Que sont les femmes devenues? – Pol Pelletier

Pol-NicoleFin de millénaire au Québec, la télé d’’État veut réaliser 50 portraits des grands esprits qui ont modelé notre pensée, on y trouve une (seule) femme, Hildegarde de Bingen, abbesse et musicienne du 12e siècle. Pol Pelletier est pressentie pour incarner l’’abbesse. De retour de Mexico, ville de pollution et de passion, l’artiste atterrit dans la grisaille montréalaise, dans son Québec calme et propre, si poli, qu’il réagit à peine au 10e anniversaire de de Polytechnique. Ces quelques événements deviennent l’’échine du spectacle, « Nicole, c’’est moi… », un parcours impressionniste, voire réinventé de l’’histoire des femmes.

Le tout se déroule à l’Espace Go, le lieu de tous les commencements, là même où Nicole, devenue Pol, fut une figure de proue du Théâtre expérimental des femmes. Son texte-manifeste à la main, Pol nous raconte ce Québec qui oublie ses auteurs féminins comme ses grandes tragédies, engoncé dans son petit confort et convaincu d’être bien émancipé de son passé catho. Mais une religion ne se perd pas, dit Pelletier, elle reste là, en soi, refoulée, ne demandant qu’à resurgir pour remettre l’ordre. Lorsque la charismatique artiste évoque Polytechnique, comparant cette tuerie aux rituels sacrificiels païens, certains spectateurs se trémoussent sur leur chaise. Ils restent tout de même, captivés, parce que Pol a une façon de dire les choses sans détour, à laquelle on ne peut se soustraire.

Auteurs féminins oubliés, femmes sacrifiées, discours féministes reniés, une question émerge implicitement : que sont les femmes devenues ? Et, ma foi, nous étions quelques-unes (peut-être même quelques-uns) qui avions envie de nous lever pour répondre.