Laissez-les vous raconter des histoires

Mes deux derniers commentaires me semblaient plutôt pessimistes et c’est parce qu’ils l’étaient. Mais, si tout le reste n’est que littérature, nous avons la chance d’avoir de fort beaux textes pour transformer le monde. J’ai lu tout récemment le recueil de nouvelles de Marie Hélène Poitras, La mort de Mignonne et autres histoires et le roman de Jean Barbe, Comment devenir un ange.

Les 12 histoires de Marie Hélène Poitras sont un peu comme des fables où se croisent humains et animaux et où ils partagent souvent des sorts semblables. Même brisés, abimés ou impuissants devant leur triste vie, ceux qui continuent, essaient de trouver un quelconque soulagement là où ils le peuvent. Sauf que si les animaux souffrent comme les humains, « Les animaux ne savent pas », écrit laconiquement Poitras au sujet de cette jument blonde qui partage le deuil d’une jeune fille dans « Nan sans Réal ». En lisant les textes de Marie Hélène on a parfois l’impression que ses mots sont comme un baume sur la souffrance de ses personnages, notre lecture un hommage respectueux. Tiens, en lisant la nouvelle « La mort de Mignonne », cette beauté dans la mort et la souffrance m’a rappeler le choc qu’on a lorsqu’on lit une première fois Le dormeur du val de Rimbaud. Je divague peut-être, mais si peu. Bref, la plume est énergique, le style rapide et les histoires vous laisseront pantois. Publié chez Triptyque en 2005.

Je n’aurais jamais cru que le Jean Barbe de la téloche et des hebdos culturels deviendrait un écrivain accompli. En fait qui l’aurait cru. Comment devenir un ange est le récit captivant de quelque vingt années de la vie de François, journaliste, résident d’un Plateau pré-gentrification. Dès ses premières armes en journalisme jusqu’à son déchantement de la profession, François trouvera sur sa route Victor Lazarre (comme l’hasard), gourou malgré lui, qui exacerbe la spiritualité de chacun. Dans ce roman tout arrive pour une raison. Les personnages de Barbe sont attachants, le récit nous surprend et l’écriture est fluide. En fait, le style est presque journalistique, mais quand, en de rares moments, Barbe fait un peu trop d’effet cela détonne un peu. Cela dit, la sensibilité et l’intelligence du récit rattape le tout. Enfin, si vous êtes du genre à snober les « petites vedettes » devenus écrivains, faites une exception, parce que Barbe est sans contre-dit un écrivain! Publié chez Léméac – dont les livres sont de si beaux objets – en 2005.

2 réponses pour “Laissez-les vous raconter des histoires”

  1. Rien n’arrive pour une raison, j’aurais donc pu en dire encore plus long sur les qualités de ce livre. Cela dit, les remerciements les plus brefs sont ceux qui font le plus plaisir.

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