Line Beauchamp à Tout le monde en parle : la stratégie de la victimisation

D’abord, il y a eu cette campagne de mots-clés, dont je discutais avec le copain Laurent Lasalle, dans ce billet qu’il a publié sur Triplex, puis cette sortie, hier soir à TLMEP. Le message qui émane dans les deux cas est clair : si nous ne vous entendons pas protester c’est que tout va bien (voir nous avons fais taire vos discours sur le Web) et si nous vous entendons, c’est parce que vous êtes impolis et violents, donc nous ne négocierons pas. Du pareil au même, oui.

Tirer sur le messager… Pour discréditer le mouvement?
Hier soir, à Tout le monde en parle, une invitée de dernière minute était très attendue : la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp. Ses sorties sont difficiles, car elle est attendue partout par les étudiants. Cela était visible dans sa prestance, elle semblait nerveuse et agitée. Depuis le début de cette campagne entourant ce que le gouvernement nomme une hausse du financement des universités et que la population considère comme une hausse des frais de scolarité, il semble évident que l’on veut éviter d’engager la conversation avec les citoyens. Or, les manifestations des dernières semaines et la répression que l’appareil public a appliqué semblent difficiles à ignorer. Le jeune porte-parole des étudiants contre la hausse, Gabriel Nadeau-Dubois a été vu et entendu dans plusieurs médias, dont Tout le monde en parle, et partout sa verve en a soufflé plus d’un. Il représente une cause, un groupe et ce groupe va à l’encontre d’une orientation gouvernementale. Que fait-on alors du côté du message politique? On discrédite le jeune porte-parole.

Un discours politique qui manque de noblesse
La nature du discours politique, surtout celui d’un parti qui gouverne, devrait être bienveillante, devrait montrer une certaine magnanimité, vu sa position de pouvoir. À Tout le monde en parle, Line Beauchamp venait expliquer qu’elle avait eu peur de Nadeau-Dubois et d’un groupe d’étudiants qui avaient tenté de forcer l’entrée de son bureau. Sa secrétaire aurait vu ses lunettes brisées dans l’altercation (je comprends sa frustration, mais j’imagine que son assurance lui remboursera) et pour cette raison, la Ministre, d’un point de vue personnel, disait-elle, ne se voyait pas négocier avec ces gens. La décision est prise et irréversible, a-t-elle ajouté. Alors pourquoi insister sur le dévoilement d’un visage censément réel du porte-parole du mouvement?

Mettre en forme un discours inspirant et confiant
Pour gagner la foule, il aurait suffit à la Ministre d’être confiante, de chanter les louanges de ces jeunes engagés pour une cause qu’ils croient noble, puis de les mettre en garde contre la fougue de leurs actions. Ainsi, il se serait dégagé de ce discours l’image d’un gouvernement bon papa qui comprend sa folle jeunesse, mais doit trancher. On a choisi, et la Ministre n’est pas seule dans ce choix, de créer l’image d’un gouvernement en guerre contre une partie des jeunes (et des citoyens), prêt à jouer dur pour gagner. Gagner quoi? Vous avez le pouvoir et ce n’est pas avec une approche mesquine que vous gagnerez des votes. Les plus idéalistes d’entre vous me diront que c’est horrible de penser ainsi. Pour ma part, d’un point de vue de communication, ce qui est horrible c’est de si peu dissimuler un mépris des jeunes citoyens.

Le point de bascule de ce discours de la peur
De même, la ministre James, qui a vu un événement auquel elle prenait part être interrompu par des manifestants, mettait l’accent dans les médias sur la peur qu’avait engendrée les manifestants. En parlant ainsi de peur, de gestes violents sur des ministres (des femmes remarquerez-vous), on tente, semble-t-il, de nous prouver que nos manifestants étudiants sèment la terreur. Et à deux poils du mot terreur, il y a le mot terroriste. Il semble que la stratégie du gouvernement est de montrer la peur qu’engendre les jeunes manifestants pour détourner l’attention de leurs revendications. Avez-vous réellement peur? Moi, pas vraiment, surtout quand les grands-parents et les petiots défilent dans les rues contre la hausse.

Ces parents qui paieront la facture…

Parce que parmi ces manifestations de gens terrifiants, il y avait hier une autre manif pacifique dans les rues de Montréal qui réunissait des milliers de parents d’enfants de tous âges qui prennent position contre la hausse. Certains ont rappelés aux médias présents qu’ils n’ont pas encore terminé le remboursement des prêts qu’ils ont contractés pendant leurs études. Autour de moi, mes amis ont finalement mis ce compte à zéro autour de 35 ans, voire plus tard.

Pour ces parents, une chose apparaît clairement : le jour où ils finiront de rembourser leurs études universitaires, ils auront tout juste quelques années pour se préparer à payer ou a soutenir en partie les études de leurs enfants. Une vie à payer quoi.

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J’ai vécu en Ontario, là où les frais de scolarité sont plus élevés, mais où je payais moins d’impôts et où j’avais un médecin de famille… Un choix de société c’est ça, ce n’est pas de payer plus partout et de privatiser n’importe comment.

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8 réponses pour “Line Beauchamp à Tout le monde en parle : la stratégie de la victimisation”

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  6. J’ai trouvé madame Beauchamp très calme, malgré les questions auxquelles elle avait à répondre venant d’un Guy A. agressif, qui, parfois, ne lui laissait pas trop de place pour ses explications. Je trouve cette femme très digne malgré tout ce qu’elle a à gérer dans le moment. Elle fait face à des jeunes gâtés, pourris, malveillants.

  7. « J’ai vécu en Ontario, là où les frais de scolarité sont plus élevés, mais où je payais moins d’impôts et où j’avais un médecin de famille… Un choix de société c’est ça, ce n’est pas de payer plus partout et de privatiser n’importe comment »

    Voila un point très important a mon avis. Moi j’ai fait mes études universitaire en Alberta, et même si les frais sont un peu plus élevés, ce sera moin qu’ici après la hausse dans 5 ans…

    Et la bas on paie enormément moin de taxes et d’impots…

  8. Fred vous amenez un autre exemple qui prouve bien que très souvent, là où les frais sont plus élevés le citoyen paye moins d’impôts, donc les parents ont plus d’argent à investir dans les études des enfants et les étudiants adultes ont plus d’argent en poche quand ils travaillent…

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