L’attaque contre Gabrielle Giffords vue des médias sociaux

On a beau faire disparaître ses tweets, ses mauvais coups de communication, le Web a une grande mémoire et les internautes des outils pour faire des captures d'écran...

Samedi midi, je traînais au lit avec un café et mon iPad, quand les premiers tweets annonçant une fusillade à Tuscson Arizona dans une activité de la représentante démocrate Gabrielle Giffords sont apparus. De mon fil, j’ai vu un premier message de Cécile Gladel (son article sur le sujet) sur le sujet. Deux heures nous séparant de l’Arizona, nous pouvons présumer que la nouvelle a mis quelques minutes après les événements à nous parvenir.

Une mort annoncée par les grands réseaux, puis une rétractation de ceux-ci. En se fondant sur CNN (une source à notre avis fiable) les twittereux ont annoncé la mort de la représentante. De là, cette annonce faite par NPR, CNN et Reuters s’est répandue comme une traînée de poudre… pour être démentie quelques minutes plus tard. Mais le mal était fait, les RT continuaient de filer partout sur le Web, malgré la mise à jour rapide de l’info par les réseaux de nouvelles.

Comment corriger pareille erreur? Craig Silverman qui tient le blogue Regret the Error, dédié à ces erreurs des médias et aux méthodes qu’ils utilisent pour les corriger, souvent avec discrétion, a fait un bon usage de Storify.com pour retracer ces tweets fautifs, les commenter et intégrer les réponses des responsables des médias sociaux des entreprises médias. Dans certains cas, comme vous pourrez le lire dans son billet, une erreur en ondes ou sur le Web est vite disséminée par l’API qui relaye automatiquement la manchette sur Twitter. NPR est vu comme à source de cette erreur, mais faut-il dire que les grands médias qui dans la course à la manchette ont relayé l’info corroborée non pas par la famille ou l’hopital, mais le shérif doivent s’en mordre les doigts. On peu présumer que dans la confusion qui a suivi la fusillade les communications ont pu être brouillées.

Un réflexe banal : retweeter une chaîne connue...

Vite la spéculation. Avant même d’en savoir suffisamment sur le tueur on a ressorti les communications Web de Sarah Palin, elle qui comptait le district de Gabrielle Giffords, parmi ces cibles (représentées par les croix que l’on voit dans le viseur d’une arme) et vite la mère grizzly, comme on l’appelle depuis son émission à TLC, a été accusé du crime, par les médias, mais aussi interpelée directement sur Twitter. Disons-le : quelle mauvaise idée de diffuser une pareille carte et on voit comment ce genre de geste peut créer des problèmes. Mais le jugement n’a jamais été la grande force Palin et cet épisode l’emportera peut-être. Le NPD avait pourtant produit le même genre de carte, c’est un classique de communication politique pour visualiser les sièges à ravir à l’adversaire. Cela dit, les déclarations belliqueuses des républicains signifiaient un verdict de culpabilité pour plusieurs. Giffords est pourtant pro-arme et j’imagine mal un tueur qui veut abattre une représentante tirer comme un fou sur toute la foule en descendant même une fillette de neuf ans.

Au final, l’œuvre d’un déséquilibré ni de gauche, ni de droite. Encore aujourd’hui, je lisais des articles qui présumaient que la droite américaine avait été le catalyseur du tueur. Pourtant, il suffit de consulter la chaîne YouTube du tueur, appréhendé sur les lieux du crimes, pour conclure qu’il avait à tout le moins les idées brouillées. Jared Lee Loughner avait été expulsé de l’université pour problèmes de comportement. Il avait même rencontré la représentante Giffords et obtenu une lettre de sa part. Dans son discours confus on reconnait des éléments pigés chez les libertariens, des éléments quasi marxiste (qu’il lisait) et l’influence d’un climat social tendu.

La violence en politique, à gauche et à droite… Une fois les émotions calmées, certains se sont penchés sur l’information disponible pour conclure que Palin et ses copains ne se chicanaient pas seuls et que du côté des démocrates les débordements de langage et l’emploi des métaphores guerrières étaient aussi un problème. Bref, de la même manière que notre Assemblée Nationale souffre d’un problème de ton qui ne fait pas de nos dirigeants des exemples en matière de communication polie, les élus aux États-Unis (surtout républicains) véhiculent la pression d’une nation en guerre,  jusque dans l’expression de leurs tactiques politiques.

L’héroïne oubliée. Pourtant un fait exceptionnel s’est dégagé de cet attentat : une dame de 61 ans, Patricia Maisch, elle-même blessée, voyant que Loughner allait recharger son arme l’a désarmé permettant à deux témoins de le maîtriser. Une héroïne, dans cette cohue où la lutte politique prend le pas sur le bon sens.

J’en parle en résumé à V Télé, à l’émission Dumont, du 10 janvier.

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Ligne du temps des événements de Tucson tel que retrouvée sur CTV

Le Myspace maintenant supprimé de Jared Lee Loughner

Nadia Seraiocco

Spécialiste relations publiques et médias sociaux | conférencière | blogueuse

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2 réflexions sur « L’attaque contre Gabrielle Giffords vue des médias sociaux »

  1. Et bien, heureuse de t’avoir informée, même si je me suis aussi fait avoir en faisant confiance à CNN…On fera attention dorénavant…

  2. Tu as fait un bon suivi de la nouvelle, mais il faut avouer que nous sommes tout de même assez déstabilisées que même CNN et Reuters ne soient pas plus fiables… On aurait pu imaginer qu’ils ne se laisseraient pas avoir par la course au RT…

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