longueur d’ondes et je côtoie dans mon travail des consultants qui font un excellent travail et gagnent fichtrement bien leur vie sans avoir jamais été vu à la télé ou dans le journal. Et personnellement, j’avais fait de la radio avant et mon passage à la télé n’influence pas ce que je fais au quotidien. En fait, la plupart de mes clients n’écoutent pas V Télé 🙂

    Mon point était justement que les consultants vedettes, que l’on parle de Michelle qui est très en vue ou d’autres qui revendiquent ce titre, ont besoin des médias traditionnels pour garder ce titre. De même, les chroniqueurs ou journalistes vedettes veulent aussi l’espace médiatique et être vus sur plusieurs tribunes publiques, ils se livrent donc une petite guerre de territoire.

  8. Ping : Nadia Seraiocco
  9. Je n’oserais pas dire que la plus grande partie des blogues est tenue par des entrepreneurs, elle est la plus visible, ça c’est bien certain, car il s’agit alors d’un outil promotionnel.

    Et j’ajouterais que je blogue depuis 2002, à une époque où les médias venaient interviewer les premiers yulblogueurs à tout moment, car nous étions des bêtes rares presque tous ex-journalistes… Les blogues d’affaires n’étaient pas encore une réalité et les vedettes marketing du domaine non plus.

  10. Ping : Nathaly Dufour
  11. Ping : pierre gaulin
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