Un autre 6 décembre et toujours ce sentiment d’irrésolu.

dec-6-89-monumentEn 2004 et en 2009, j’écrivais un billet sur Polytechnique. Sur le meurtre de 14 femmes qui s’étaient trouvées au mauvais endroit au moment et sur un homme qui disait haïr les féministes.

Billet de 2004 :

Quinze années depuis la tuerie de Polytechnique…. Tout juste le temps de commencer à saisir la portée historique de cet événement. Marc Lépine en avait assez des féministes qu’il accusait de lui avoir volé ses rêves de carrière. Une assertion choquante, de la part d’’un décrocheur qui avait connu une enfance difficile et qui, cherchant un exutoire à sa douleur, aurait souhaité que les femmes s’’éclipsent pour lui faire place. Néanmoins, dans les jours qui ont suivi la tragédie, certains médias ont demandé si le féminisme n’’était pas allé trop loin.

Ce matin, en écoutant à la radio ce que les femmes et les hommes essayaient de dégager de cet événement, j’’ai soudain compris qu’’en 1989, le féminisme québécois en était tout juste à ses débuts. Il faut dire que j’’étais alors une jeune étudiante pour qui plus d’une décennie semblait une éternité. Au Québec, le Conseil du statut de la femme existait depuis 1973 et les premières maisons d’’édition ou centres de production cinématographique destinées à l’’expression féminine avaient été fondés dans les années suivantes. Quelques jalons de l’’émancipation des femmes avaient été posés un peu plus tôt dans les années soixante avec, entre autres, la fondation de la Fédération des femmes du Québec, créée pour souligner le 25e anniversaire du droit de vote des femmes.

En 1989, le mouvement des femmes au Québec avait quelque 20 ans de légitimité (suivant des décennies de combat). Quelques petites années, insérées au travers de 400 ans d’’histoire du Québec et de deux millénaires d’’histoire occidentale marqués par le christianisme. Déjà pourtant, les pionnières qui avaient ouvert aux femmes le chemin des universités et des professions « non traditionnelles » à grand renfort de batailles juridiques étaient oubliées par les étudiantes mêmes qui bénéficiaient de ces efforts…

Billet de 2009 :

Ce jour-là, j’étais à l’université, vous dire combien cet événement a résonné pour nous, étudiantes du même âge que les victimes de Marc Lépine, ce serait encore trop peu. Parce qu’au-delà de la peur, de l’impuissance, du sentiment d’injustice, il m’a fallu 15 années et autant d’expérience de vie pour comprendre un peu mieux cette histoire ou à tout le moins y voir un sens plus large.

En septembre, quand j’ai parlé aux filles de Creacamp des Guerrilla Girls, je voulais tout particulièrement démontrer que nous ne sommes pas issues d’une longue lignée de femmes qui ont eu toute liberté du choix de leur vie. Le droit de vote a été accordé aux femmes du Québec en 1941 et les premiers organismes féministes ont vu le jour dans les années 70, or si nous avons toujours connu un monde, disons, enfin, assez égalitaire, il a été autrement pour nos mères et nos grands-mères.

Le geste de Marc Lépine marquait tout au plus 15 ou 20 ans de prise de parole féministe au Québec, mais je n’en étais pas alors consciente. Et croyez-moi, il y encore des choses à dire, parce que l’histoire ça ne se refait pas en 30 ans.

Pour en savoir plus sur les activités et les réflexions en ce 6 décembre 2007, lisez l’article de Louise Leduc.

Sur Erudit.org, critique du livre de Mélissa Blais sur cet événement et son inscription dans notre histoire, J’haïs les féministes.