Trois considérations sur le journalisme citoyen et blogues : l’état de la question en 2014…

CPTTPour ma dernière collaboration à C’est pas tôt, je souhaitais terminer avec un résumé sans prétention de l’état présent de la question des blogues et du journalisme citoyen. Cette chronique me servait un peu de préambule pour mettre en forme le cours de l’École des médias de l’UQAM EDM 2040 (Approches comparatives de mise en marché, diffusion et promotion), où il sera question des nouvelles stratégies de promotion développées grâce au Web et aux réseaux sociaux. Bonne nouvelle, Philippe Marcoux, qui animait CPTT et s’intéresse aussi beaucoup à ces questions de son point de vue journaliste d’expérience, enseignera lui aussi à Concordia.

La chronique est ici, on clique et on écoute…

Pour le petit rapport de recherche, c’est ici, par écrit…

1. Le journalisme citoyen existe-t-il encore?

On a commencé à parler de blogues pour Weblogs en 1999. À partir de 2005, soit le moment où les blogues ont commencé à être envahis par des initiatives marketing un peu similaire à l’astroturfing (tu me donnes ton produit, j’en fait une critique pas mal du tout), l’idée de la croissance d’un journalisme citoyen a commencé à vaciller.

Vincent Maher, alors professeur à l’université Rhodes d’Afrique du Sud, a rédigé en 2005 un essai sur la chute brutale du journalisme citoyen, Poynter rapportant son hypothèse la remettait en doute prédisant plutôt que journalisme citoyen n’en était qu’à ses balbutiements.

Mais aujourd’hui, qui fait encore du journalisme citoyen? Est-ce qu’un tweet d’information ou dénonciation adressé à un média compte dans ce contexte? Non, car la réalité est que les opinions autres sont maintenant presque toutes diffusées sur des médias de masse lorsqu’elles valent la peine.

Cela dit, en 2010, la thèse de Maher s’avérait de plus en plus juste :

o   Les journalistes citoyens ne sont pas soumis aux mêmes standards que les journalistes des « vieux médias » ce qui sème le doute quant à leur travail…

  • Citons les cas de Christophe Grébert de monputeaux.com qui couvrant l’actualité de sa mairie et dénonçant des gestes qu’on pouvait associé à du favoritisme ou de la corruption dans l’administration, a été trainé en justice par le maire de son hameau…
  • À Montréal, Zeke’s (Chris Hand), galeriste, critique d’art qui a eu le malheur de rapporter les déboires d’un galeriste commercial avec la loi… Un article similaire au sien avait été publié à La Presse, mais de ce côté tout s’était réglé en coulisses, sauf que pour Zeke’s c’est lui-même qui a dû se défendre des accusations de diffamation etc.
  • Christophe Grébert a acheté sa liberté d’opinion en se présentant en politique municipale (il peut donc contester le pouvoir de l’intérieur) et Chris Hand est maintenant travailleur autonome.

2. Ce qui motive les médias à créer des blogues sur leur plateforme principale :

La publicité : plus les voix et les sujets se multiplient sur le site web d’un médias et plus le nombre de sessions (entrée sur le site par un visiteur) ou de « pages vues » augmentent pour ce site. Or, le nombre de pages vues et le nombre de visiteurs comptent encore parmi les critères qui soutiennent la fixation les tarifs publicitaires.

Motif plus souterrain, si je puis m’exprimer ainsi : le blogueur n’a pas les mêmes obligations que le journaliste en regard de l’équilibre des points de vue, de la justesse des sources etc. Donc, un blogueur peut se permettre de créer la vague avec des idées hors normes qui ne pourraient autrement être exprimées par un journaliste, à moins de faire des entrevues… et d’accorder une réplique ou un équilibre des points de vues

Les conditions de travail des producteur de contenu ou chroniqueur

Sans les obligations éthiques du journalisme, vient aussi très souvent un statut d’emploi à part, quand il y a un lien d’emploi… Par ailleurs, lors des derniers conflits de travail dans les médias, citons le Journal de Montréal, plusieurs blogueurs et chroniqueurs généralistes (c’était avant le développement de la plateforme blogues actuelle) ont continué de faire leur « boulot » pour le quotidien en lockout.

Depuis, le nombre de blogueurs dans tous les médias a augmenté, on peut se demander, si un lockout et/ou une grève était déclenchée dans un média, si le site Web continuerait d’être alimenté (et dans certains cas la publication papier) par les opinions de blogueurs et les dépêches d’agences de presse mises en forme par les cadres.

Il y a donc de quoi s’inquiéter quand on sait que les blogueurs sont souvent moins rémunérés (tarif mensuel ou forfait pour un nombre de collaborations) et parfois pas rémunérés du tout pour leur apport à la version Web d’un média.

3. Relations « médias » et marketing

Récemment le MTLblog, a été accusé de copier ou de s’inspirer des publications des médias montréalais sur les restaurants et meilleurs endroits où aller. Ne soyons pas naïfs, ils ne sont pas seuls à repiquer des contenus ça et là. Certains ont porté à l’attention des médias sociaux que MTLblog « vend » ses participations à des soirées promotionnelles. Les critiques des médias en ligne parlent d’une zone grise, mais il faut se demander aussi si ce type de blogue est un média ou une plateforme promotionnelle avec des contenus.

Le problème de la nature de ces médias web est que quidam qui cherche une source d’information sur quoi à faire à Montréal, prendra le premier lien suggéré par Google (qui est devenu une machine à publicité) ou Facebook (les publications les plus apparentes sont « promues »)… Et, alors que les médias de masse ont le devoir d’indiquer si un reportage a été produit grâce à un soutien financier d’une compagnie, le blogue peut rester flou à ce propos.

Le journaliste citoyen est moribond et on arrive à la fin du statut de blogueur consommateur…

Tout récemment, un blogueuse française dont le statut est sans équivoque celui d’une personne qui partage sans prétention ses coups de coeur et ses visites de restaurants, qui avait fustigé un restaurant sur son blogue, s’est vu imposer une amende pour dénigrement. Dans l’article sur ce sujet de droitdunet.com on précise que une pareille poursuite a souvent des effets négatifs pour le commerçante et on cite même en exemple l’affaire Lassonde (2012).

J’avais aussi écrit un billet sur l’affaire Lassonde en suivant le déroulement de la crise médiatique et en analysant les contenus de ceux qui la commentait en ligne.

Opinion choc, coup de gueule, la démarche est de plus en plus éloignée du journalisme et pourtant, sur les plateforme de médias, comme à Ici Radio-Canada, c’est ce qui devrait être visé.